Abdoulaye Tao
28 Octobre 2009
Le 20 octobre dernier, le Niger a organisé, contre vents et marées, les élections législatives qui devaient parachever l'architecture du Tazartché de la 6e République née de la seule volonté du prince Tandja de se voir accorder un bonus de trois ans de règne.
Comme prévu, son parti le MNSD Nassara a obtenu la majorité écrasante à l'Assemblée nationale qui lui permettra de légiférer sans trop de contestations. L'opposition nigérienne s'est abstenue de toute participation à ces élections législatives tout comme elle a refusé de cautionner le référendum constitutionnel du mois d'août. Cette fois cependant, la communauté internationale n'est pas restée de marbre, elle que l'on croyait incapable de ramener l'homme fort de Niamey sur le droit chemin. La CEDEAO et l'Union européenne ont toutes les deux demandé le report du scrutin législatif. Devant le silence des autorités de Niamey, les sanctions commencent à tomber. La CEDEAO a suspendu le Niger de toutes ses instances. C'est un fait assez rare dans les annales de cette institution, et apparemment, Niamey en a été pris de cours à tel point qu'il vient de dépêcher le tout nouveau premier ministre Ado Gamatié dans les capitales de la Communauté pour soit-disant expliquer la situation qui prévaut au Niger.
A l'étape de Ouagadougou, la délégation du premier ministre nigérien a déclaré que le message était de se concentrer sur l'avenir et sur les événements de ces derniers jours. En clair, le Niger demande l'absolution des hold up du 4 août et du 20 octobre 2009. Que la CEDEAO fasse table rase de toutes ces pratiques antidémocratiques. Assurément, c'est un gros piège que va tendre le président Mamadou Tandja à ses pairs, si d'aventure, ceux-ci acceptent de jouer les avocats de la cause nigérienne. La levée de la mesure de suspension devrait en principe être assortie d'un certain nombre de préalables qui seront discutés entre la CEDEAO et le Niger. L'institution communautaire joue sa crédibilité si elle ne marchande pas crânement la levée de la suspension contre quelques réajustements dans l'attitude de Niamey.
Déjà, avec cette tournée, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest marque un point. La suffisance et l'arrogance avec lesquelles les autorités nigériennes ont nargué leurs contempteurs ne sont plus de mise. Cette fois, elles veulent se faire comprendre, c'est déjà un pas vers le dialogue et la concertation. Mais le vrai débat, n'était-il pas celui avec son opposition avant le référendum ? L'Union européenne, premier partenaire du Niger, menace également de le sanctionner en suspendant son aide qui s'élève à près de 450 millions d'euros.
C'est une manne non négligeable qui pourrait remettre en cause la mise en à "uvre des chantiers pour lesquels le président Tandja s'est fait octroyer trois ans supplémentaires de mandat. La question aujourd'hui est de savoir comment revenir à l'ordre constitutionnel antérieur. C'est une perspective très improbable. A défaut, quelle porte de sortie proposer à Tandja : qu'il partage son pouvoir dans le cadre d'un gouvernement d'union ou qu'il s'engage à partir après les 3 ans de bonus ? Vu le cas Dadis, l'opposition nigérienne pourrait rejeter cette offre également. On n'est pas loin du cul de sac diplomatique.
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