L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Nigeria:Delta du Niger - Les eaux troubles vont-elles enfin se calmer ?

Adama Ouédraogo Damiss

26 Octobre 2009


Nigeria. Voilà un pays riche en ressources énergétiques et minières qui aurait pu rivaliser avec certaines puissances, à l'image des Dragons d'Asie, et être un modèle de développement économique en Afrique. Mais hélas, le géant a des pieds d'argile en raison de ses multiples conflits religieux et de la mal gouvernance qui le ronge. Les profits tirés des gisements de pétrole, qui constituent l'une de ses principales richesses, sont inégalement répartis entre les populations, si bien que des millions de Nigérians vivent en dessous du seuil de pauvreté (60% en 2000).

Or, c'est connu, la misère est source de frustrations, qui aboutissent bien souvent à des rébellions dès lors que les conditions s'y prêtent : ainsi est né le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (MEND), un groupe armé au sud du pays, qui a, pour revendication principale, une meilleure répartition des revenus du gaz et du pétrole afin que les populations locales puissent en bénéficier ;

une revendication juste et légitime, qui ne saurait toutefois justifier les attaques, à répétition, contre les installations pétrolières et les enlèvements d'étrangers, perpétrés par le MEND.

Toutes choses qui ont mis en péril l'exploitation et l'exportation de l'or noir du pays. En effet, depuis le début de la lutte armée des éléments du MEND en 2006, la production pétrolière du Nigeria a chuté d'un tiers.

Quand on connaît les entrées de devises liées au commerce du pétrole, on imagine le préjudice subi par le pays depuis l'enclenchement de ce conflit.

Une guerre a beau durer, les armes finiront un jour par se taire pour diverses raisons. Dans le cas présent, l'arrestation, suivie de l'emprisonnement, du leader du MEND, Henry Okah, et la volonté de l'Exécutif nigérian d'ouvrir des discussions ont sans doute plaidé en faveur de l'arrêt des hostilités.

En effet, les autorités d'Abuja se sont déclarées prêtes à s'engager dans un dialogue sérieux et constructif avec chaque groupe ou individu pour une paix durable dans le delta du Niger.

Ce discours d'apaisement du climat social a convaincu le MEND de la nécessité de ranger son artillerie et de s'asseoir sur la table de négociations, d'autant plus que l'Etat a décidé de verser 10% de la manne pétrolière supplémentaire aux populations dont il défend les intérêts.

Ainsi, le Mouvement vient de déclarer un cessez-le-feu illimité pour "encourager le dialogue avec le gouvernement fédéral en vue d'arriver à une paix durable...".

Cette fin de combat décrétée par le MEND est à mettre à l'actif du président Umaru Yar'Adua qui, quoique critiqué parce que froid et terne, a fait montre, dans ce dossier, d'un doigté et d'un courage politique en examinant sérieusement les doléances des rebelles et en acceptant de libérer leur chef, Henry Okay, pour raisons sanitaires, après lui avoir accordé une audience le 19 octobre dernier.

Tous ces faits et gestes ne pouvaient que faire baisser la tension et poser les jalons d'un retour à la normale. Maintenant, il faut espérer que l'absence de leader charismatique au sein du MEND ne compromette la paix à cause des va-t-en guerre, qui ne manquent pas dans ce genre de regroupement armé, lesquels peuvent avoir des exigences maximalistes, défavorables à tout processus de paix

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