L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Travailleurs Burkinabè de l'ex-Air Afrique - 3,6 milliards pour solder le compte

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

25 Octobre 2009


Le gouvernement a été interpellé à l'hémicycle, le 23 octobre 2009, par le député Armand M. Ouali sur la situation des travailleurs burkinabè de l'ancienne compagnie multinationale Air Afrique. Le ministre des Transports, Gilbert Noel Ouédraogo, lui a donné des éléments de réponse, qu'on peut résumer de la façon suivante : sur 237 agents burkinabè, 47 ont eu leurs droits réglés. Il reste 190 personnes à payer, dont les droits s'élèvent à 3,6 milliards FCFA.

Avant cette question orale, il y a eu une question d'actualité, relative à la situation des sinistrés du 1er septembre 2009. C'est Pascaline Tamini, ministre de l'Action sociale, qui a donné les informations sur ce sujet. Elle a évoqué les 3 étapes qui ont marqué la gestion de cette catastrophe : l'urgence et le sauvetage, l'assistance des populations ainsi que la réhabilitation et la reconstruction.

Une question orale relative, d'ailleurs à un éventuel « plan or-sec » sur ces inondations, devait être posée par le député Laurent Bado au minsitre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation(MATD), Clément P. Sawadogo. Le député ayant été absent et étant non inscrit, sa question n'a pas été posée ; « j'avais préparé ma réponse, mais le député Bado n'est pas venu », a dit, pour plaisanter, le ministre en aparté.

La seconde question orale(avec débats), posée par le député Armand Ouali, a eu trait à la situation des travailleurs burkinabè de l'ex-compagnie multinationale Air Afrique. On le devine, elle a porté sur les droits de tous ces agents qui ne savent plus quoi faire et dont certains sont tombés dans la résignation.

Gilbert Noël Ouédraogo, ministre des Transports, a brossé l'état des lieux de ces ex-agents : Air Afrique a été créée en vertu du Traité de Yaoundé le 28 mars 1961 par 11 Etats. Le 14 août 2001, à Brazzaville, les chefs d'Etats décidaient son dépôt de bilan sous l'égide de l'OHADA. Le 10 janvier 2002, le bilan de sa compagnie était déposé au tribunal de commerce d'Abidjan, et sa liquidation, prononcée le 25 avril 2002. Les priorités évoquées à l'époque étaient la création d'une nouvelle compagnie et le règlement de la dette sociale. Pour le second volet, objet de la présente question orale, le ministre a énuméré les obstacles juridiques (Etats signataires de l'OHADA, caractère multinationale d'Air Afrique...) et techniques (répartition géographique du patrimoine, non- maitrise totale des états financiers...).

Quid des travailleurs burkinabè ? En août 2002, 318 millions FCFA ont été prélevés sur le budget national pour payer les arriérés de salaires des travailleurs. En ce qui concerne les agents en poste au Faso et les 11 non-nationaux, la création de la Régie administrative chargée de l'assistance en escale (RACGAE) a permis leur redéploiement vers l'activité résiduelle. Pour ce qui est des 237 Burkinabè expatriés, en plus des 318 millions décaissés, en 2006, un second acompte, de 394 millions FCFA, a été pris sur les ressources de la RACGAE en leur faveur. Suivront une 3e tranche, de 400 millions en 2007, puis une 4e, de 322 briques en 2009, soit 1 434 millions FCFA, le tout sur les fonds RACGAE.

Au jour d'aujourd'hui, sur les 237 Burkinabè concernés, 47 ont déjà eu leurs comptes soldés. Il reste 190 personnes à payer, soit 3,600 milliards FCFA pour solde de tout compte si l'on peut parler ainsi. Car l'argent à encaisser ne pourra jamais remplacer ce qu'ils ont enduré sur le plan familial et sociétal ; bref le préjudice moral reste, lui, insolvable.

Dans tous les cas, des débats on retiendra que, par exemple, le gouvernement a tenté d'inscrire ce volet Air Afrique dans le budget 2009, mais, au regard des contraintes, s'est ravisé. Des députés tels Célestin Koussoubé estiment qu'il faut que le gouvernement inscrive cette question dans le budget et « sensibilise » les députés au problème, car il « ne faut pas lâcher les compatriotes comme cela et leur dire de se débrouiller... ». Là-dessus, après la réponse du ministre des Transports, le président de l'Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, dira que, si c'est le gouvernement qui propose le budget, c'est bien les députés qui le vote, et dans ce cas d'espèce, Exécutif et Législatif sont coresponsables.

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