Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Les derniers-nés des romans congolais de langue française

24 Octobre 2009


Kinshasa — La littérature congolaise de langue française ne cesse, de jour en jour, de s'enrichir des noms de nouveaux auteurs et des titres. Ainsi, deux romans -leurs premiers de leurs auteurs-, viennent de voir le jour. Il s'agit de Troisième guerre mondiale, Louvain-La-Neuve (Belgique, 2008) par Fernand Mpyana Kamona et Retour de manivelle (France, Riveneuve éditions, 2008) par Julien Kilanga Musinde.

Que nous donne à lire ces deux textes ? Pour le premier, nous reprenhttp://start.ubuntu.com/8.04/ons ici la préface qu'en fait Louis Mulumba Nzanza, car nous semble bien ramasser la quintessence de ce roman. La voici : « Lorsque les premières victimes sont tombées, personne ne s'est inquiétée outre mesure. A l'époque, on ironisait même sur la maladie :'syndrome imaginé pour décourager les ambianceurs !' Aujourd'hui, l'évidence s'est imposée, les rires ont cédé la place à une rivière intarissable de larmes.

La maladie est reconnue problème de société, elle préoccupe toutes les âmes sensibles. Touché et secoué dans sa conscience, l'auteur, éducateur de son métier, refuse de garder un silence complice. Il sait que la littérature est une arme avec laquelle il y aurait moyen de défendre une cause. Avec sa plume, il prend part au combat. Son récit est l'expression d'une profonde angoisse, d'un sentiment de révolte et d'un refus de céder à la fatalité. Fernand Mpyana n'y va pas par le dos de la cuillère. Bien que ne faisant usage ni de napalms, ni de chars, ni de tout autres armes lourdes comme légères, la 'Troisième guerre mondiale' est, pour lui, tout aussi cruelle et meurtrière pour pouvoir, valablement, soutenir la comparaison.

Elle n'épargne aucune nation, emporte petits et grands, hommes et femmes, érudits et écartés de l'instruction, riches et pauvres ! Nul ne peut s'estimer totalement à l'abri. Et puisque le salut ne viendra pas d'ailleurs, l'auteur fustige les personnes qui, par irresponsabilité caractérisée, véhiculent la maladie par pure 'vengeance'. Il dénonce : 'Notre directeur, conscient de sa maladie, a chois la contamination à la place de la continence. Sur son bureau, nous avons trouvé une liste non exhaustive des personnes qu'il a entraînées à la mort '. Toutefois, l'auteur se garde de juger, encore moins de condamner.

Son oeuvre est une sensibilisation au sens de responsabilité. Elle est particulièrement destinée aux milieux intellectuels et estudiantins, où l'érotisme est devenu un jeu dans lequel on peut se distinguer ! La même inconscience avec laquelle certains se livrent à un exercice débridé de la sexualité, leur fera évoquer, lorsque la maladie aura frappé, des prétendus sorciers. Puisse cette modeste contribution à la protection des vies humaines nous interpeller, tout et chacun, sur notre comportement ainsi que sur nos valeurs. Tel est le souhait de l'auteur à qui nous présentons nos remerciements et nos félicitations ».

A y regarder de près, cette préface se passe de tout commentaire. Quant au second, le résumé que nous livre -sans doute l'éditeur- à la page 4 de couverture est plus qu'explicite. Le lecteur apprend que : « Josué a quitté très jeune son village natal à la conquête de nouveaux horizons et y revient des années plus tard avec toute sa famille, pour assister aux funérailles de son père. Il ne supporte pas le choc et tombe inerte au bas du 'Mulela', un arbre symbolique, majestueusement dressé derrière la maison de son père. Inconscient, Josué se voit blotti au bord de la rivière 'Ayano' attendant la barque vers l'autre rive, vers le royaume des morts. Il voit alors défiler les étapes de sa vie qui lui dévoilent tout un itinéraire mythique, du monde rural initié aux secrets de la nature en passant par la ville d'Ubal jusqu'à celle de Vouillé où il a conquis de nouvelles cultures.

Après avoir revu, comme dans un rêve, les méandres d'un passé insaisissable,un entretien avec une écrivaine au cours d'une table ronde à Vouillé, le ramène à ce jour de septembre où il a cru pouvoir couper le cordon qui le liait à ses racines. Belle illusion ! Il aperçoit dans l'eau, vers l'autre rive, son père, sa mère et son oncle Lukuki, tous déjà décédés, qui lui font de grands signes le suppliant de ne pas traverser la rivière fatale. Lukuki fait alors surgir des profondeurs la corne du buffle qui avait failli ôter la vie du père de Josué avant sa naissance.

La seule vue de cette corne lui fait reprendre conscience. La fraîcheur de la rivière sacrée lui permet de saisir les réalités connues et inconnues de la vie et ravive ses souvenirs. Ce double retour -le retour à la vie et le retour au village- persuade Josué de continuer sa vie dans ce village mythique pour l'aider à se développer et transmettre des avoirs acquis ailleurs, tout en assurant à son tour la garde de la corne sacrée. Un retour en force au son de tam-tam et au rythme de la danse tango qui le ramène au point de départ. Véritable retour de manivelle ».

Tout laisse croire, par moments, que ce récit est en partie autobiographique. A fortes doses, Kilanga livre ici des éléments de son expérience personnelle d'enseignant et d'autorité académique qui a gravi tous les échelons à l'Université de Lubumbashi. De plus, il situe la fiction dans un milieu qu'il connaît particulièrement bien pour y avoir évolué de son enfance à son âge adulte. Comme on dirait, c'est l'enfant du terroir : il a fait ses études primaires, secondaires et universitaires dans son Katanga natal.

Qui sont ces deux nouveaux romanciers de notre littérature ? Fernand Mpyana Kamona est enseignant et directeur d'études à Mbuji-Mayi. Il dirige le Centre de promotion sociale Rayon de Soleil à la Muya. Il s'est essayé à la poésie avec deux plaquettes. « Troisième guerre mondiale » est son premier récit.

Julien Kilanga Musinde est professeur à la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Lubumbashi où il est recteur honoraire. Aujourd'hui, il est chargé de l'écrit et des langues à l'Organisation internationale de la Francophonie (Oif) à Paris. Sur le plan littéraire, il est déjà auteur de deux recueils de poèmes et d'un essai à coloration autobiographe. « La main de la tradition. Retour de manivelle » est son premier roman.

PROFESSEUR ALPHONSE MBUYAMBA KANKOLONGO Critique littéraire

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