Jean.francois Channon
21 Octobre 2009
Présentez-nous en quelques mots ce que c'est que le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des forêts pour l'Afrique centrale ?
Le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des forêts est un engagement des pays du bassin du Congo. Ce bassin du Congo compte dix pays, c'est donc un engagement fort des parlementaires de ces pays-là pour une meilleure gestion des forêts parce qu'il s'agit de notre patrimoine. La forêt d'Afrique centrale est le deuxième massif forestier tropical au monde. Mais aussi c'est un patrimoine commun de l'humanité. Il nous appartient, nous les dépositaires de ce patrimoine-là d'essayer de bien le gérer. Et les parlementaires sont au contact avec les populations qui vivent en communion avec cette forêt. Il était donc important que les représentants de ces populations-là s'intéressent aux questions de forêt et plus globalement aux questions d'environnement. D'où l'idée de la création de ce réseau des parlementaires qui a germé en 1996, et qui s'est concrétisée en 2001 à Libreville lors d'un atelier qui a été organisé avec la facilitation de l'Uicn, sous l'égide de la Conférence des écosystèmes des forêts denses et humides d'Afrique centrale. C'est comme ça que le Repar a été créé pour contribuer à la bonne gouvernance dans la gestion durable des forêts en Afrique centrale.
Quel est l'enjeu de la protection des forêts en Afrique centrale au point où les parlementaires s'y impliquent ?
L'enjeu est déterminant. Pour nous, pour les populations, la forêt est une ressource. Certains vont en forêt comme certains vont au supermarché d'ailleurs. Dans la forêt, on y trouve un peu de tout. On trouve du gibier, on trouve divers produits forestiers non ligneux dont on se sert, les lianes, les racines... Donc c'est un supermarché. Il faut éviter que dans ce supermarché on ne trouve plus rien demain pour les générations futures. C'est pourquoi les parlementaires essayent de s'organiser pour qu'il y ait pérennité de ce supermarché. Pour que ce supermarché serve aux générations présentes, mais qu'ils servent aussi aux générations futures. Mais ce que nous ne voulons pas d'autre part, c'est que les générations actuelles ne bénéficient pas pleinement des avantages qu'elles peuvent tirer de ces forêts. Vous comprenez que c'est un jeu d'équilibrisme assez complexe pour nous. En même temps nous avons le devoir de faire en sorte que nos populations tirent le maximum de profit, en même temps, nous devons préserver ces forêts-là pour les générations futures. C'est une dialectique assez complexe pour nous. Mais je crois que nous essayons de faire notre mieux pour que ça se passe bien.
Avez-vous le sentiment honorable que depuis l'existence de votre réseau, il y a une gestion durable de nos forêts et notamment de notre écosystème ?
Je n'aurais pas la prétention de dire que c'est grâce au réseau des parlementaires que tout cela s'est amélioré. Mais les gouvernements font beaucoup dans ce sens. Les chefs d'Etats ont donné l'impulsion. Le président de la République Son excellence Paul Biya a été le premier à organiser un sommet sur la gestion durable des forêts en 1999 ici à Yaoundé au cours duquel un message, une déclaration a été faite. « La déclaration de Yaoundé ». Elle reste la référence en matière de gestion des forêts et en matière environnementales dans tout le bassin du Congo. Ainsi, les chefs d'Etats ont joué un grand rôle. Les gouvernements accompagnent les chefs d'Etat et les parlementaires et nous, inversement. Aujourd'hui la Comifac existe. Elle a pour ambition d'harmoniser les politiques forestières dans le bassin du Congo. Comme le dit souvent quelqu'un, « les éléphants n'ont pas de frontières ; les corbeaux, les perroquets n'ont pas de frontières ». Pour que les politiques soient convergentes, il faut effectivement qu'il y'ait une harmonisation. Et qui est mieux placé que les parlementaires pour cette harmonisation ? Puisque toutes les lois sont votées par le parlement et puis la réglementation qui en découle, elle est faite par le gouvernement. Donc, nous contribuons à l'harmonisation des politiques, et c'est cette harmonisation-là qui est visible et qui fait que l'Afrique centrale a un certain nombre de lauriers. Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste encore à faire.
Quels moyens disposez-vous pour dissuader par exemple ceux qui ne veulent pas faire respecter la loi en pillant par exemple les forêts d'Afrique centrale ?
