Severe.kamen
16 Octobre 2009
La cité balnéaire était en ébullition mercredi dernier, 14 octobre 2009. C'était à l'occasion de la descente de Louis Paul Motaze, ministre de l'Economie, de la planification et de l'aménagement du territoire (Minepat) dans le cadre de l'avancement des travaux du projet en eau profonde de Kribi. Au cours de cette visite, le Minepat est allé en haute mer sur un bateau off-shore afin de vivre de visu comment vont se passer les travaux et jusqu'où les installations portuaires vont s'étendre dans la mer. En quelques minutes, les experts ont expliqué au ministre les tenants et les aboutissants de cette grosse entreprise. Tout de suite après, le ministre est allé affronter les populations des sites devant être déguerpis et où seront construites les installations portuaires.
A Kribi, Lolabé, Grand-Batanga et Mboro, Louis Paul Motazé a tenu à rassurer les populations sur la prise en compte de leurs doléances pour que « tout se passe humainement et selon les respects des droits des uns et des autres ». Ensuite, une séance de travail a regroupé le consortium Rio Tinto Alcan, l'ingénieur-conseil, les partenaires et bien sûr le comité de pilotage. On sait que le chronogramme est tendu et le plus gros souci concerne la mise en à "uvre des études techniques nécessaires, notamment les études de bathymétrie, les données géotechniques, la topographie. L'adaptation d'un schéma directeur portuaire convaincant et fiable reste attendue selon une source introduite au comité de pilotage que dirige Louis Nlend Banack, le directeur du projet.
Appât électoral ?
Le plan général de distribution des aménagements portuaires prévoit à date des installations portuaires sur les sites de Kribi, Grand-Batanga, Mboro et Lolabè, donnant ainsi lieu à ce qu'il est désormais convenu d'appeler le complexe portuaire de Kribi. En clair, le projet s'étalera sur quatre sites. A Kribi, il devra entraîner un réaménagement du port existant pour laisser déployer des activités de cabotage, de pêche artisanale et de plaisance. A Grand-Batanga, il sera réservé aux activités de tourisme balnéaire et de pêche industrielle. S'agissant de Mboro, il y est prévu un port général à caractère industriel et commercial, des activités de cabotage et une base navale. Les terres de Lolabè, elles, s'attendent à accueillir un appontement fer pour le transport du minerai de fer. D'après le chronogramme, les travaux de construction du futur complexe portuaire démarreront en décembre 2009 et les premières installations sont annoncées pour fin 2013. Au plan spécifique, le port de Mboro sera destiné à accueillir des navires de 100.000 tonnes et de 16 mètres de tirant d'eau. Dès la première phase de sa réalisation, ce port devra comporter, outre une digue de protection et un chenal d'accès, quatre terminaux: un terminal conteneur, un terminal aluminium, un terminal polyvalent (pour le fer, des marchandises diverses, des colis lourds, etc.) et un terminal hydrocarbures. A Lolabè, l'appontement fer est prévu pour recevoir des navires de 250.000 tonnes et 22 mètres de tirant d'eau.
Malgré toutes ces avancées sur le papier, la plupart des populations de la cité balnéaire restent sceptiques quant à la réalisation de ce projet. Pour elles, tout cela ne serait qu'une vaste opération de campagne électorale en vue de conquérir et de rassurer les populations de l'Océan, du Sud et même du Cameroun sur l'effectivité de la réalisation des grandes ambitions et qui s'arrêterait une fois que les élections municipales, législatives et même présidentielle seront passées. De quoi renforcer l'hostilité des populations quant aux déguerpissements. « On veut juste nous prendre nos terres pour rien, pour les exploiter dans un autre but » souligne un riverain. En tout cas, la machine est lancée et on ne perd rien à attendre.
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