Sulpice O. Gbaguidi
27 Octobre 2009
Notre pays célèbre tristement un nouveau recul dans le dernier classement de Reporters sans frontières. La dynamique négative scotche le Bénin à un piteux et calamiteux 72ème rang mondial qui inscrit et jette notre presse dans les ténèbres.
Sur les escaliers d'une dégringolade vertigineuse, on se meut dans la fange d'une place déshonorable dans un concert de lamentations sous un déluge d'accusations et de désignation passionnée de boucs émissaires. L'excitation collective greffée sur le discrédit national pousse plutôt à jeter un gros pavé dans le marécage des médias et à sarcler inutilement le fond de l'eau sans se soucier des réalités de surface.
A trop cisailler les câbles de l'ascenseur moral et les fibres de l'éthique, la presse béninoise est réduite à consommer la soupe de la honte. Surclassé notamment par le Ghana, le Togo et le Burkina Faso, le Bénin est condamné à une introspection et à faire l'inventaire de ses gaffes et dérives. Le mal est intense.
Mais les fausses pistes grouillent de monde qui se mouille, farfouille et gaspille d'énergie dans la recherche des maux qui minent les médias. Sous un déluge de dénonciations, le bavardage ambiant et les commérages sous un air de bravache réinventent les causes de la catastrophe. On pointe du doigt les contrats avec le gouvernement considérés comme des instruments de bâillonnement de la presse. Le pouvoir est ainsi le bouc chargé de tous les péchés d'Israël. Ces fameux contrats suffisent ils en réalité à justifier la monumentale chute dans le classement de Reporters sans frontières ? Le contrat avec les médias n'est pas l'apanage du régime du changement. La pratique a toujours existé sous une autre forme et s'exécutait avec les ministères. Le modèle de la concentration des contrats à la Marina introduit par Boni Yayi a inspiré l'alibi politique du flot des critiques. Les liens contractuels qui lient l'Assemblée nationale, haut lieu de la politique, à des médias semblent moins agaçants. Des partis politiques s'abreuvent aussi de ce genre d'exercice pour faire soigner leur image. Pour vivre, les médias notamment les chaînes de télévision ne peuvent qu'applaudir ces contrats avec le gouvernement qui font malheureusement jaser. L'immensité des charges de l'entreprise de presse expose et invite à l'acceptation de l'offre contractuelle du pouvoir.
Le sinistre 72ème rang occupé sur les paliers de Reporters sans frontières me paraît symptomatique de la déchéance morale et du charcutage de l'éthique par quelques brebis galeuses vivant au rythme des entorses à la déontologie. La constance dans de grossières fantaisies et le bain permanent dans la médiocrité facilitent une production caricaturale de la presse. Le déficit de débat contradictoire dans les médias publics et la disette de l'équité fissurent la notoriété de la télévision d'Etat et creusent les digues pour le torrent qui dévaste et ronge la crédibilité.
L'indigne 72ème rang du Bénin en appelle au devoir d'autocritique voire d'auto flagellation. La Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication (Haac) de Théophile Nata joue son rôle de régulation pied au plancher. L'enchaînement des auditions publiques a réveillé les esprits et sonné la cloche de l'espoir d'une prise de conscience générale. Reste cependant à ne pas confondre vitesse et précipitation dans l'Å"uvre d'assainissement. L'Observatoire de la déontologie et de l'éthique dans les médias (Odem) saignant de torpeur doit maintenant sortir des sentiers battus et réinstaurer son tribunal où sont jugés les cas de violation des règles de l'éthique et de la déontologie. La veille est permanente dans un système inondé par des dérapages constants dans les médias et le défoulement d'espèces inquiétantes de journalistes mercantiles et primitifs.
Le Bénin semble prendre rendez-vous avec le recul. De 24ème en 2006 au 53ème en 2007 puis à un scandaleux 70ème rang en 2008, notre presse poursuit sa gradation descendante avec cette 72ème place affligeante. Hélas !
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Fraternité. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.