Nous disposons des armes des parlementaires, à savoir que nous pouvons interpeller le gouvernement quand ça se passe mal. Vous savez que les plus grandes armes sont détenues par les gouvernements. Lesquels gouvernements ont mis en place toute une batterie cà "rcitives pour pouvoir lutter contre les pilleurs, l'exploitation illégale, l'exploitation anarchique des ressources forestières avec parfois beaucoup de bonheur et parfois avec moins de bonheur. Mais, c'est une à "uvre humaine qui est à parfaire. Je crois que les gouvernements essayent de s'employer et nous, nous essayons de faire pression sur les gouvernements pour que cela se fasse un peu mieux parce que vous savez que les intérêts en jeu sont très importants. Nous en sommes conscients et donc c'est toujours assez complexe. Mais nous ne craignons pas ; et nous avons toutes les armes pour ça en tant que parlementaires. Comme je l'ai dis, nous pouvons questionner le gouvernement, nous pouvons l'interpeller de diverses manières par des commissions d'enquête parlementaires. Nous avons donc les armes classiques des parlementaires pour essayer d'amener la gestion durable des forêts. Et je peux me féliciter aujourd'hui que par exemple dans le bassin du Congo, c'est la zone du monde où la certification forestière progresse le plus. Vous savez que la certification veut qu'on délivre une attestation pour une forêt qui est bien gérée. Donc la Forester Watt Ship Council qui est un grand organisme de certification, atteste qu'en Afrique centrale, la certification progresse plus que partout ailleurs. C'est déjà une victoire qui est dû à l'harmonisation des politiques, à la bienveillance, au suivi de nos chefs d'Etat et de nos gouvernements et à la petite contribution des parlementaires et de la société civile en général.
L'actualité de l'heure c'est les préparatifs de la Conférence de Copenhague au Danemark sur les changements climatiques. Vous devez le savoir, la destruction des forêts apporte d'énormes changements climatiques. Quel est votre sentiment sur cette question au niveau de l'Afrique centrale ?
Le rapport Stern qui fait référence en la matière indique clairement que la déforestation contribue à hauteur de 1/5 des émissions de gaz à effet de serre. Ce sont ces gaz à effet de serre qui sont à l'origine des bouleversements climatiques dont nous sommes victimes aujourd'hui. Avec 20% d'émissions de gaz à effet de serre, la forêt est un gros pollueur dans le monde. Notamment la forêt tropicale. Lorsque nous allons à une conférence comme celle de Copenhague, il y'a bien évidemment un gros enjeu parce que la vraie question est de savoir qu'est ce qu'on fait ? Est ce qu'on met nos forêts sous cloche parce qu'elles polluent ? Et on se croise les bras ou bien on va détruire, continuer à déforester de manière irraisonnable ou qu'il faille envoyer toute l'humanité en péril. C'est ça la vraie question. Moi je suis de ceux qui pensent que bien que nous ne puissions pas mettre les forêts sous cloche, il est important de promouvoir comme je l'ai dis la certification, donc une gestion, une exploitation raisonnable des forêts. De l'autre côté, il est important de négocier des compensations. C'est tout l'enjeu de Copenhague. Il faut que les pays qui ont des couverts forestiers importants comme ceux du bassin du Congo puissent obtenir des compensations en bonnes et dû formes. Ceci parce que quand on remonte l'histoire aujourd'hui, on se rend compte que beaucoup de pays industrialisés se sont industrialisés en détruisant les forêts. Tous ces pays-là avaient un grand couvert forestier. Mais aujourd'hui il n'existe plus. Maintenant, le peu de forêt qui reste ce sont des forêts le plus souvent tropicales. Et on nous dit au moment où nous voulons également nous développer que vous ne pouvez pas parce que ça menace l'équilibre mondial. On veut bien. Moi je suis de ceux qui sont sensibles à ce discours mais de l'autre côté, il nous faut des compensations pour que nos populations puissent se détourner de l'exploitation illégale et de tout ce qui est autour pour qu'il y'ait une amélioration de nos revenus d'une manière ou d'une autre. Il est donc important qu'à Copenhague on sorte avec un accord mondial qui va remplacer celui de Kyoto qui est en vigueur aujourd'hui. Je voudrais dire que l'accord de Copenhague, on l'obtient en décembre prochain, cet accord-là va entrer en vigueur en 2012. Il est important que la communauté internationale puisse aller dans le sens d'une meilleure rémunération des pays qui ont fait un effort historique pour préserver les forêts. Le bassin du Congo est le tout premier massif qui a subit moins les assauts de la déforestation au monde. Nous attendons donc que cela soit reconnu et que nous ayons des compensations qui se doivent pour cela.
Justement, est ce que au niveau de l'Afrique centrale et du bassin du Congo vous vous êtes déjà concertés à ce propos ?
