Olfa Belhassine
23 Octobre 2009
Le fado est au Portugal ce que le tango est à l'Argentine, la musette aux guinguettes parisiennes et la valse à Vienne. L'expression de l'âme d'un peuple, de ses vibrations propres, de son lyrisme, son sentiment amoureux, ses joies, ses emportements, l'odeur de sa terre et de sa mer...
Le chanteur Rodrigo Costa Félix, qui s'est produit avec sa formation de quatre musiciens mardi dernier au palais Ennejma Ezzahra, à Sidi Bou Saïd, lors de Mûsîqât 2009, malgré son jeune âge, n'a pas dérogé à la grande tradition masculine des interprètes fadistes de Lisbonne. Ceux-ci affinent leur art dans les «Clube de fado» de la cité portuaire, au contact du public local et de cette poésie du quotidien, d'où le fado tire toute sa force.
Le fado, genre musical strophique d'origine urbaine, né dans les bas-fonds de la ville, qui a intégré la nostalgie du flamenco espagnol, prend la forme d'un chant mélancolique bercé par des instruments à cordes pincées. Le destin (le fatum) tient lieu de mythe fondateur pour le fado. Avec son lot de pleurs, de saudade (tristesse), d'amour inaccompli, d'exil, de navigateurs perdus en haute mer...
Belle voix aux intonations chaleureuses, plaisante présence sur scène, un charme de latin lover, sens de l'interactivité avec le public, Rodrigo Costa Félix, très tôt remarqué dans les milieux de la musique portugaise et qui a entamé depuis 1997 une carrière internationale, nous a présenté ce mardi soir un programme intéressant et agréablement équilibré entre fado moderne, aux allures gaies et entrainantes et fado classique, puissant et corsé. Il rendit hommage aux plus grands poètes de son pays qui considèrent d'ailleurs le fado comme un genre artistique majeur et continuent à l'enrichir par des textes imprégnés d'amour et de spleen.
Le chanteur a eu également la chance d'être servi par une excellente formation : Ricardo Crus, à la contrebasse, Pedro Puihal, à la guitare acoustique, Marta Ferreira, à la seconde guitare portugaise et surtout le grand Mario Pachero à la première guitare portugaise. Ce dernier, qui nous a révélé Rodrigo Costa Félix porte une double casquette : il est compositeur de plusieurs pièces vocales présentées par le chanteur au palais Ennejma Ezzahra, et il est également considéré aujourd'hui au Portugal comme l'un des meilleurs porte-drapeaux de la guitare du pays de Fernando Pessoa, ayant accompagné les plus belles voix du fado, Amalia Rodrigues, Mariza et bien d'autres encore. Il a, en effet, élevé cet instrument aux six cordes doublées, aux sonorités de cristal et d'acier évoquant le blues lisboète, au rang d'instrument soliste. Les morceaux qu'il a joués en solo ont démontré toute la mesure de son talent et toute la diversité des thèmes de son oeuvre considérable. Des thèmes ouverts à toutes les possibilités de l'harmonie et de la poésie.
Avec le fado, le spleen devient bonheur pur...
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