Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Tom Ouédraogo, pilote de paramoteur

Sié Simplice Hien

25 Octobre 2009


interview

Comédien, metteur en scène de formation, monteur professionnel et réalisateur, Tom Ouédraogo détient également un brevet de pilotage d'un appareil ultra léger motorisé, le paramoteur qui est le premier des aéronefs immatriculés autorisés à circuler dans le monde. Ce Franco-burkinabè est sous le charme de cet engin pratique, facilement transportable sur un véhicule et pouvant décoller ou atterrir sur un terrain de football. Dans un pays comme le Burkina Faso où les images aériennes sont encore rares, Tom Ouédraogo estime que le paramoteur pourrait combler le vide.

Décrivez-nous le para moteur que vous avez en votre possession ?

Il est composé de deux éléments séparés. Il y a l'aéronef en tant que tel qui permet le vol et de supporter l'ensemble à l'aide d'une aile souple.

Cette aile a le même profil et la même caractéristique que celle des avions avec un bord d'attaque et un bord de fuite, une surface intrados qui est la partie inférieure de l'aile qui regarde le sol. L'extrados, la partie supérieure est celle qui regarde le ciel.

Pour Tom Ouédraogo, le paramoteur pourrait être utilisé pour des photographies et la vidéo aérienne.

Quand la voile se gonfle, très naturellement elle se rigidifie et c'est cela qui permet de planer. Cette aile a une envergure de 13,5 m pour une largeur de 3,2 m et l'ensemble fait 43 m2. Elle est homologuée pour transporter 330 kg de charge. Ce qui veut dire que pendant le vol, elle va être capable de supporter des charges beaucoup plus élevées car au virage, la force centrifuge va multiplier parfois par 4, le poids total de l'appareil. La partie moteur dans mon cas précis est ce qu'on appelle un chariot.

J'ai donc un biplace qui pèse 90 kg vide, muni d'un moteur de 650 cm3 4 temps. L'hélice a 1,20 m d'envergure de 3 pales. Le chariot va permettre d'embarquer un pilote et un passager qui aura le loisir de prendre des photos et de réaliser des vidéos.

Dans quelles conditions l'appareil peut décoller ou atterrir ?

Les zones d'atterrissage et de décollage doivent être des terrains relativement secs, non accidentés, sans arbustes, ni rochers. Bref ! un terrain plat afin d'avoir une vitesse rapide. L'appareil décolle à peu près au bout de 30 à 40 m une fois les 35 km atteints. Qu'à cela ne tienne, pour des raisons de sécurité, il faut que le terrain soit exempt d'obstacles d'une certaine hauteur.

Le décollage doit donc se faire avec une distance de sécurité suffisante pour pouvoir éventuellement faire demi-tour et atterrir aussitôt en cas de problème. L'idéal est qu'il faut un terrain dégagé de 150 m, sans oublier qu'il faut décoller et atterrir face au vent pour équilibrer la machine.

 Votre paramoteur est-il un engin sûr ?

C'est un appareil qui est sûr si l'on vole dans de bonnes conditions. Il a des avantages et aussi des inconvénients. Comme désavantage, du fait que ce soit un ultra léger motorisé, il a un domaine de vol assez restreint. Si vous faites par exemple une traversée en haute mer avec un bateau, plus votre embarcation est petite, plus vous prenez des risques. Le ciel étant très similaire à l'océan, il faut toujours veiller à l'aérologie, se tenir à l'écart d'éventuels problèmes météorologiques ; c'est nécessaire de voler à vue, c'est-à-dire en dehors des nuages, avec une vitesse comprise entre 25 et 60 km/h maximum.

Mais il n'y a pas directement de limite de hauteur, le record pour cet appareil étant de 5 700 m avec 1 200 km de distance parcourue. Par contre au-delà de 4 000 m, il faut une assistance respiratoire et au-dessus de 6 000 m, cette hauteur est réservée au gros avions.

Mais il faut quand même reconnaître que le paramoteur a de nombreux avantages. Ainsi, son vol est autonome, c'est-à-dire que la voile a cette capacité de planer par elle-même, avec une charge de 180 à 330 kg. Contrairement à un avion, l'on n'a pas la possibilité de faire de grandes erreurs de pilotage. Les gros porteurs ont besoin d'une vitesse suffisante pour planer et ne pas dépasser le cabré maximum pour créer toujours la portance. Alors que dans mon cas, même si je lâche les commandes, l'accélérateur, l'appareil de lui-même prendrait une vitesse de croisière, planerait et retournerait au sol sans grands dégâts malgré un atterrissage trop rapide. Le paramoteur est-il un appareil sûr ? Je dirai oui. Car même les Boeing et les Airbus sont appelés à changer leur plan de vol lorsqu'ils traversent des turbulences très importantes. Tout le monde est donc soumis à la loi naturelle de la météo.

Combien cet appareil vous a coûté ?

D'emblée, je précise que le coût est de loin inférieur à celui d'un hélicoptère ou d'un petit avion. Mon appareil supporte 180 à 330 kg, dispose d'une voile biplace de 43 m2 et un moteur de 650 cm3. C'est donc un investissement réel. En plus, comme dispositif de sécurité, j'ai fait monter un parachute de secours supplémentaire qui permet à tout moment d'amener au sol le pilote, son passager et la machine à une vitesse réglementaire de sécurité.

