Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Médecine traditionnelle soulage les femmes à Sya

C.H.

25 Octobre 2009


Awa Sawadogo, plus connue sous le sobriquet de «Pharmacie», est une femme d'une cinquantaine d'années originaire de Kossouka dans le Yatenga. Installée à Bobo-Dioulasso depuis plus de 20 ans, elle officie dans la pharmacopée traditionnelle où elle « excelle » dans le traitement des fibromes, kystes et trompes bouchées. Sa renommée, dépasserait les frontières du Burkina. voilà à quoi ressemble une journée de consultation chez «Pharmacie».

«Pharmacie» présentant des kystes qu'elle vient d'extraire.

Des patientes se reposant après l'extraction d'un fibrome ou d'un kyste.

Il est 7 heures 30 minutes et la « clinique » de pharmacie, située dans la zone non lotie du secteur no 15 grouille déjà de monde. Ni l'éloignement du quartier, ni le mauvais état de la route menant chez « Pharmacie » ne découragent les malades. A pied, à moto, en véhicule (personnel ou en taxi), les patientes y affluent dès 6 heures du matin. Sur place, elles sont installées sur des bancs par ordre d'arrivée dans une cour assez exigUe. Certaines qui semblent décontractées devisent, pendant que sur les visages d'autres se lisent l'angoisse et la peur. L'une

d' elles explique : « En venant, je n'avais pas du tout peur, mais à la vue de ce beau monde dans la cour, j'ai commencé à paniquer et ma peur s'est accentuée quand j'ai vu sortir celles qui ont été déjà traitées. Elles ne peuvent même pas marcher seules, tellement elles ont mal ». Dans un coin de la cour, sous des hangars, sont étalées des nattes sur lesquelles se couchent les patientes après l'intervention. Des tas de produits de pharmacopée (feuilles, racines, écorces) sont également disposés dans la cour. Deux maisonnettes servent de salles de consultation et de soins pour la tradithérapeute qui commence ses consultations le matin dès 6 heures. Dans l'arrière-cour est construite une latrine dans laquelle sont jetés les kystes et les fibromes extraits. A notre arrivée sur les lieux, elle était déjà en pleine séance. Les malades souffrant de fibrome, de kyste ou de trompes bouchées sont introduites dans la salle de consultation par groupe de dix par les assistantes (au nombre de 12) du « médecin traditionnel ». Elles sont ensuite couchées sur des nattes, avant que « Pharmacie » n'applique sur leur corps, le produit qui évacuera le fibrome ou les kystes. « Mais auparavant, nous dira Mme Sawadogo, je les reçois en consultation une semaine avant l'intervention. Avec des gants, je fais des touchers pour voir de quoi elles souffrent réellement. Souvent je fais même recours à l'échographie pour être bien fixée sur la gravité du mal ». Après ce diagnostic, un rendez-vous est fixé pour « l'intervention ».

