Rousseau-Joël Foute
22 Octobre 2009
Les populations originaires du delta du Niger au Nigeria peuvent-elles rêver d'un développement rapide de leur localité dans un proche avenir ? La réponse à cette question peut être affirmative, au regard des avancées significatives enregistrées ces dernières semaines sur le terrain du règlement du conflit qui oppose certains groupes rebelles de cette région pétrolifère au gouvernement fédéral.
Pendant trois ans, le Mend (Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger), le groupe armé le plus actif du Sud pétrolier du Nigeria, s'est battu pour un meilleur partage des revenus pétroliers à destination des populations locales pauvres. A maintes reprises, le mouvement a exprimé son ras-le-bol, face au « sous-développement et à l'injustice dans cette région ».
Pour se faire entendre, l'option de la lutte armée a été choisie. C'est ainsi que les attaques du Mend et d'autres groupes armés ont fortement entamé les exportations de pétrole du Nigeria, passées au cours des trois dernières années de 2,6 à 1,7 million de barils par jour. Le Nigeria, qui tire 90% de ses revenus de la vente du pétrole, a d'ailleurs été rejoint par l'Angola comme premier exportateur de pétrole africain.
Face à la réduction drastique des recettes en devises, le gouvernement nigérian a revu sa stratégie, en privilégiant depuis un certain temps la négociation de la paix au détriment de l'option militaire qui, au fil des années, a montré ses limites. En bon tacticien, le président Umaru Yar'Adua a changé de fusil d'épaule, en offrant une amnistie aux combattants qui déposeraient les armes. Globalement, l'initiative a été bien accueillie, puisque d'après le gouvernement, de nombreux responsables du Mend ont rendu leurs armes. Au total, quelque 8.000 rebelles issus de plusieurs groupes auraient accepté de ranger leurs matériels de guerre. Malgré ce résultat encourageant, il y avait dans la démarche gouvernementale comme un arrière-goût d'inachevé, puisque certaines têtes d'affiche du Mend avaient rejeté la proposition d'amnistie, la qualifiant de "mascarade"car ne répondant pas aux vraies questions posées par le sous-développement du delta du Niger.
La volonté de faire la paix dans les deux camps a poussé le Mend à décréter une trêve en juillet dernier afin d'entamer des discussions avec le régime de Umaru Yar'Adua. Un comité avait été même mis en place, avec la participation du prix Nobel de littérature Wole Soyinka pour conduire les négociations. Pour mettre la pression sur son adversaire, le Mend a annoncé vendredi dernier que le cessez-le-feu de 90 jours qu'il avait déclaré avait pris fin dans la matinée et qu'il allait reprendre ses attaques contre les installations pétrolières et l'armée. C'est dans ce contexte que le gouvernement nigérian fait une offre plus alléchante. Il prévoit notamment de transférer 10% de ses parts dans les coentreprises pétrolières aux habitants du delta du Niger pour mettre un terme à la rébellion. Autre geste fort, Umaru Yar'Adua s'est entretenu lundi avec le chef du Mend, Henry Okah, libéré en juillet après avoir accepté l'amnistie présidentielle. Cette rencontre « au sommet », à n'en point douter, est le signe qu'on s'achemine inexorablement vers la paix des braves et qu'une nouvelle ère faite de promesses de prospérité va s'ouvrir pour le delta du Niger.
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