Fraternité (Cotonou)

Bénin: Pour éviter tout risque de rejet du budget 2010 - Boni Yayi et Nago courtisent les députés de l'opposition

Brice Houssou

28 Octobre 2009


Mathurin Nago, Président de l'Assemblée nationale a réussi un joli coup politique hier. Son discours prononcé à l'occasion de l'ouverture de la session budgétaire fut un moment pour lui de tenter de regagner le coeur et l'estime de ses collègues, surtout ceux de l'opposition qui avaient cherché dans un passé par trop lointain encore à le destituer du perchoir. Et au regard de ce que beaucoup pensent de Nago, à savoir qu'il s'est donné une étoffe de vassal de Boni Yayi, il est déjà noté que d'aucuns estiment que c'est là un moyen pour le Chef de l'Etat de flatter (par Nago interposé) les députés, surtout ceux de l'opposition, afin d'obtenir d'eux le vote rapide du budget 2010.

Bien évidemment, Nago aussi cherche à ce que son rapport d'activités, plusieurs fois rejeté par le passé, soit accepté et voté par ses collègues. C'est certainement tout ceci qui justifierait l'opération de charme commencée hier.

Il a été une surprise pour beaucoup d'observateurs de se rendre compte que ce sont surtout les députés dits de l'opposition qui ont apprécié positivement le discours inaugural de la session lu par leur Président. Il n'est pas très utile de s'appesantir sur les déclarations des députés de la mouvance qui ne pouvaient rien faire d'autre que de caresser le gouvernement dans le sens du poil. Voici quelques morceaux choisis des appréciations des " opposants ".

Lorsque Arifari Bako, le Coordonnateur national du G13 déclare que ses collègues et lui sont " dans une bonne position d'esprit pour doter notre pays d'un budget pour l'année 2010 ", cela surprend et donne à réfléchir. Il en est de même du député Prd, Augustin Ahouanvoebla qui déclare que " depuis qu'il est élu député à l'Assemblée nationale, c'est pour la première fois qu'il a entendu et suivi un discours du président de l'Assemblée nationale qui reflète la réalité que nous vivons sur le plan national et mondial. En somme, pour lui, " le discours du Président Nago a été vraiment brillant ". Selon lui, le Professeur Mathurin Coffi Nago a pris de la hauteur et se veut d'abord réconciliateur, surtout lorsqu'il demande à ses collègues députés, de se mettre ensemble pour arrêter la saignée par rapport à la gestion de notre pays.

Surprise

Lorsque Lazare Sèhouéto, député Forcé clé déclare que " c'est un discours d'autant plus intéressant que cela indique très clairement les voies à suivre pour un pays comme le Bénin " et que Antoine Kolawolé Idji, député Madep estime que Nago a fait un bon discours, on ne peut qu'être du même avis que Wally Zoumarou, député G13 qui déclare : " ...Je peux dire que c'est un discours qui a véritablement abordé les sujets de façon responsable, de façon consciente et pour ma part, ce discours là est un bon discours, pourvu que ça ne s'arrête pas à l'étape de discours et que ça soit véritablement un engagement, surtout qu'il s'agit du discours du président de l'Assemblée nationale ".

Il est vrai que l'ancien ministre Jean Baptiste Edayé a fait observer qu' " on n'a pas besoin de 1300 milliards en 3 ans pour qu'on soit satisfait. Quand nous voyons le taux de réalisation des budgets, tout le monde est d'accord avec moi que si vous avez 1200 milliards et que vous l'exécutez à 50%, vous êtes dans la norme de 600 milliards de budget. Donc, il faudrait qu'on revienne à la proportion normale. Ce n'est pas la peine de nous faire croire qu'on a fait une performance de jamais vu. Gérons mieux ce que nous avons et le pays va prospérer... "

Mais il semble que ce ne fut pas sur un ton de conflit comme ce fut le cas les années passées lors de la session de vote du budget.

Mais qu'est-ce que le Président Nago a-t-il pu bien dire pour que tout le monde ou presque se mette à le féliciter ? On peut retenir globalement ceci de son discours. Extraits. " Le recours au processus de privatisation résulte le plus souvent de l'inconscience des cadres et agents chargés de la gestion de notre patrimoine national. Cette inconscience se manifeste par l'absence de rigueur dans la gestion, la primauté des considérations politiques sur la rationalité technique dans la prise des décisions, les détournements et la corruption...La gestion des finances publiques suscite, aujourd'hui comme hier, beaucoup de réflexions, d'analyses et de débats jusque dans les localités les plus reculées de notre pays, à la fois au niveau des gouvernants et des gouvernés. Nous tous, devons en prendre davantage conscience, surtout avec les dernières "affaires" qui ont été portées à la connaissance du peuple béninois...Mon vÅ"u le plus cher est que l'examen des différents dossiers à l'ordre du jour de cette deuxième session ordinaire soit l'occasion de l'expression d'une large convergence des points de vue des différents courants politiques de notre parlement, pour aboutir au terme des débats à un consensus favorable au développement intégral de notre pays ".

On comprend donc bien que manifestement, le Président Nago a joué au rassembleur dans sa déclaration. Mais pourquoi ? Il semble bien que c'est pour mettre la bonne ambiance qui devra conduire les députés, toutes tendances confondues, à Å"uvrer au vote du projet de budget préparé et envoyé à l'hémicycle, de même que le vote du rapport d'activités de Nago.

Dégeler

En effet, le climat actuel de tension politique due à beaucoup de gaffes politiques imputables au gouvernement n'est pas a priori de nature à favoriser un vote en faveur de Yayi et de Nago. On peut citer, à titre d'exemples : la tension dans le Mono Couffo à propos de la sempiternelle installation des conseils communaux et de villages, l'affaire de l'arrestation dite politique du maire de Dangbo, Clément Gnonlonfoun qu'un rapport d'enquête administrative de l'Inspection Générale des affaires Administratives vient de blanchir, etc. Evidemment, le Chef de l'Etat a la possibilité de mettre en application le budget par ordonnance si les députés le rejetaient.

Liens Pertinents

Mais il est aussi évident qu'avec les difficultés qu'il éprouve aujourd'hui au sein de l'opinion par rapport à sa cote de popularité qui ne doit pas être à un niveau qui lui fait plaisir, Yayi a tout intérêt à emprunter la voie de la séduction et de la négociation plutôt que celle de l'affrontement. Car une exacerbation du bras de fer, un pourrissement de la situation de tension politique ne lui rendra pas service dans le cadre de la présidentielle de 2011.

Il reste donc à voir dans les semaines à venir au sein de l'hémicycle si les fruits des débats sur le budget et le rapport d'activités du Président de l'Assemblée nationale tiendront la promesse des belles fleurs de séduction jetées hier aux honorables députés.

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