Une Enquête De Léger Ntiga, Francky Bertrand Béné Et Georges Alain Boyomo
27 Octobre 2009
Les déchets de l'hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy) se sont retrouvés dans des plantations de la localité de Nkometou. D'après des sources, un accord a été passé entre les établissements Mabefi qui ont gagné le marché auprès de la direction de l'Hgopy, et M. Mbazoa, le propriétaire de la plantation visée. Suffisant pour constater après un tour dans nos hôpitaux de référence, que faute d'incinérateurs, ils déversent leurs ordures dans la nature.
La sérénité n'est pas totalement revenue à Nkometou où, Delphine Evongo (habitante du coin) a surpris, le 29 septembre 2009, deux individus qui, après avoir garé une fourgonnette, ont déchargé des déchets contenus dans des sacs en plastique dans son champ. La dame qui se rendait à son travail a aussitôt alerté le chef du groupement qui, sans attendre, a fait appel au poste de police de Nkometou. Une intervention qui a abouti à la mise en garde à vue des deux employés des Ets Mabefi. Ceux-ci ont été déférés auprès du procureur de la République près les tribunaux de la Lékié, à Monatélé. Dans le village cependant, les habitants craignent pour leur santé. «Une inquiétude justifiée», tranche, sentencieux et l'air grave, l'environnementaliste Jean Eyete.
C'est qu'en dépit de l'enlèvement, le 6 octobre dernier des déchets provenant de l'hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy), les deux sites où ils ont été déposés (dans la cacaoyère du planteur Louis Mbazoa et dans le voisinage du cours d'eau appelé: Ntsaza, non loin du premier dépotoir), le sol noircit en dépit des pluies qui tombent et l'herbe jaunit. Toutes choses qui traduisent le niveau de toxicité des déchets déposés. D'autant que le ramassage desdits déchets hospitaliers n'aura pas été complet: 98 sacs (1,742 tonnes) de déchets solides ont été collectés à Nkometou et expédiés à Douala. La Société Bocom s'est chargée de les incinérer. Mais certains éléments de ces ordures restent visibles au sol: notamment des cache-nez de bloc opératoire et des restes de perfusions et seringues.
Débrouille
D'après des témoignages, le promoteur des établissements Mabefi, Manga Bessala, chargés de l'enlèvement des déchets de l'Hgopy a pris attache, sans lui révéler la nature des détritus, avec Louis Mbazoa, pour la location d'un espace où verser des ordures. Après avoir convenu du montant du bail et du premier dépôt, des déchets sont déversés. Le chef du groupement de Nkometou, Hubert Atangana, interdit l'activité et demande aux Ets Mabefi d'enlever leurs déchets. Ils s'exécutent. Mais ils reviennent sur leurs pas le 29 septembre. Mal leur en prend, Delphine Evongo les surprend on dirait, les déchets à la main.
Très peu d'établissements hospitaliers camerounais disposent des équipements adéquats pour le traitement des déchets qu'ils produisent par tonnes. Si l'Hôpital général de Yaoundé peut se targuer de détruire ses déchets grâce à son incinérateur, ce n'est pas le cas de l'Hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé dont l'incinérateur fonctionne de manière intermittente. «Notre incinérateur a une faible capacité et ne peut pas être en marche plus de cinq heures par jour, au risque de créer une panne qui nécessitera de faire venir des techniciens de l'étranger», confesse le directeur de cette formation sanitaire, Doh Anderson Sama.
A l'Hôpital central de Yaoundé (Hcy), c'est le même son de cloche. Ici, faute d'incinérateur pour cause de panne, une fosse de 20m de profondeur a été creusée pour y brûler les déchets biomédicaux, en attendant la réception de l'incinérateur moderne annoncé au port de Douala. Et pourtant, malgré l'existence de la fosse, il n'est pas rare d'apercevoir les bacs à ordures qui cernent l'établissement hospitalier déborder de glucosés et seringues usagés. Au centre de santé intégré urbain de Soa, une cuve en béton tient lieu de décharge des déchets biomédicaux qui y sont brûlés une fois, celle-ci remplie. «On brûle les ordures tous les trois mois environ. Les autres déchets comme les placentas sont remis aux parents pour enterrement» renseigne une infirmière de la maison.
Au Centre hospitalier universitaire (Chu) dont l'incinérateur est également en panne depuis des lustres, c'est la même débrouille. En attendant une solution adéquate, les déchets hospitaliers sont visibles dans les bacs alentours. Et pourtant comme l'explique dans une note d'information, le directeur général de l'Hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy), Doh Anderson Sama, le traitement des déchets hospitaliers obéit à une méthodologie assez stricte.
Des établissements non agréés
Le contrat signé entre cette formation hospitalière et les établissements Manga Bessala (suspendu aujourd'hui) stipulait que le prestataire est tenu de «collecter, peser et trier les déchets ménagers et de les décharger hors de l'hôpital. Pour ce qui est des déchets biomédicaux, à savoir les objets piquants et tranchants tels les aiguilles, les lames et les déchets humains (parties du corps humain, placentas, poches de sang, etc.), ils seront soigneusement triés par le prestataire et brûlés par l'incinérateur dont dispose l'hôpital».
Un procédé qui est loin d'être mis en pratique dans les plus grands hôpitaux camerounais. Et que dire des petits qui ne font pas l'objet d'une surveillance particulière de la part des autorités en charge de la protection de la nature et de l'environnement?
Les ordures produites par les centres hospitaliers sont de deux ordres. Les ordures ordinaires comme les restes d'aliments, le papier, les vêtements, etc. Elles sont déversées dans des décharges aménagées. Et les déchets biomédicaux. Ceux-ci (objets tranchants et piquants, poches de sang, perfuseur, parties du corps humain, etc.,) sont placés sous la responsabilité du directeur de l'hôpital.
Mais comme on a pu le constater à Nkometou, les déchets ménagers et biomédicaux de l'Hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy) se sont retrouvés dans une cacaoyère de la ville de Nkometou. Ce qui laisse transparaître une certaine négligence dans la gestion d'un domaine aussi sensible et susceptible. Selon le préfet du département de la Lékié Grégoire Mvongo, dans une note adressée au directeur général de cette formation sanitaire, le déversement de ces déchets est susceptible «d'engendrer des problèmes de santé publique pour les populations riveraines et de polluer l'environnement par la contamination des cours d'eau, de l'air, du sol et du sous-sol».
De plus, dans une interview accordée à la Crtv, Armand Ambassa Ndiomo révélait que les Ets Mabefi ne sont pas agréés pour la gestion des déchets hospitaliers. Il ajoutait que «pour ce type de déchets, il faut avoir ( ) un avis obligatoire du ministère de l'Environnement».
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.