Les malades arrivent parfois de pays voisins

Une fois installées sur la natte, les patientes sont enduites du produit par « Pharmacie » elle-même. Aussitôt appliqué, celui-ci commence à faire son effet « avec des douleurs comparables à celles d'une parturiente en travail », a confié une dame déjà passée par là et présente ce matin pour un contrôle. Cinq minutes après l'application du médicament, «le kyste ou le fibrome est évacué. Dans le cas contraire, je libère la patiente en lui disant que son cas me dépasse », affirme « Pharmacie » entre deux consultations. Les déchets évacués sont recueillis dans des pots et présentés aux patientes ou à leurs accompagnants. Après l'intervention, celles-ci se tordant de douleurs, sont ramenées dehors sous les hangars prévus pour leur repos. Les assistantes, très attentionnées, les aident à se coucher et restent à leur entière disposition. Celles qui viennent de subir le traitement continuent à se tordre de douleurs et à vomir, mais cela ne dure que 15 à 30 minutes. Après, elles peuvent commencer à s'asseoir d'abord toutes seules et, ensuite, à se lever pour regagner leur domicile, non sans avoir reçu des aides soignantes des produits contre l'anémie, et des remontants à base de plantes. Il leur est également donné un rendez-vous de 3 semaines pour le contrôle. Les patientes, venant de tous les secteurs de Bobo-Dioulasso, tout comme d'autres villes du Burkina et même de l'extérieur, reconnaissent que la notoriété de « Pharmacie » s'est faite de bouche à oreille. « Moi je suis venue d'Abidjan. Après 6 ans de mariage, je n'avais toujours pas d'enfant. Par conséquent, mon foyer s'est brisé, mais par chance j'ai entendu parler de Pharmacie qui a pu réussir là où la médecine moderne a échoué. Aujourd'hui, j'ai deux enfants et, à chaque fois que l'occasion se présente, je passe la remercier ou lui amener des malades », a laissé entendre une dame sur place. Pendant que Mme Sawadogo s'occupe des malades qui rentrent dans la salle à tour de rôle et par groupe, certaines patientes qui sont là, soit pour un contrôle, soit pour la première fois se confient : «Depuis quelques temps, j'avais permanemment des maux de ventre. J'ai pris de nombreux produits pharmaceutiques qui ne m'ont pas aidé. Par l'intermédiaire d'une voisine, je suis venue voir Pharmacie et elle a diagnostiqué un fibrome», nous a dit Fatoumata Sawadogo. Deux jours après la consultation, elle a subi l'intervention qui, selon elle, a fait évacuer le fibrome. « Cela fait 3 semaines qu'elle m'a débarrassée du fibrome et je vous assure que depuis lors, je n'ai plus senti une seule douleur au ventre », a-t-elle ajouté. Sûre de sa guérison, Mme Sawadogo est venue pour son contrôle, mais aussi pour prendre d'autres produits qui, de son avis, lui permettront de connaître les joies de la maternité.

Le traitement des fibromes se fait le matin de 6 heures à 11 heures

Pendant que nous discutons par-ci, par-là avec les malades, une 4X4 rutilante se gare et deux dames en sortent. Elles sont immédiatement introduites auprès de la gynécologue qui nous dira par la suite qu'elles sont venues de Ouagadougou et sur rendez-vous. Elles souffraient toutes les deux de fibrome. Ces dames n'ont pas voulu s'entretenir avec nous après leur opération. La chose qui fait l'unanimité chez « Pharmacie », est que toutes les patientes reconnaissent l'efficacité de ses produits et la cordialité qu'elles y trouvent. Elles trouvent également ses frais de soin très abordables : 8 500 F CFA pour le traitement des fibromes et des kystes, 5 000 F CFA pour déboucher les trompes. Le tarif du traitement des autres maladies varie de 750 à 2 000 F CFA. L'une des activités qui se mènent également pendant une journée de travail de Mme Sawadogo, c'est la réception des feuilles, racines et écorces qui serviront à la préparation des médicaments. La « gynécologue » qui n'a pas le temps d'aller en brousse pour cueillir les feuilles et les racines, s'approvisionne auprès de vendeurs à qui elle indique les plantes dont elle a besoin. C'est ainsi que ce matin, des cyclistes et de jeunes piétons défilaient pour livrer ces matières. La réception se fait par l'époux de la tradithérapeute, lui aussi tradipraticien et par les assistantes. Ces dernières ont été formées pendant une année, ce qui leur permet de bien juger la qualité de la livraison. Elles sont aussi capables de délivrer certains produits, même en l'absence de leur patronne. Les produits achetés sont stockés par tas et par type dans un coin de la cour où « Pharmacie » pourra les vérifier une fois les soins terminés. Ces soins durent le matin de 6 heures à 11 heures parce que, selon « Pharmacie », l'application des produits déclenche des douleurs qui sont plus intenses au fur et à mesure que la température monte. « C'est pourquoi, j'arrête de prendre les patientes avant midi ». Un autre fait marquant est le ballet des taxis. Pratiquement toutes les 5 minutes, l'on peut voir arriver un taxi vide ou avec des clients. Apparemment, tous les taxis de la ville connaissent l'adresse de « Pharmacie ». Selon l'un d'eux, Ismaël Bonzi, « Nous nous permettons de venir à vide ici parce nous sommes sûrs de repartir avec des clientes, car celles qui viennent à pied et même à moto, après le traitement, ont besoin de taxi pour rentrer chez elles à cause de leur faiblesse physique ». Certains taximen peuvent effectuer 3 à 4 allers-retours par jour devant la « clinique » malgré son éloignement de la ville.

