Honoré Ouedraogo
28 Octobre 2009
éditorial
Un mois après le massacre du grand stade de Conakry, les Forces vives guinéennes appellent à nouveau les Guinéens à une opération ville morte, qui consiste à rester chez soi et à se recueillir en mémoire des victimes. Si l'opportunité d'une telle grève, qui est décrétée à quelques jours du début des négociations de Ouagadougou prévu pour le 2 novembre, tient au fait que c'est ce même jour du mois précédent que le drame a eu lieu, elle est sans doute également motivée par le succès éclatant que la précédente a enregistré. Pourquoi changer une méthode qui a fait ses preuves, seraient tentés de dire les leaders des Forces vives ?
Mais, au cas où cette manifestation ne réussirait pas à faire partir la junte du pouvoir, chose fort probable, l'opposition prévoit de passer à la vitesse supérieure en invitant leurs partisans à observer un mouvement dénommé "pays mort", c'est-à-dire une ville morte à durée indéterminée, dont la fin dépendra de l'issue des tractations. Se sont-ils jamais posé la question de savoir quels peuvent être les inconvénients de plusieurs journées sans activités, c'est-à-dire sans chiffres d'affaires, pour une population dont la majorité évolue dans le secteur informel ? Certes, comme on ne saurait faire une omelette sans casser un oeuf, toute lutte payante nécessite un certain sacrifice. Cependant, si les populations guinéennes ont répondu avec promptitude et massivement à l'invitation de la première manifestation, qui n'a duré d'ailleurs que deux jours, il est à craindre qu'une cessation de travail de longue durée n'émousse la détermination des Guinéens.
En effet, non seulement les réalités de la vie et l'instinct de survie peuvent pousser les grévistes à être plus pragmatiques, mais aussi, rien n'est moins sûr que le capitaine Dadis Camara, chef de la junte, restera sans réagir face à des désobéissances civiles à succès. Car les militaires, sur qui pèsent des sanctions internationales, ont, malgré tout, tendance à reprendre en main la situation, en changeant leur stratégie de communication et peut-être leurs méthodes de répression. Le "Dadis show", pour désigner les apparitions tapageuses et spectaculaires qu'affectionnait le capitaine-président, n'est plus au goût du moment. De même, les agressions à domicile dont sont victimes des citoyens guinéens et dont la responsabilité est attribuée au régime en place, sont beaucoup moins flagrantes que les charges de manifestants à main nue et en public.
Aux leaders des Forces vives de savoir faire une bonne lecture de ce changement de tactique de leur vis-à-vis, en adaptant leurs méthodes de lutte à la nouvelle donne stratégique et aux réalités africaines, pour éviter de tomber dans un piège semblable à celui du 28 septembre 2009. La désobéissance civile est une arme efficace qui a fait ses preuves en Guinée Conakry, mais qui doit être maniée avec la plus grande délicatesse, car pouvant se révéler être un couteau à double tranchant, donc capable de nuire à son détenteur.
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