Jean.francois.channon
26 Octobre 2009
« Ce qui se passe à la représentation du Hcr au Cameroun est affreux. Nous avons des preuves que des Tchadiens qui vivent au Cameroun depuis plus de 20 ans et qui ne sont pas des réfugiés ont été transformés en réfugiés soudanais et installés soit aux Etats-Unis soit en Australie.
Pendant ce temps, nous autres qui sommes de vrais réfugiés du Soudan sommes complètement ignorés. Ce n'est plus acceptable. » L'auteur de ces propos, Christopher Duku Kelly, se présente comme étant le doyen des réfugiés soudanais au Cameroun. Ce quadragénaire originaire du sud Soudan qui totalise plus de 20 ans de vie au Cameroun, se dit outré par ce qu'il appelle « le trafic de nationalité instauré par les responsables du Hcr de Yaoundé ».
Dans une correspondance confidentielle adressée le 10 juillet 2009 au ministre camerounais des Relations extérieures, Christopher Duku Kelly accuse Jacques Franklin, l'ancien représentant résident du Hcr au Cameroun « d'avoir non seulement gonflé sur des bases fausses le nombre de réfugiés soudanais présents au Cameroun » en vue dit il, d'accroître son budget, mais aussi « d'avoir organisé un trafic de nationalité, en faisant passer des Tchadiens pour des Soudanais en se faisant de l'argent ».
Christopher Duku Kelly que Le Messager a rencontré explique : « C'est depuis 2005 que toute cette opération que je qualifierais de mafieuse a commencé avec monsieur Jacques Franklin. Nous nous sommes rendus compte que des Africains de nationalité tchadienne qui vivent à Yaoundé avec nous autres réfugiés depuis des années ont subitement commencé à être enregistrés à la représentation du Hcr à Yaoundé comme étant des réfugiés soudanais. Le fait est devenu plus alarmant encore lorsque ces Tchadiens transformés en réfugiés soudanais ont commencé à être réinstallés ailleurs, notamment aux Etats-Unis, au Canada, et en Australie.
Le chef de la communauté soudanaise de Yaoundé avait à l'époque saisi à maintes reprises le représentant du Hcr, Jacques Franklin. Mais ce dernier n'a pas cru bon de réagir. J'ai moi-même écrit à Jacques Franklin. Mais ce dernier m'a répondu par un silence méprisant. Il ne nous restait plus qu'à saisir les autorités camerounaises, et celles des représentations diplomatiques du pays tels que les Etats-Unis, le Canada et l'Australie. Nous continuons d'attendre que ce trafic s'arrête et que la doléance des réfugiés soudanais soit prise en compte », lance-t-il en présentant une pile de ses correspondances.
Silence au Hcr -Cameroun
Dans ces diverses correspondances adressées aux différentes autorités camerounaises, Christopher Duku Kelly en tant que doyen des réfugiés soudanais y cite les noms de non Soudanais qui ont ainsi selon lui été transformés en réfugiés soudanais et qui ont été installés dans certains pays occidentaux. Il s'agit entre autres des nommés Mahmoud Ismaël et sa famille (réinstallés depuis 2008 aux Etats-Unis), Adam Mohammed, Abdoulaye Hassan Haroun, Saad Adoum Mohammed, Bashu Abdoulaye Oumar, Khamis Ibrahim, et Choumou Mohammed Amir Ishaq. Tous, selon le témoignage des membres de la communauté soudanaise au Cameroun seraient Tchadiens d'origine, et auraient été réinstallés soit au Etats-Unis, soit au Canada, soit encore en Australie où ils ont repris grâce à ce « trafic » une nouvelle vie. « Je peux vous assurer que même le coordonnateur du système des Nations Unies au Cameroun avait été saisi en son temps. Et depuis, Jacques Franklin a continué impunément son opération », clame la voix pleine d'émotion Christopher Duku Kelly.
Pendant nos recoupements, nous n'avons pas pu joindre Jacques Franklin, l'ancien représentant résident qui a été muté. Ceci malgré les nombreux courriers électroniques que nous lui avons envoyés dans le but d'avoir sa réaction sur cette grave affaire. En tout cas dès son arrivée à Yaoundé, Madame Aida Al Miriam, la remplaçante de Jacques Franklin comme représentant résident du Hcr au Cameroun a trouvé cette immense polémique sur sa table. De même que toutes les nombreuses plaintes des membres de la communauté soudanaise au Cameroun. C'est ainsi qu'elle a fait convoquer une réunion qui a rassemblé la plupart des réfugiés soudanais plaignants.
A l'issue de cette concertation, madame Aida Al Miriam aurait promis de réparer « les fautes » commises par son prédécesseur et d'y remédier, notamment en faisant revenir au Cameroun toutes ces personnes et leurs familles qui auraient bénéficié de manière frauduleuse de ces différentes installations aux Etats-Unis et ailleurs. Et surtout de stopper ce « trafic ». « C'est madame Catherine Hamoh la représentante résidente adjointe du Hcr qui nous a donnés par la suite cette assurance. Mais curieusement nous venons d'apprendre que le nommé Mohammed Ali Khamis Ibrahim qui est aussi un Tchadien transformé en réfugié soudanais a entre-temps voyagé pour l'Australie avec sa famille. Pendant que les vrais réfugiés soudanais qui doivent bénéficier de ce projet sont toujours sur place. Alors la question qui se pose est que lorsque la paix reviendra au Soudan, ce qui est notre voeu le plus cher, où est ce que ces faux soudanais vont-ils donc retourner ? », s'interroge Christopher Duku Kelly. Affaire à suivre en tout cas.
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