L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Tunisie: Présidentielle - Election "démocratique" dans une dictature de velours

25 Octobre 2009


éditorial

Les Tunisiens étaient appelés hier aux urnes pour élire leur président parmi quatre candidats en lice : Mohamed Bouchiha du Parti de l'unité populaire (PUP), Ahmed Inoubli de l'Union démocratique unioniste (UDU), Ahmed Brahim du Mouvement Ettajdid (Le Renouveau) et bien sûr Zine el-Abidine Ben Ali, le chef de l'Etat sortant.

Pendant trois semaines, les prétendants à la magistrature suprême ont sillonné le pays à la pêche des voix. Si aucun incident grave n'a été signalé, on peut noter que cette campagne a été marquée par l'inégalité des moyens mis en Å"uvre pour séduire les électeurs : d'un côté, le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), qui dispose d'une impressionnante machine électorale, qui a l'expérience des scrutins pour avoir géré quatre présidentielles et qui a déployé ses ramifications dans toute l'Administration, pourtant censée être neutre ; de l'autre, trois formations politiques qui n'ont pas le privilège d'utiliser les moyens de l'Etat et d'avoir accès aux médias conformément aux règles établies dans une démocratie digne de ce nom : ainsi, un rapport de cinq associations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'homme, a indiqué que le président Ben Ali aurait eu droit à 97,22% de l'espace consacré par la presse écrite à la première semaine de campagne contre 1,28% à Mohamed Bouchiha, 1,27% à Ahmed Inoubli et 0,22 à Ahmed Brahim. Même la première dame, Leila, qui a animé plusieurs manifestations de soutien à son époux, en aurait obtenu 14,12%, soit cinq fois l'espace rédactionnel réuni des autres challengers.

Dans un tel contexte, où les adversaires du président ne sont que des candidats accompagnateurs, la vraie opposition étant musclée, on n'a pas besoin d'attendre les résultats d'une quelconque commission électorale pour connaître le vainqueur de la partie : Ben Ali sera réélu pour un cinquième mandat. On se demande seulement avec quel score. Va-t-il s'octroyer 94,49% des suffrages exprimés, comme en 2004, ou dictera-t-il à la hausse ou à la baisse le nombre de votants en sa faveur ? Une chose est sûre : son score est toujours compris entre 90 et 99% ; un plébiscite en quelque sorte. Peut-il en être autrement vu qu'il est le leader incontesté, parce qu'il ne supporte aucune contestation ?

Le jeu est ainsi fait depuis son arrivée au pouvoir quand, le 7 novembre 1987, Ben Ali a déposé Habib Bourguiba pour "raisons médicales" et lui a succédé en sa qualité de dauphin constitutionnel. On se rappelle qu'à l'époque il avait soutenu, dans son discours à la radio, que "la Tunisie ne peut souffrir ni présidence à vie ni succession automatique à la tête de l'Etat, desquels le peuple se trouve exclu. Notre peuple est digne d'une vie politique évoluée et institutionnalisée, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse". Propos pleins d'espoirs en son temps, lesquels se sont transformés, au fil du temps, en désillusions.

Car, depuis qu'il occupe les fonctions de président de la République, Ben Ali a travaillé à asseoir un règne sans partage, réduisant au silence ou à sa plus simple expression toute velléité de contestation de son pouvoir à vie : Droits de l'Homme bafoués, opposants bâillonnés, journalistes embastillés, un Etat policier en résumé. Ce n'est pas l'organisation régulière d'élections qui peut masquer la dictature de velours que vivent les Tunisiens, tellement muselés qu'ils rongent leur colère dans le silence. Mais, malgré les tares démocratiques que connaît la Tunisie, à l'image d'autres pays comme l'Egypte, les Occidentaux ne sont pas regardants sur la vie politique, l'essentiel pour eux étant la stabilité et la maîtrise de l'hydre islamiste.

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C'est ce que Ben Ali a réussi à merveille. Alors que, quand il s'agit des Etats au sud du Sahara, le scrupule démocratique remonte en surface dès lors que l'on porte atteinte aux règles du jeu. Même si, selon ses penchants et ses convictions, on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein : ainsi, on peut ne considérer que la Tunisie est un exemple de réussite économique, dont l'économie était classée, en 2007, première en termes de compétitivité en Afrique par le Forum économique mondial, que le tourisme y est développé en raison de la stabilité et permet à l'Etat d'acquérir d'importantes recettes, à quoi s'ajoutent des indicateurs de la santé et de l'éducation, parmi les meilleurs du continent ; ou alors, l'homme ne vivant pas seulement de pain, estimer qu'il a aussi besoin de liberté et de justice sociale.

Or, sur le plan des libertés, le pays de Ben Ali est loin d'être un modèle, avec la répression des opposants et les nombreuses atteintes à la liberté de la presse et aux droits de l'Homme. Signe des temps Ben Ali à la tête de l'Etat, savez-vous ce sur quoi le choix des élèves tunisiens a porté, en réponse à une question de l'Administration scolaire nationale leur disant de dessiner un symbole de la Tunisie moderne outre que la statue du célèbre Ibn Khaldoun ? Un car de police, selon Le Courrier international. C'est tout dire, leur vécu quotidien en faisant foi.

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