Le Soleil (Dakar)

Guinée: Echos d'ailleurs - Guinée, Niger au-delà des sanctions

Amadou Gaye

24 Octobre 2009


Après la répression sanglante du 28 septembre, l'heure est à l'enquête internationale commanditée par l'Onu en Guinée. La junte militaire contrainte et le dos au mur a accepté d'emprunter la seule issue qui lui reste pour se dédouaner aux yeux à la fois de son opinion publique que de la communauté international tous témoins des horreurs commises sur des civils dont le seul tort aura été de vouloir organiser une marche de protestation.

Le « oui » au sous-Secrétaire général onusien chargé des Affaires politiques Hailé Menkerios réclamant une « coopération sincère, la sécurité pour l'équipe d'enquêteurs » et l a mise à leur disposition d'une « documentation sur cette répression » est, en soi, révélateur. De la fragilité du régime issu de la junte, de son manque d'arguments face à l'injustifiable sévérité avec laquelle des fils de la Guinée ont été, avec beaucoup de cruauté, tués.

En réprimant une manifestation pacifique d'opposants, les hommes de Dadis Camara prouvent à l'opinion qu'ils n'ont pas d'arguments à opposer à ceux dont le seul tort est de réclamer des élections justes et transparentes et de refuser, que ceux qui ont usé du coup de force, gouvernent à nouveau la Guinée. Ce refus de la prolongation du régime militaire ou dictatorial qui, depuis plus de cinquante ans a cours en Guinée (long règne de Sékou Touré suivi des mandats sans rupture de son successeur Lansana Konté), a été sanctionné par des centaines de morts. Cet autoritarisme dans lequel basculent de plus en plus les régimes africains de la sous-région atteste d'une régression démocratique, laquelle se traduit par un reflux de la démocratie dans la plupart des pays francophones.

Le retour en force des putschs dans plusieurs pays devenu la règle (Mauritanie, Madagascar) et des tentatives d'instauration des présidences à vie (Niger) en sont la parfaite illustration. Ce, au mépris de toutes les règles internationales de bonne gouvernance, de démocratie et de simple respect des droits de l'Homme. Sous des prétextes les plus divers (défense des intérêts économiques, sauvegarde d'une position stratégique ou tout simplement au nom de la lutte contre le terrorisme), on fait peu cas des intérêts des populations locales. La France, gardienne jalouse des traditions démocratiques, laisse faire. Il est vrai que la page de la « Françafrique » et du « pré carré français » ne sont plus officiellement de mise depuis l'éclatement de la crise ivoirienne.

L'absence de condamnation forte de la plupart de nos dirigeants après ce qui s'est passé à Conakry montre aussi le peu de cas que beaucoup de dirigeants font des droits de l'Homme.

Heureusement que la Cedeao a eu, lors de son sommet d'Abuja du 17 octobre dernier, à condamner les actes barbares de massacre, de viol et autres atrocités perpétrées par les forces dites de sécurité à Conakry. Considérant ces actes comme une menace réelle sur la paix, la sécurité et la stabilité dans la sous-région, la conférence des chefs d'Etat de la Cedeao a même décidé d'imposer un embargo sur les armes à l'encontre de la Guinée. Un embargo qui entre dans le cadre de la convention sur les armes légères et de petit calibre, leurs munitions et matériels connexes. Par ailleurs, la conférence des chefs d'Etat exhorte le médiateur Blaise Compaoré à « prendre toutes les mesures appropriées pour rétablir le dialogue entre les acteurs politiques ». Mieux elle charge le président burkinabé de « s'assurer que ni le président et les autres membres de la junte, ni le Premier ministre, de même que ceux qui occupent des postes de hautes responsabilités ne soient candidats à la prochaine élection présidentielle.

La décision du Secrétaire général de l'Onu de mettre en place une commission d'enquête chargée de faire toute la lumière sur les événements violents du 28 septembre a été aussi saluée.

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C'est d'ailleurs dans la même foulée que la conférence des chefs d'Etat s'est prononcée sur le cas du Niger où l'organisation d'un référendum le 4 août dernier s'est faite en violation du protocole additionnel de la Cedeao sur la bonne gouvernance. Des sanctions ont été d'ailleurs prises à l'encontre du Niger (pas de soutien à la candidature de ce pays à des postes électifs, refus de tenir une réunion de la Cedeao dans cet Etat ne respectant pas les décisions de la conférence). De même, la conférence des chefs d'Etat de la Cedeao dont il est membre avait demandé le report des élections législatives du 20 octobre ce, pour favoriser le dialogue politique.

Le président Tania, sourd à tous les appels, est passé outre. C'est dire qu'il faudra beaucoup plus que de vaines condamnations de principe pour ramener à la raison ceux qui s'arc-boutent à un pouvoir qui leur a définitivement tourné le dos. L'enjeu, l'application stricte de la démocratie en lieu et place des pratiques d'un autre âge comme en offrent ces deux pays (Guinée et Niger) est à ce prix.

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