Alain Njipou
20 Octobre 2009
Chose promise, chose due... Sept mois après la mise dans les bacs d'un coffret collector de trois compact disk (Cd) ayant 12 titres, labellisé Remember Eboa Lotin, dans lequel figure une bonne palette de son immense répertoire musical, la succession d'Eboa Lotin a tenu à un engagement pris lors de la présentation de cet opus au mois de mars 2009 : organiser une exposition de l'oeuvre plastique d'un chanteur qui était aussi un poète, un ébéniste, un plasticien...excusez du peu ! Pendant plus d'une semaine (du 2 au 10 octobre 2009), le public de Douala a eu le privilège de découvrir une autre dimension artistique d'un géant de la culture camerounaise qui séjourne dans l'au-delà depuis 12 ans.
La galerie Carlad située à Bonanjo a abrité une exposition de photographies, des illustrations et autres productions sculpturales d'Eboa Lotin, qui a provoqué une effervescence inhabituelle à l'occasion. L'expo a été baptisée «Eboa Lotin : the other side» pour dévoiler les autres aspects du génie d'un artiste aux talents immenses et pluridimensionnels. Dans une espèce de fresque, le public a pu se délecter des photos du Pasteur Lotin à Same, géniteur d'Eboa Lotin qui fonde sa propre famille avec en vitrine Lynda, Samuel, Jacky, Cathy et Henry ses rejetons. Au bout de 55 ans d'une vie bien remplie, l'on a pu remarquer à travers des images fortes qu'Eboa Lotin était un homme chaleureux.
Des photos avec Manu Dibango, avec Henry Bandolo au cours d'une interview, sa vie de couple et plein d'autres portraits exposés ont été des preuves grandeur nature. La sculpture n'a pas été l'enfant pauvre de cet étalage. Des carpes, papillons, raies, gorilles, crevettes et le Cameroun sculptés avec une exceptionnelle dextérité ont meublé le décor et attiré l'attention de plus d'un visiteur. De même, des extraits inédits des poèmes en français, en anglais et en duala, des manuscrits de la biographie de l'icône du makossa reviennent sur ses relations avec le Maréchal Bedel Bokassa de la République centrafricaine (Rca) qui lui a offert un terrain d'une valeur de sept millions, Mobutu Sese Seko du Zaïre, Marien Ngouabi de la République populaire du Congo et Omar Bongo tous de regrettée mémoire.
Sous la plume d'Eboa Lotin, l'on a pu lire : «ma première chanson, Mulema man (Mon cà "ur) composée en 1962 à l'âge de 20 ans est l'histoire d'un jeune couple où le mari vient d'accorder l'indépendance totale et inconditionnelle à son épouse because monsieur n'a pas le porte-monnaie volumineux pour satisfaire les ambitions démesurées de sa femme», écrit le virtuose dans une verve jamais égalée. Au-delà de la mort physique, Eboa Lotin reste en vie. Sa mémoire que sa succession ne se lasse pas de pérenniser aux côtés des amis comme Pius Njawé, est une indication que la patrie est reconnaissante vis-à-vis des grands hommes.
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