Le Messager (Douala)

Cameroun: Réfugiés et demandeurs d'asile crient leur ras-le-bol

Linda Mbiapa

28 Octobre 2009


« Nous voulons que la loi portant statut des réfugiés au Cameroun soit appliquée car on souffre beaucoup. Moi je suis demandeur d'asile depuis 2003. J'ai laissé mon pays la République centrafricaine parce que mon mari a été assassiné. Mais au Cameroun j'éprouve d'énormes difficultés car l'ancien représentant du haut commissariat pour les réfugiés (Hcr) ne nous reconnaît pas comme réfugiés et on a du mal à se déplacer, à mener nos activités en fuyant sans cesse les forces de l'ordre. Je désire ardemment que la nouvelle dame en charge du Hcr nous sauve. Sans le président de l'Arsf, nous souffrirons le martyr». Ces propos sont de Aïcha, membre de l'association des réfugiés sans frontières (Arsf) et demandeur d'asile. Ces déclarations sont les mêmes pour une centaine environ de réfugiés et demandeurs d'asiles qui prennent part depuis hier mardi 27 octobre 2009 à l'atelier de lecture de la loi 2005/006 du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun. Et organisé par l'Arsf au travers de son président Daniel Moundzego.

A en croire ce dernier, cet atelier se situe dans le contexte où depuis que la convention de Genève de 1951 a souligné l'intérêt des Etats contractants à faciliter l'intégration et le processus de naturalisation des réfugiés se trouvant sur leur territoire, que le président de la République a promulgué la loi n°2005/006 portant statut des réfugiés, un constat a été observé. « L'adoption de cette loi n'a pas amélioré la situation des réfugiés et demandeurs d'asile estimés à 93 700, avec 80 000 officiellement reconnus.

Ceux-ci restent pour beaucoup ignorants de l'existence de ladite loi. Leur intégration reste impossible puisque les documents délivrés par le Hcr ne sont pas pris en compte dans les administrations privées et publiques, les laissant ainsi à la merci des forces de l'ordre qui les harcèlent et les jettent en prison pour immigration clandestine ou irrégulière ». Et d'ajouter que l'accès à l'emploi leur est impossible parce que considérés comme tout autre étranger à qui il faut un contrat de travail et une autorisation expresse du ministère du Travail ainsi que le paiement d'une caution de 5 000 000Fcfa au ministère des Finances par le futur employeur. Ce sont là les principaux motifs de la tenue de cet atelier auquel ont participe les avocats, Agnès Longue Edibe, délégué du Minproff du 1er arrondissement, les représentants de la légion de gendarmerie, du commissariat central, de la délégation régionale de la surveillance du territoire, les responsables des associations pour la défense des droits de l'homme et de nombreuses autres personnalités.

Ce que dit la loi n°2005/006 du 27 juillet 2005

L'article 6 stipule que la présente loi s'applique à tout demandeur d'asile et réfugié sans discrimination au regard de son genre, de sa religion, de sa race ou de sa nationalité. Tout enfant non accompagné sous réserve des vérifications nécessaires bénéficie du statut de réfugié. L'Etat du Cameroun en collaboration avec les organisations internationales apporte son concours au rétablissement du regroupement familial.

Ce qui aux dires des membres de l'association des réfugiés sans frontières n'est pas respecté. « Surtout qu'il y a des réfugiés qui sont ici depuis 2001 et malgré les documents exigés, ils ne sont pas reconnus », souligne l'un des participants à cet atelier qui prend fin ce mercredi 28 octobre 2009. L'article 9 révèle que tout réfugié régulièrement installé au Cameroun a droit de pratiquer librement sa religion, le droit à la propriété, au travail, à l'éducation, au logement, à l'assistance sociale et publique...Ce que revendiquent les réfugiés et demandeurs d'asile.

L'Arsf, organisatrice de cet atelier de lecture de la loi, a par ailleurs pour mission de promouvoir et de défendre les droits de la personne en général et des réfugiés et demandeurs d'asile en particulier, servir de relais pour le développement humain durable à travers l'aide au regroupement des réfugiés et demandeurs d'asile en groupement d'intérêt communautaire.

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