Ismaël Bicaba
26 Octobre 2009
«Afrique, lève-toi», c'est le message final du synode des évêques africains réunis à Rome pendant une semaine autour du pape Benoît XVI. «Afrique, lève-toi», plus qu'une injonction, relève du vÅ"u de l'Eglise catholique pour un continent meilleur, porteur d'avenir pour ses enfants.
L'Afrique, constate le synode, est «riche en ressources humaines et naturelles» et pourtant de nombreux peuples, «croupissent dans la pauvreté et la misère, les guerres et les conflits, les crises et le chaos». Le synode attribue cette situation «aux décisions et aux activités humaines des gens qui n'ont aucun souci du bien commun et cela souvent grâce à la complicité tragique et au complot criminel des dirigeants locaux et des intérêts extérieurs». Quand ce n'est pas la Somalie qui témoigne d'une Afrique toujours empêtrée dans de violents conflits depuis près de deux décennies, avec des conséquences sur les nations avoisinantes, c'est la tragédie des millions de personnes dans la région des Grands Lacs, la crise durable au nord de l'Ouganda, au Darfour, en Guinée Conakry, ou encore la débâcle démocratique au Niger qui montrent à la face de la Terre, une Afrique toujours dormante et pitoyable. Le pape et ses apôtres noirs ne veulent plus de cette Afrique-là : «Quel que soit le niveau de responsabilité attribuable aux intérêts étrangers, on ne peut nier une honteuse et tragique complicité des leaders locaux, des politiciens qui trahissent et mettent leurs nations aux enchères». Le message est clair à l'endroit de nos leaders politiques.
L'Afrique doit relever le défi de procurer à ses enfants un niveau et des conditions de vie convenables. Pour susciter ce sursaut de réussite d'une Afrique toujours en conformité avec l'Å"uvre divine (le bien en toute circonstance, la paix en tout lieu), le pape et ses apôtres noirs «encouragent et félicitent chaleureusement les quelques pays africains qui ont fait le choix d'une authentique démocratie et s'efforcent de s'y maintenir». Le Salut commence par là, estiment-ils. Mieux encore, il devrait l'être dans le dialogue et la tolérance religieuse, dans l'union des forces spirituelles du continent.
«Afrique, lève-toi» est aussi un appel quant à la responsabilité des médias dans cette posture tragique actuelle du continent noir : «il y a de très bonnes nouvelles en plusieurs endroits en Afrique», mais «les moyens médiatiques modernes tendent souvent à accentuer les mauvaises nouvelles» insistant sur les «infortunes» et les «déboires» du continent plutôt que sur les «efforts positifs». «Afrique, lève-toi», est aussi du ressort des institutions médiatiques africaines. De quoi aimons-nous réellement rendre compte dans nos colonnes ou évoquer sur nos ondes ? A l'heure des anniversaires tous azimuts des institutions médiatiques burkinabé, la question mérite d'être posée. Sous quel signe plaçons-nous dix, vint-cinq ou cinquante ans d'existence au service de l'information ? Quels genres d'informations avons-nous fournies à l'opinion publique nationale et internationale ? Comment comptons-nous davantage servir notre pays, notre continent ? Les médias africains doivent relever le défi de libérer l'Afrique de l'aliénation et de l'esclavage politique. «Nous avons besoin de journalistes qui écoutent, observent et parfois, lisent entre les lignes ce qui est vraiment dit. Les choses spirituelles, les choses religieuses ne sont pas rapportées, à moins qu'il s'agisse de questions controversées. Nous devrions demander aux médias d'annoncer de bonnes nouvelles, on en tirerait une meilleure image de l'Afrique». Voilà ce qu'attendent Benoît XVI et ses apôtres noirs, des médias.
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