Le Messager (Douala)

Cameroun: Analyse Budget 2010 - Les faux calculs de Paul Biya

Leopold Chendjou

27 Octobre 2009


Le budget 2010 table sur une hypothèse de croissance de 4%. Celui de 2009 prévoyait quant à lui une croissance de 4,6%.

A la lumière des deux chiffres, l'on peut aisément conclure que l'année 2010 sera à quelque chose près semblable à 2009. Sauf que, l'hypothèse de croissance retenue dans le dernier budget a vite été démentie par la conjoncture mondiale, et la croissance au Cameroun n'a pas dépassé le cap des 2% en 2009. Même si quelques signaux indiquent une reprise de l'activité économique mondiale, il serait illusoire de s'imaginer un boom de l'économie camerounaise, tirée par la bonne santé des économies occidentales. Et pour cause, les efforts faits par les pouvoirs publics pour relancer l'investissement privé, moteur de la relance économique, ne sont pas encore visibles. Et comme l'espère la circulaire présidentielle, la croissance économique en 2010 devra être stimulée par la mise en à "uvre des grands projets agricoles, industriels et miniers, le développement des infrastructures routières, portuaires et ferroviaires, le développement de l'énergie électrique et des énergies renouvelables.

Les plaintes du secteur privé n'ont guère trouvé de réponses efficientes. L'insécurité juridique des affaires a continué son petit bonhomme de chemin en 2009 et le sera sans doute encore en 2010. La crise énergétique s'est faite toujours présente, la question des infrastructures n'a pas trouvé solution, la pression fiscale, les lenteurs administratives, la corruption...Le classement Doing Business 2009 a clairement montré que le Cameroun demeure encore une mauvaise destination pour les investisseurs. Le Cameroun a dégringolé de quatre places dans le classement annuel de la Banque mondiale consacré aux meilleures destinations pour les affaires. Vu sous cet angle, l'on peut conclure qu'une croissance de 4% en 2010 n'est que pure utopie. Pour ce qui est de l'inflation, l'on prévoit qu'elle sera de 3% en 2010. Or, des économistes avisés soutiennent que l'année 2010 sera marquée par une envolée des cours du baril de pétrole sur le marché international...

Cours du pétrole

Sur le plan intérieur, le mécanisme de stabilisation des prix à la pompe de la Caisse de stabilisation du prix des hydrocarbures (Csph) risque fort bien de ne plus résister longtemps. Et la réalité des cours mondiaux va rattraper les consommateurs camerounais, obligés de débourser un peu plus pour « carburer » « Le prix du carburant est un élément essentiel dans la stabilisation des prix à la consommation. Si les prix augmentent à la pompe, cela aura forcément un impact sur le panier de la ménagère... », explique un contrôleur de prix. Une fois de plus, l'hypothèse d'une inflation de 3% en 2010 est toute aussi illusoire. Finalement, les seuls indicateurs sur lesquels la circulaire présidentielle fait montre d'un certain réalisme ne sont qu'aux niveaux du solde budgétaire global, base engagement, à environ -2 % au lieu de 1,5% en 2009, et le déficit extérieur courant plafonné à environ 5% du Pib (il était de 2% en 2009)

L'Etat ferme les robinets !

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« Les choix budgétaires devront rester guidés par la recherche d'une plus grande efficacité socio-économique de la dépense et l'amélioration du service public dans un environnement d'allocation et de gestion efficiente des fonds publics... » Cet extrait de la lettre circulaire relative à la préparation du budget de l'Etat pour l'exercice 2010 donne le ton sur ce que sera la dépense publique l'année prochaine. Paul Biya recommande aux gestionnaires entre autres de définir des besoins réels des administrations sur la base d'objectifs clairement définis dans le cadre de programmes de dépenses assortis d'indicateurs permanents. Mieux, « s'agissant des dépenses d'investissement public, la maturité des projets sera un critère essentiel pour leur inscription dans le budget d'investissement public... »

Contrairement au budget 2009, celui de l'année prochaine sera aussi marqué par de nouvelles conditionnalités dans le cadre des demandes de financements. Celles-ci devront (les administrations) faire accompagner leurs demandes de financement par des avant-projets d'exécution physique. En outre, les demandes d'allocation des crédits dédiés aux études devront être accompagnées des termes de référence desdites études. Une année difficile donc pour les gestionnaires adeptes de la « consommation du crédit ». Même si le revers de la médaille peut se situer à la fin de l'exercice budgétaire à un faible taux de réalisations des objectifs budgétaires

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