Après les soins, nous avons échangé plus longuement avec Awa Sawadogo « Pharmacie ». Elle nous explique que c'est depuis l'âge de 12 ans qu'elle a commencé à s'intéresser aux plantes avec son père qui, selon elle, est un grand marabout, installé à Kossouka. Elle l'aidait à cueillir les plantes, à les sécher et à les piler. Au fil du temps, Mme Sawadogo très curieuse, a appris à connaître les différentes plantes et les maladies qu'elles peuvent soigner. Mais avant de bien maîtriser la guérison par les plantes, elle a été contrainte de quitter la cour paternelle, mariage oblige. Elle suit alors son époux en Côte d'Ivoire où ils passeront une dizaine d'années. « Là-bas, je n'ai jamais essayé de soigner qui que ce soit parce je n'étais pas très sûre de mes capacités et aussi parce que je n'y retrouvais pas les plantes que mon père utilisait », explique-t-elle. Après la retraite de M. Sawadogo (il travaillait avec des Blancs), c'est le retour au bercail (Kossouka), où elle se met au sérieux cette fois-ci pour apprendre avec papa.

Une formule magique

Elle apprend ainsi à soigner les hémorroïdes, les ulcères, le paludisme et bien d'autres maladies courantes. Après environ deux ans passés au village, son mari décide en 1989 de venir s'installer à Bobo-Dioulasso. « C'est à l'annonce de ce départ sur Bobo-Dioulasso que mon père a décidé de me donner le secret du traitement des fibromes, de la stérilité et des kystes ovariens, car ces maladies ne se traitent pas comme les autres. Il faut forcément prononcer une formule magique avant que le produit ne fasse son effet », nous apprend-elle. Et cette formule, selon elle, ne doit être communiquée à personne, sauf si elle sent la fin de ses jours venir. Sa première patiente dans sa nouvelle ville fut la femme de son oncle qui souffrait de douleurs au ventre. Selon elle, cette dernière souffrait de fibrome depuis longtemps. « Grâce à Dieu, j'ai pu l'en débarrasser et elle a eu des enfants. Depuis lors, le bouche-à-oreille a fait le reste », dit-elle. Au début, elle recevait seulement les patientes de Bobo-Dioulasso et de ses environs. Peu à peu, les malades ont commencé à venir de toutes les villes du Burkina et de l'extérieur comme la Côte d'Ivoire, le Mali, le Bénin et les Etats-Unis, surtout les patientes qui souffrent de problèmes gynécologiques (fibrome, kyste, trompes bouchées et stérilité). Par jour, elle peut recevoir une centaine de malades. A leur arrivée, elle les consulte. Pour ce faire, elle porte des gants, touche au produit (le médicament qu'elle utilise), tout en récitant sa formule magique. Ensuite, elle fait le doigté « et dès qu'il s'agit d'une de ces maladies, je le sais automatiquement à travers des boules que je sens à l'intérieur et du liquide qui coule du sexe de la patiente ». A la suite de cette consultation, la gynécologue traditionnelle envoie la malade faire une échographie pour confirmer le diagnostic.

Grâce aux soins de «Pharmacie», cette femme a pu avoir des enfants.

Ce sont ces 2 maisonnettes qui servent de salles de consultation et de soins à la tradithérapeute.