Oui. Il y a eu beaucoup de concertations. Vous savez que nulle part au monde les parlementaires ne gouvernent. Donc, les gouvernements se sont déjà concertés. Nous avons contribué à la réflexion des gouvernements et je voudrais le dire, l'Afrique a désigné son porte-parole en la personne du Premier ministre Meles Zenawi d'Ethiopie. C'est lui qui sera le porte-parole de l'Afrique à la conférence de Copenhague. Le bassin du Congo à déjà à travers ses ministres donné une position. Les parlementaires qui s'occupent des questions de changements climatiques se sont exprimés ici même à Yaoundé. L'honorable Awudu Baya qui est responsable d'une organisation qui s'occupe spécifiquement des changements climatiques s'est longuement exprimé sur cette question. Nous du Repar, qui voulons contribuer à la bonne gestion des forêts, nous nous réunissons du 02 au 04 novembre à Bata en Guinée Equatoriale. Et au terme de la conférence de Bata, nous allons adopter une position. Vous vous en doutez que cette position ne va pas s'écarter notablement de celle que les gouvernements ont déjà adopté. Nous allons simplement nuancer en apportant la touche supplémentaire des parlementaires du bassin du Congo.
Souvenez vous qu'à la 64ème session ordinaire des Nations unies, les pays industrialisés ont traité des affaires relatives aux changements climatiques. Mais il n'y a eu aucune proposition concrète. Pensez vous qu'à la Conférence de Copenhague, il y aura un déblocage par exemple ?
C'est évident qu'aujourd'hui on soit dubitatif. On se demande si on va effectivement parvenir à un accord à Copenhague. Tellement les positions sont tranchées. Et il y'a encore un rang de négociations qui va se dérouler dans quelques semaines à Barcelone. Nous espérons que les positions des uns et des autres seront adoucies. Personnellement je n'attendais pas grand-chose de l'ouverture de la 64ème session des Nations Unies parce que c'était davantage une occasion de déclaration d'intentions. Pour déclarations d'intentions on les a eu. La France a fait une grande déclaration en la matière. Les américains en ont fait un peu moins forte, pour des raisons que vous connaissez...
Sans proposition concrète tout de même...
Vous savez que historiquement ce sont l'un des plus grands pollueurs. Ils ont un tissu industriel qu'ils doivent protéger. Mais nous aussi nous devons défendre nos intérêts. C'est pour ça que j'ai dit tantôt que les positions semblent tranchées mais je préfère rester optimiste en me disant que nous parviendrons à un accord. Peut être pas un accord parfait. Mais il vaut mieux que nous ayons un accord en décembre à Copenhague et je fais confiance à la sagesse des négociateurs.
De manière concrète, est ce que vous pourriez demander à la France, à l'Allemagne, à tous les pays qui ont colonisé l'Afrique centrale de payer le tribut de toute l'exploitation de nos forêts ?
Il ne suffit pas seulement de demander à ces pays-là. Ils ne sont pas les seuls. Il y'a les asiatiques qui prennent une bonne partie du bois qui vient du bassin du Congo. Et puis c'est une affaire globale. Ce n'est pas une affaire qui peut se gérer entre les pays africains et les pays colonisateurs. Les compensateurs doiSouvenez vous qu'à la 64ème session ordinaire des Nations unies, les pays industrialisés ont traité des affaires relatives aux changements climatiques. Mais il n'y a eu aucune proposition concrète. Pensez vous qu'à la Conférence de Copenhague, il y aura un déblocage par exemple ?vent être trouvées au niveau international, puisque l'oxygène est respiré par toute la planète. Ce n'est pas seulement les pays colonisateurs qui doivent payer. C'est la communauté internationale qui doit payer parce que tout le monde bénéficie de cet oxygène qui est recyclé grâce aux forêts tropicales comme celles du bassin du Congo. Parce que même un pays comme le Danemark qui n'a pas eu de colonie, est ce qu'on n'y respire pas l'oxygène qui est recyclé dans le bassin du Congo ? Est-ce qu'un arbre qui est abattu dans le bassin du Congo n'a pas d'impact sur la vie au Groenland ? Lequel Groenland appartient aux Etats-Unis, à la Russie et au Danemark et aux pays nordiques ? Donc, l'impact est certain et il est important que l'ensemble de la communauté internationale se penche sur cette question. Que les pays occidentaux, ceux qui sont avancés économiquement sachent qu'il y a des compensations évidentes à faire pour que l'Afrique, notamment les pays du bassin du Congo puissent tirer des dédommagements substantiels pour se développer.
Pour terminer, vous savez qu'il y a deux ans le président de la République a annoncé l'observatoire des changements climatiques au Cameroun. On s'étonne que ce ne soit pas encore mis en place...
Vous savez que je ne suis pas dans l'agenda du président de la République. Mais je pense qu'il a fait une excellente annonce. Et nous attendons maintenant que cette annonce soit suivie par des réalisations sur le terrain. Je ne doute pas que cela soit éminent. J'ai entendu dire que les choses se précisent de plus en plus. Mais je voudrais bien aussi que cet observatoire ne soit pas la panacée, le remède miracle qui va guérir tous les problèmes que nous connaissons. Cet observatoire international favorable et l'environnement international favorable sont ce que nous allons essayer de faire à Copenhague.
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