Il y a aussi des appareils de navigation, un GPS. La voile est révisée régulièrement (1 fois par an), les parachutes aussi (3 fois par an). Et la voile a une durée de vie de 3 ans. Elle coûte entre 4 à 5 millions en fonction des modèles. Grosso-modo, l'ensemble avoisine les 15 millions de F CFA. J'ai choisi cet investissement car c'est ma passion depuis que cet appareil a été homologué il y a quelques années. C'est un engin pratique, qu'on peut transporter derrière son véhicule, faire atterrir ou décoller par exemple sur un terrain de football. Des modèles plus petits existent, c'était mon premier choix, mais un ami Eddie Komboigo m'a permis d'acquérir le plus performant de la gamme.

A quoi concrètement pourrait servir cet appareil au Burkina Faso ?

C'est un outil supplémentaire magique dans la production audiovisuelle. Car le paramoteur peut réaliser des travelings aériens, sans passer par un hélicoptère. On peut donc faire des photographies, des vidéos, larguer des prospectus lors des manifestations culturelles et sportives.

Il peut-être utilisé aussi pour dérouler des banderoles informationnelles comme on le voit en Europe sur le bord des côtes pendant les saisons estivales. Le paramoteur pouvant survoler un décor jusqu'à 10 m de haut, l'on peut arriver à filmer soit des acteurs, soit des véhicules en circulation et ensuite, s'élever pour avoir une vue beaucoup plus globale de l'environnement géographique. Je pense que cet appareil pourrait être utilisé aussi pour livrer par exemple, du matériel médical dans les zones reculés, inaccessibles par la route. C'est un système déjà existant dans de vastes pays comme l'Australie et le Brésil.

 Quelles réalisations avez-vous faites avec votre paramoteur ?

J'ai réalisé des photographies et vidéo sur le Burkina Faso, précisément dans le Plateau central, la région de Boromo et au Nord vers Dapelogo. J'ai fait quelques vidéos et des randonnées dans le Sud. J'ai mis au point un système spécifique relayant les commandes manuelles de l'appareil au pied. Ce qui me permet de libérer mes mains afin de pouvoir photographier et filmer même lorsque je suis seul à bord. Après la pluie diluvienne du 1er septembre, j'ai filmé le barrage de Saaba qui a subi d'énormes dégâts. Toute la retenue d'eau est partie. Vu de haut, c'était impressionnant : la route était carrément coupée, l'eau s'est éparpillée inondant les maraîchers. Je me suis rendu compte que l'angle aérien donne une vision différente et complète vraiment les événements d'actualités. Le paramoteur est utile pour le tourisme, la vidéo de fiction, le reportage, le documentaire. Vu du ciel, le Burkina est magnifique, la nature est luxuriante.

 Au cours de vos vols, ne dérangez-vous pas le trafic aérien ?

Justement c'est à cause de cela que j'évite de survoler le centre de Ouagadougou comme saurai été nécessaire pour couvrir les inondations. La zone est bien spécifique et propose des couloirs bien déterminés dans lesquels les aéronefs décollent et atterrissent.

Si je devais rentrer dans cette zone, il faudrait que je prenne attache avec la tour de contrôle, ce qui est possible. Mais mon aéronef a une vitesse assez lente par rapport aux autres. Même si la tour accepte que j'atterrisse, je vais devenir un élément perturbateur. Je vais par exemple, me retrouver dans la situation d'un vélo au milieu d'une voie rapide. Je ne constituerai pas un danger en tant que tel, car la tour aura identifié mon positionnement, disposera de ma vitesse, ma destination, ma hauteur. Le problème est que je vais ralentir le trafic surtout si c'est à une période où il y a beaucoup de décollages et d'atterrissages.

 Au Tour de France, l'on constate qu'il y a beaucoup d'images aériennes. Avez-vous proposé vos services au Tour du Faso ?

C'est un travail que je suis en train d'effectuer. J'ai proposé des partenariats à la Télévision nationale du Burkina pour couvrir certains événements liés à l'actualité, dans le documentaire et la fiction. J'ai contacté aussi l'Office national du tourisme du Burkina (ONTB) afin de répertorier tous les sites touristiques du Burkina Faso.

Il y a une proposition en étude pour le Tour du Faso pour couvrir l'événement de façon aérienne. Prenons l'exemple du Tour de France où l'on se rend compte que c'est une véritable tribune de promotion du patrimoine géographique et touristique français. Lorsqu'on suit les différentes étapes du tour, plus du tiers des images sont aériennes et la grande partie n'est pas fixée sur les cyclistes, mais plutôt sur les monuments et l'environnement. Tout cela donne le sentiment aux étrangers d'un pays très beau qu'il faut absolument visiter. En ce qui concerne le Tour du Faso, il serait judicieux de suivre la course, les arrivées par des captations vidéo. Ce serait formidable de voir les échappées, les sprints finaux vus du ciel, sans oublier l'étalage du patrimoine touristique du pays. Jusqu'à présent, nous sommes au stade des négociations. Je reste ouvert et les coûts sont aussi abordables en fonction des événements. Car mon objectif est de proposer au Burkina Faso, les possibilités d'une plus grande utilisation des images aériennes, à un tarif moins cher qu'un hélicoptère.

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