De son avis, elle se trompe très rarement. Pour l'extraction du fibrome et du kyste, c'est le même produit qui est appliqué sur le corps de la personne et dans les cinq minutes qui suivent, l'évacuation est faite. Mme Sawadogo a-t-elle déjà échoué dans un cas ? « Oui », nous a-t-elle répondu avec tristesse, « la patiente est même décédée et c'est ce qui m'a d'ailleurs motivée à aller à la direction régionale de la Santé pour prendre une autorisation d'exercer et à collaborer avec les agents de la Santé pour les cas d'hémorragie et autres complications après l'intervention ». Et dans le cadre de cette collaboration, elle affirme que des médecins lui envoient souvent des malades pour traitement. « J'ai même déjà été appelée à la maternité Guimbi Ouattara par des parents, pour aider les sages-femmes à évacuer le fibrome d'une femme en travail avant qu'elle ne puisse accoucher », a laissé entendre Mme Sawadogo. Elle poursuit en disant que son travail lui procure une double satisfaction morale et financière. « Je suis tellement heureuse quand des couples viennent chez moi ou m'appellent au téléphone après le traitement pour me présenter leurs enfants ou pour me dire que la personne se porte mieux », déclare-t-elle.

Aucune crainte pour la relève

Au plan financier, elle affirme que grâce à ses frais de consultation et aux cadeaux de reconnaissance des personnes soignées, elle et son époux ont pu construire, s'acheter une ferme et scolariser leurs enfants. « J'arrive à m'occuper convenablement de mon père qui est toujours vivant et de mes parents au village ». Son mari qui est son principal assistant, puisque lui-même est tradipraticien, se dit très fier de son épouse : « Je suis fier d'elle quand je vois toutes ces personnes guéries qui parlent en bien d'elle. Aussi grâce à elle, nous ne sommes jamais dans le besoin ».

Pour la relève, Mme Sawadogo ne s'inquiète pas. Parmi sa dizaine d'enfants, certains s'intéressent déjà au traitement des maladies courantes. Le hic, c'est qu'elle ne peut pas leur livrer la formule magique du traitement des fibromes, des kystes, des trompes bouchées et de la stérilité, comme l'exige son père.

La journée de travail de Mme Sawadogo se termine par la consultation des malades souffrant de paludisme, d'ulcères, d'hémorroïdes et d'autres maladies courantes. Ses assistantes l'aident beaucoup pour ces cas, car selon elle, elles ont été suffisamment formées pour maîtriser chaque plante et la maladie qu'elle soigne. Aussi, le traitement de telles maladies ne nécessite pas de formule magique. Quand nous prenions congé d'elle vers 16 heures, la cour de « Pharmacie » était toujours bondée de monde attendant d'expliquer leur cas et le téléphone n'arrêtait pas de sonner pour les rendez-vous et aussi les remerciements.

Appréciation des médécins et des sages-femmes

Ces médecins et autres sages-femmes (ayant requis l'anonymat), ont des appréciations diverses des pratiques de Mme Sawadogo. Certains, sans reconnaître totalement l'efficacité de ses produits, parce que n'ayant pas d'explications médicales, pensent quand même que les patientes y trouvent leur compte, vu que le nombre augmente chaque jour chez la tradipraticienne. D'autres sont formels et catégoriques : « Pharmacie fait des miracles ». Ces derniers affirment avoir vu des cas concrets de guérisons opérées par elle sur des parentes, amies ou voisines. Cependant, « Pharmacie » a aussi des détracteurs au niveau de la médecine moderne qui croient qu'elle est tout simplement un charlatan qui peut être dangereux à terme pour celles qu'elle soigne. Rivalité entre médecine moderne et celle traditionnelle ou vérité ? Ce qui est sûr, celles qui ont déjà bénéficié des soins de Mme Sawadogo ne tarissent pas d'éloges à son égard. Ne faudrait-il donc pas que les responsables de la médecine moderne l'approchent afin de vérifier l'efficacité de ses produits et de déceler des possibilités scientifiques à exploiter ? Et si les résultats sont positifs, n'y a-t-il pas lieu d'accorder un soutien à l'Å"uvre de « Pharmacie », afin qu'elle puisse accueillir ses patientes dans de meilleures conditions et leur faire bénéficier de meilleurs traitements ?

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