Le Pays (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: Ne jamais oublier l'essentiel

Cheick Beldh'or Sigue

27 Octobre 2009


L'Union européenne décrète des sanctions contre la junte au pouvoir en Guinée et un embargo sur les armes.

Il faut dire qu'on s'y attendait, les signes de bonne volonté envoyés par la junte étant jusque-là restés en deçà des attentes. Qu'on s'en souvienne. Invités, par l'Union africaine (UA), à prendre des engagements écrits de ne pas se présenter aux élections présidentielles, Dadis Camara ainsi que les membres du gouvernement de la junte avaient ... botté en touche. Sans doute, des tractations sont-elles toujours en cours, en vue d'une solution négociée à la crise. Quant à savoir si les membres de la junte survivront politiquement à l"électro-choc du 28 septembre dernier, difficile d'en fournir une réponse exacte, tant la tragédie continue à coller, comme une sordide marque indélébile, à leur treillis et à hanter le sommeil de bon nombre d'entre eux. Alors, partiront, partiront pas ? Pour le meneur de la troupe, le nectar du pouvoir a-t-il fini par se transformer en quinine, de sorte qu'il veuille à présent s'en débarrasser ? Rien n'est moins sûr. L'Union africaine, en tout cas, a été on ne peut plus claire : elle a récemment indiqué la porte de sortie à la junte, au cas où elle voudrait renoncer à faire ses malles au terme de la transition.

L'UA travaillera main dans la main avec l'Union européenne qui se dit "prête à contribuer à une mission de maintien de la paix", si l'organisation panafricaine venait à décider d'en organiser une en Guinée. On comprend donc qu'après la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), elle décide à son tour de frapper fort. Toutes choses qui satisfont assurément l'opposition et les syndicats guinéens, réjouis de savoir que l'étau se resserre de plus en plus autour de cette junte. Mais, quel sera l'impact de cette avalanche de sanctions sur le cours des événements en Guinée ? Permettra-t-elle à ce pays de se débarrasser définitivement de ces béquilles qui continuent à retarder sa marche vers un avenir meilleur ? Telle devrait être la question essentielle. Car, le plus important n'est-il pas que la Guinée reparte du bon pied, et pour de bon ? Que vaudront, à vrai dire, des sanctions si, plutôt que de faire avancer ce pays, elles ont pour effet de le pousser encore plus loin dans l'abîme ? Une junte poussée à bout peut se révéler encore plus menaçante pour les objectifs à atteindre.

Guérir. C'est, assurément, le plus grand souhait pour ce pays qui a tant souffert de ses nombreux errements. L'opposition gagnerait mieux, pour cela, à se faire plus conciliante, à adopter un ton plus mesuré, les organismes fouettards à agir avec plus de tact, et la junte à mesurer tout le poids de sa responsabilité devant l'Histoire. Personne, même pas elle, n'a intérêt à ce que la Guinée devienne un enfer sur terre. Si donc des objectifs, à quelque niveau qu'on soit, doivent être atteints, la Guinée doit rester debout et se porter mieux.

En tout état de cause, une issue pacifique est possible. Pouvoir comme opposition, c'est à chacun de savoir faire la part entre l'utile et le superflu. Et c'est en cela qu'on reconnaîtra les dignes fils de la Guinée. Et le dialogue reste la seule voie.

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