L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Libye: Au secours, Kadhafi s'en mêle

25 Octobre 2009


éditorial

Quelle est la crise en Afrique sur laquelle on n'a pas vu l'ombre de Kadhafi planer pour offrir ses bons offices ?

Des irrédentistes touaregs maliens et nigériens aux hordes rebelles du Tchad en passant par les frères ennemis centrafricains ou soudanais, le bédouin de Syrte a souvent pu rassembler les différents adversaires sous sa tente, d'où chacun, ayant fait semblant de fumer le calumet de la paix, est reparti lesté de quelques millions de dollars.

Mais, généralement, à peine l'encre qui a servi à signer le manifeste du cessez-le-feu avait-elle séchée, que la crise ou le conflit recommençait de plus belle. Comme si, de la Libye, les adversaires étaient repartis gonflés à bloc pour mieux continuer la bagarre, et que le « roi des rois » et actuel président de l'Union africaine (UA) assurait sa médiation en incitant les uns et les autres à se rentrer davantage dedans. Comme si chacun négociait une dague ou un AK 47 derrière le dos !

Est-ce cette réputation qui a dicté l'attitude des Guinéens, auxquels le guide de la Jamahiria a proposé sa facilitation ? En tout cas, pas plus tard que le 22 octobre 2009, la junte et les forces vives ont poliment décliné l'invitation du dirigeant libyen à se rendre à Tripoli pour une éventuelle médiation de sa part. En vérité, l'intrusion de Kadhafi dans le dossier guinéen n'est pas une nouveauté : dès le 28 décembre 2008, soit moins d'une semaine après le putsch, il était le premier chef d'Etat à fouler le sol guinéen pour échanger avec la junte et lui... apporter son soutien.

Le voyage avorté du président Moussa Dadis Camara en juin dernier (pour cause de surnombre de la délégation ou de coup d'Etat étouffé dans l'Å"uf ?) et le sac de jute plein d'argent, don de Kadhafi au patron du CNDD, que ce dernier exhibait face aux caméras de télévision sont autant de signes que l'axe Conakry-Tripoli n'est pas froid du tout, loin s'en faut.

Pourtant, cette junte a refusé les bons offices du libyen, adoptant ainsi la position des forces vives. Les deux camps ont brandi un argument-massue : ils ne veulent pas gêner la médiation du Burkinabè Blaise Compaoré. C'est connu, la meilleure manière de faire capoter une négociation est d'en multiplier les missi dominici.

Cette proposition de Kadhafi qui, bien qu'il porte la casquette de l'UA, est inopportune, car il n'ignore pas que Blaise Compaoré est déjà sur le dossier guinéen. En outre, il y a quelques jours de cela, Kadhafi avait déjà apporté son soutien à la junte, comme il l'avait déjà fait avec la Mauritanie. Un facilitateur étant, par essence, neutre et devant taire ses états d'âme, on ne sait ce qui se serait passé si les Guinéens avaient fait le déplacement en Libye. N'aurait-il pas essayé d'imposer les vues d'une partie à une autre ?

Le « niet » des protagonistes est donc celui de personnes avisées et instruites par les précédents agissements du numéro un libyen. Mieux vaut s'en tenir à la médiation officielle, confiée à Blaise par la CEDEAO ! Peut-être que si cette proposition venait d'un autre dirigeant africain, les Guinées n'auraient rien trouvé à redire, mais parce qu'elle émane du premier des Libyens, certains subodorent une torpille tout simplement. Voilà ce à quoi s'accrochent les Guinéens. Une telle posture, à la limite qualifiée de sage, met aussi la pression sur le facilitateur.

Il a une certaine exclusivité pour apaiser cette palabre, et est donc très attendu sur le terrain par certains de ses pairs et la communauté internationale. Parlant de murs, nombreux sont ceux qui se dressent devant lui, à commencer par le départ de Dadis.

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