El Hadji Massiga Faye
26 Octobre 2009
L'artiste-musicien doit-il se mettre en déphasage avec les préoccupations sociales de ses semblables. C'est dans cette dynamique qu'il faut situer le thème de la conférence de l'Association de la presse culturelle du Sénégal (Apcs) : « Musique et engagement ».
Lyrisme ou engagement, il faut choisir. L'Association de la presse culturelle du Sénégal (Apcs) a tenu, samedi, une conférence sur le thème « Musique et engagement ». La manifestation entre dans le cadre des « Rencontres mensuelles » de l'association.
A la lueur de la détresse sociale que vivent la majorité des Sénégalais : délestages, inondations, cherté de la vie, ils ont été quelques rares artistes chanteurs à prendre leur micro pour dénoncer ce mal être. Exceptés, Youssou Ndour et Didier Awadi qui ont sorti des titres à cet effet. D'où ces questions fondamentales qui affleurent. « On crée pour qui, pourquoi et dans quelle dynamique artistique », s'interroge le président de l'Apcs, Massamba Mbaye. Dès lors, « le besoin de s'inscrire dans une logique de construction qui prend en charge les préoccupations sociale et politique devient une nécessité », défend le président de l'Apcs. Pour lui, il s'agit de mettre en exergue le sens de la pratique musicale avec des contours précis. Le but est de voir les différents ressorts que peut prendre cet engagement.
Dans sa définition de l'engagement, le parolier Biram Ndek Ndiaye soutient qu'en s'engageant pour son peuple, « l'artiste doit se mettre au service d'une cause sociale, politique ou autre ». Le propos est allusif à une conscientisation, à l'éveil et au réveil des populations. Selon lui, la musique ne se résume pas uniquement au lyrisme et aux propos laudatifs. « L'artiste doit-il se détacher de sa société, doit-il faire dans l'art pour l'art ? Cet engagement doit-il être conjoncturel ou permanent ? » se demande le parolier.
En réaction à cette interpellation, l'auteur-compositeur Ouza Diallo se définit comme : « Je suis né engagé, je vis engagé et je mourais engagé ». Selon ses termes, cet engagement n'est pas circonstanciel. « Il est inné », dit-il.
Engagement constructif
A son corps défendant, le rappeur Didier Awadi réagit : « Je suis un libre penseur et non un porte-parole politisé encore moins un politicien ». Et pour cause : « Autour de toi, des gens vivent des situations difficiles et on ne peut pas être insensible à cela », estime le membre du Pbs. Pour lui, le combat à mener est d'assurer aux populations les trois repas quotidiens, ne pas mourir du Sida ou bien du paludisme.
Dans le même sillage, le promoteur culturel Oumar Sall du Groupe 30 Afrique suggère aux artistes-musiciens de s'inscrire dans une logique de construction en donnant des repères aux populations à la place des clashs, des dénonciations. L'engagement est constructif. L'essentiel c'est d'« être juste, être sincère avec soi-même et dire ce que l'on pense », répond Awadi. Même s'il ne condamne pas ses collègues musiciens qui empruntent d'autres créneaux. « Je ne blâme pas ceux qui ne sont pas engagés », estime le rappeur.
Dans le même temps, celui-ci ne s'est pas privé de déplorer le manque d'engagement des Sénégalais. Les codes sociaux liés à la royauté continuent d'être entretenus au Sénégal. La parade stoïque toute trouvée est : « On ne se bat pas contre la royauté (ndlr : métaphore pour parler du régime en place) selon la convenance sociale », reprend Didier Awadi pour dénoncer le manque d'engagement de ses concitoyens. « Tout le monde doit s'engager et être propriétaire de son avenir », lance-t-il.
Toujours est-il que « les artistes musiciens ne doivent pas se servir du malheur des uns pour en faire un fond de commerce. Que cela soit dans la lutte contre le Sida ou le paludisme », résume le membre du Pbs.
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