Fasozine (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: «Que la CEDEAO laisse Dadis Camara tranquille»

Jacques Théodore Balima

22 Octobre 2009


opinion

Le chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, doit-il quitter le pouvoir? La pression de la communauté internationale sur les membres du Conseil national pour le démocratie et le développement (CNDD) ne risque-t-elle de radicaliser ces derniers? Ce sont, entre autres, les questions sur lesquelles, des hommes politiques et des citoyens burkinabè donnent leur opinion.

Rodrigue Ilboudo, technicien de santé : Je demande aux chefs d'Etat de laisser Dadis Camara gouverner parce que presque tous les présidents africains ont eu à tuer des gens. Pour les massacres, je propose à Dadis de présenter ses excuses à la population et pour repartir sur de bonnes bases. La CEDEAO n'a rien à dire dans cette situation car elle n'a jamais pu résoudre un sérieux problème en Afrique. Donc qu'elle laisse Dadis tranquille.

Moussa Boly, président de la Convention nationale du progrès du Burkina (CNPB)

Ce qui s'est passé en Guinée ne me surprend guère, parce que ce sont des militaires qui dirigent le pays. Mais la Communauté internationale a ses responsabilités dans cette situation pour avoir laissé faire dès le départ. Et si elle a décidé de nommer un médiateur, je pense qu'il faut laisser celui-ci faire son travail avant de prendre des positions contre le camp de Dadis Camara. Or, tout se passe comme si la communauté internationale demandait de négocier avec quelqu'un avec qui, en même temps, elle ne veut plus dialoguer. Pour cela, je propose de privilégier l'échange avec les chefs de la junte afin de leur faire comprendre qu'il ne faut plus jamais poser de tels actes (massacres du 28 septembre 2009, ndlr). Sinon ce sera une mauvaise manière de travailler avec le médiateur. Les miliaires risquent de se recroqueviller sur eux-mêmes. Et dans cette situation, il faut compter avec des risques de carnage. Et si la communauté internationale ne change pas sa manière de faire, le président du Faso, Blaise Compaoré, n'a pas de chance de réussir son travail de médiation.

Aussi, je pense qu'il n'est pas opportun de faire partir le président Dadis Camara maintenant, surtout qu'il a admis le principe de médiation. Quand viendra le moment d'organiser l'élection présidentielle en Guinée, il faut que les Guinéens sachent que Dadis Camara ne doit pas être seul à le faire. Ils doivent la préparer ensemble. Par souci de transparence et de respect des textes, le président du CNDD doit quitter le pouvoir au profit de quelqu'un d'autre ou d'une structure qui va organiser l'élection. Cependant, il pourrait faire comme certains militaires qui ont légitimé leur pouvoir par des élections. C'est-à-dire qu'il pourrait placer un de ses sous-fifres à la tête de l'Etat qui va travailler à le faire élire.

Philippe Ouédraogo, secrétaire général du Parti africain de l'indépendance (PAI)

Après les massacres du 28 septembre 2009 et dans lesquels le nom de Dadis Camara est cité, toutes les conditions sont réunies pour qu'il quitte le pouvoir. Depuis sa prise du pouvoir après la mort du président Lansana Conté, le chef de la junte militaire en Guinée n'a pas fait montre de qualités d'un chef d'Etat. Cette incapacité de Dadis Camara à être le président que les Guinéens souhaitent avoir, le disqualifie de ces fonctions. Ses agissements ne sont pas dignes d'un chef d'Etat. Avant même les massacres du 28 septembre, la communauté internationale exigeait qu'aucun membre du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) ne se présente à l'élection présidentielle. Les puissances étrangères avaient d'abord cru aux propos du chef de la junte selon lesquels il partirait après avoir organisé une élection présidentielle libre et transparente en Guinée. Mais cette démarche était déjà discutable parce qu'on a vu des cas où des militaires ont pris le pouvoir en tenant les mêmes propos, mais ont fini par rester grâce à des manÅ"uvres politiques. On se rappelle la Mauritanie, de la Centrafrique, etc. Pour le cas de la Guinée, il y a une sorte d'unanimité de la part des Etats à vouloir interdire aux éléments de la junte d'être candidats à l'élection présidentielle à venir. Mais manifestement, ni Dadis Camara, ni aucun membre du CNDD ne connaissent véritablement les implications de la démocratie. Ils ont encore une conception archaïque et féodale du pouvoir où le chef ne doit pas être contesté. La position de la communauté internationale est une nouveauté en Afrique. Elle rend encore plus difficile le rôle du médiateur car elle met la junte sur la défensive.

Boubacar Bouda, juriste

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Ce qui s'est passé en Guinée est tributaire du fait qu'en Afrique, nous n'avons pas l'habitude de policer le débat politique. Un peu partout sur le continent, les débats politiques commencent toujours par la violation avant de revenir à la négociation. Alors que la démarche contraire est toujours possible. Après que les évènements malheureux du 28 septembre dernier, il faut maintenant trouver une solution. C'est en cela que les décisions de la CEDEAO sont salutaires, mais il faut s'inquiéter sur leur mise en pratique effective. Car si on s'en tient toujours aux condamnations verbales, ces situations vont toujours se répéter. Dans les normes, on prend le pouvoir pour diriger des hommes. C'est alors une situation d'indignité pour le commandement si le président commence par tuer la population. Dans ce cas, on s'abstient de diriger.

Concernant les différentes condamnations à l'endroit de Dadis Camara, il est presque certain qu'il ne se laissera pas facilement faire car presque tous les pays africains ont connu des situations similaires face auxquelles la communauté internationale est restée silencieuse. C'est donc clair que le risque d'embrasement est grand surtout qu'en Guinée, l'armée a toujours son mot à dire. Connaissant les dirigeants guinéens, la position de la communauté internationale rend encore difficile la tâche du médiateur.

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