L'Autre Quotidien (Cotonou)
23 Octobre 2009
En prenant l'option de ne pas descendre du seuil des mille milliards de francs CFA, malgré un contexte de crise économique généralisée, marquée par une sévère atrophie des recettes publiques, le Bénin nourrit sans doute de véritables ambitions pour son développement. Cependant, aussi noble qu'elle soit, cette ambition ne saurait se concrétiser sans un minimum de rigueur dans l'exécution des dépenses publiques et de nouvelles mesures en vue d'une réduction du train de vie de l'Etat.
Le budget général de l'Etat, exercice 2010 a été transmis depuis quelques jours à l'assemblée nationale pour examen et vote. De sources proches du parlement, ce budget serait au-delà des mille milliards de francs comme ce fut le cas avec le budget de l'année dernière. Au regard des récentes observations du Fonds monétaire international quant à la tendance baissière des recettes et l'augmentation vertigineuse du train de vie de l'Etat, le montant de ce budget surprend plus d'un. Au demeurant, les remarques des partenaires font ressortir un décalage entre les ambitions budgétaires liées à celle de l'émergence de l'économie par l'augmentation des besoins de financement public auxquels ne correspondrait pas la réalité des ressources propres, mobilisables par l'Etat pour faire face à ses ambitions.
Certains ont dû penser que le gouvernement serait contraint de revoir à la baisse, dans ses nouvelles prévisions, les possibilités de recettes projetées pour faire face aux dépenses. Mais présenter un budget moins ambitieux que celui de l'exercice précédent apparaîtrait peut-être comme contre performant, étant donné que mettre la barre plus haute, c'est d'une certaine façon aussi s'imposer l'obligation de performance dans les recettes et donc de possibilités plus grandes de financer les dépenses publiques, à condition qu'elles soient plus orientées vers le développement et les investissements productifs, que vers le train de vie de l'Etat.
Mais il est aussi vrai que si le budget doit être le reflet d'une ambition de développement, l'Etat se doit aussi de savoir donner des limites raisonnables à ces ambitions pour ne pas mettre à mal les acquis d'assainissement des finances publiques, de maîtrise de la qualité des dépenses et de performance dans la production des richesses, dont on sait qu'elles sont essentiellement fiscales pour l'économie béninoise. De toutes les façons, il est peu probable que les partenaires soient disposés à combler les déficits dus à des ambitions trop élevées, par rapport aux capacités propres du Bénin, à mobiliser une partie raisonnable des ressources susceptibles de couvrir ses besoins.
Leurs observations que les parlementaires vont sans nul doute amplifier, vu aussi le contexte politique délétère dans lequel se dérouleront les débats parlementaires d'adoption de la nouvelle loi de finances, vont donc dans le sens d'une plus grande rigueur dans les dépenses et les procédures de décaissement et de passation des marchés publics. L'article 110 de la constitution béninoise du 11 décembre 1990 dispose que l'assemblée Nationale vote le budget en équilibre. Cela suppose que le montant total des recettes doit couvrir intégralement l'ensemble des dépenses publiques. Même si à l'échelle internationale, les plus pessimistes conjuguent déjà la crise au passé, les pays à faibles revenus comme le Bénin sont encore loin de toute amélioration.
Une illustration de la mauvaise santé de l'économie béninoise qui repose en grande partie sur les importations, a été apportée une fois de plus, il y a quelques jours seulement par l'ancien directeur du Port autonome de cotonou dans un discours-bilan de ses quinze mois passés à la tête de l'institution. « La tendance actuelle, au regard de la crise financière internationale est marquée par une baisse des importations de l'ordre de 15% ». avec pour conséquence un chiffre d'affaires de 12 milliards contre 19,5 prévus au titre de l'année 2009.
Une situation qui n'augure pas forcément un lendemain meilleur pour l'économie béninoise dans son ensemble. Face à ces réalités difficilement dissimulables, un budget de l'ordre de 1200 milliards ne reflète- t-il pas des ambitions encore trop élevées et avec des risques conjoncturelles et structurelles de ne pas pouvoir y faire face de nouveau ? La rigueur dans l'éxecution des dépenses publiques et la limitation des investissements non productifs sont également des règles de gouvernance à instaurer pour une concrétisation du rêve d'un Bénin émergent mis en oeuvre par le chef de l'Etat.
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