27 Octobre 2009
Les chercheurs burkinabè trouvent. La preuve, le sac magique pour la conservation du haricot, que nous présente ici l'INERA.
Garder des graines de haricot en bon état, sans y mettre des insecticides ! Non, vous ne rêvez pas, c'est le sac 'magique', le sac à triple fond. Encore une bonne nouvelle, en cette période de récolte, pour les producteurs, les commerçants, les transformatrices et les consommateurs de niébé/haricot (Benga, sosso, niebe) ! Il y a quelques années, je vous entretenais de plusieurs autres méthodes. Certains d'entre vous avaient trouvé cela contraignant et même coûteux ! Il nous a donc fallu retourner au laboratoire pour en sortir d'autres, tant qu'il y a des problèmes, on doit chercher et trouver des solutions, la recherche ne finit pas ! Aujourd'hui, je vous parle de la plus simple des plus simples des méthodes de conservation que nous avons développée avec nos collaborateurs au Burkina Faso et aux Etats-Unis.
Vous en avez abondamment entendu parler pendant les mois d'avril et de mai 2009, avec l'aide de la télévision nationale et des radios locales partout au Burkina Faso ! Conserver longtemps les graines de haricot sans les mélanger avec de la poudre d'insecticide ! Quand on sait combien cette denrée est sujette à la destruction par des petits insectes appelés broches, la nouvelle technique du triple ensachage est un véritable exploit de la recherche ! En effet, ces insectes déposent leurs oeufs sur les gousses du haricot/niébé en culture depuis le champ ou lors du séchage, quand les producteurs laissent leurs récoltes sur les toits des maisons en attendant de finir les autres travaux champêtres.
Au bout de 4 à 7 jours, les oeufs éclosent donnant des larves qui pénètrent dans la graine où elles grandissent rapidement en consommant l'intérieur de la graine. Le stock des graines est détruit après seulement quelques mois. L'adulte ne mange pas mais recherche et trouve les graines de niébé partout... pour perpétuer la génération. La nouvelle technique est le triple ensachage : 2 sachets plastiques de 80 microns d'épaisseur, enfilés l'un dans l'autre et les 2 dans un sac nylon ordinaire, tissé, protecteur. L'ensemble constitue un kit appelé sac à triple fond.
Quel est le mode d'action ?
L'insecte est un être vivant, il mange et respire comme nous, il est sensible aux variations des facteurs de l'environnement comme la température et l'humidité ! Il est donc possible de contrôler sa prolifération en changeant certains de ces facteurs. Pendant longtemps, on a abondamment fait recours à l'intoxication de l'insecte par sa nourriture à laquelle on adjoignait des insecticides. De plus en plus, des voix se sont élevées contre ces pratiques car, ce qui tue l'insecte peut aussi faire mal à l'homme. La méthode du triple ensachage prive l'insecte d'air. Bien de personnes utilisent les fûts, les bidons jaunes, emballage d'huile, les bouteilles vides, méthodes que nous avons recommandées il y a quelques années. Si ces récipients sont bien pleins, ils contiennent très peu d'air et les graines se conservent sans attaque majeure de broches. Il s'agit du même principe pour le sac à triple fond qui a, en plus, la qualité d'être moins encombrant. Il y a aussi moins de risque car, si un jour le Burkina décidait de ne plus importer de l 'huile dans ces bidons ... ! Les insectes absorbent rapidement le peu d'air emprisonné entre les graines dans le sac puis entrent en léthargie et meurent au bout de quelque temps.
Les larves des broches ne sont pas capables de percer le sachet solide de 80, doublé de surcroît ! Avant toute utilisation, il faut prendre la précaution de vérifier que les sachets ne sont pas percés. Le mode d'utilisation du sac est simple et est expliqué sur les lieux de vente agréée des sacs ou auprès de l'INERA/Ouagadougou ou Kamboinsé. Finies les intoxications dues aux insecticides ; conservons sainement notre haricot. C'est là donc une bonne nouvelle pour les producteurs, commerçants de niébé et les femmes qui travaillent avec les graines de haricot pour faire le goonre, le samsa et autre "benga ni couscous" ou sandwich avec du samsa dans le pain, appelé "silencieux" au Niger, tellement c'est bon ! Expérimentés dans plus de 3 500 villages du Burkina Faso en 2008 et 2009, ces sacs ont donné entière satisfaction. Tout citadin qui est encore lié au village par un pied, a entendu parler de ces sacs miraculeux par un parent !
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