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Afrique: « Batonga » - La réponse à quiconque doute de l'utilité de la scolarisation des filles

Phuong Lycorrespondant Spécial

28 Octobre 2009


L'enseignement est promoteur d'une meilleure santé et de revenus accrus.

L'âge de la puberté marque, dans les pays pauvres, la disparition des filles des salles de classe. Ce fait déplorable devrait déranger les adultes, mais ce n'est pas toujours le cas.

Certes, on ne peut que constater avec satisfaction, dans l'ensemble du monde en développement, la montée exponentielle de la scolarisation dans l'enseignement primaire au cours des quelques dernières décennies. Mais on continue de considérer trop communément l'enseignement secondaire des filles comme un privilège inutile, sous prétexte que la scolarisation empêche les adolescentes d'exécuter des tâches familiales ou de se marier, dot à la clé.

Pourtant, depuis peu, l'instruction des adolescentes est montée d'un cran dans la liste des priorités de certains gouvernements et d'associations sans but lucratif. Deux organisations en particulier illustrent cette tendance récente.

Dans cinq pays d'Afrique, la fondation Batonga assure les frais de scolarité, l'achat de fournitures de classe et le tutorat de filles qui vont à l'école. Les y maintenir est précisément la raison d'être de Batonga, créée en 2006 par Angélique Kidjo, native du Bénin et aujourd'hui résidente de New York.

Chanteuse de grand talent et ambassadrice de l'UNICEF, Angélique Kidjo se souvient bien de l'époque de son enfance, au Bénin, où on la tançait pour être une « fille à l'école ». Elle avait, pour se défendre, inventé le mot « batonga » pour décrire l'émancipation que lui procurait l'éducation. Ce mot est devenu le titre de sa chanson à succès exhortant les filles d'Afrique à obéir à leur volonté quoi qu'on en dise. Après avoir enregistré cette chanson, elle a repris ce mot pour désigner sa fondation.

Près de 84 % des enfants dans le monde entier vont à l'école primaire, mais il n'y a plus que 60 % des jeunes qui sont scolarisés dans le secondaire, selon un rapport préparé en 2006 par l'Académie pour le développement éducatif. La plupart des absents sont des filles. En Afrique subsaharienne, seulement 13 % des adolescentes sont inscrites au secondaire.

Pour tenter de remédier à cette situation en Éthiopie, une fondation des Nations unies fait don d'une chèvre ou d'un mouton, valant 25 dollars, aux familles qui maintiennent leurs filles adolescentes à l'école et non mariées pendant au moins deux ans.

Le maintien ou la réinscription des adolescentes à l'école est une gageure, mais une nécessité cruciale si l'on veut améliorer les conditions économiques et sociales, estime Cynthia Lloyd, l'auteur d'un rapport commandité par le Population Council, intitulé « De nouvelles leçons : le pouvoir de l'éducation des adolescentes » et qui devrait paraître prochainement. Plus une fille a de l'instruction, plus elle a de chances de retarder son mariage, de vivre en bonne santé, de participer à des activités civiques et de toucher davantage de revenus. « Essentiellement, l'instruction aide à protéger les filles et à faciliter leur transition lors d'une étape cruciale de leur vie », a déclaré Mme Lloyd.

A ce jour, plus de 500 filles au Bénin, au Mali, en Éthiopie, en Sierra Leone et au Cameroun ont reçu des bourses scolaires de la fondation Batonga. Selon cette dernière, 95 % de ces adolescentes étaient réinscrites en 2008, au cours de la seconde année d'existence du programme.

Au Bénin et au Mali, Batonga soutient l'éducation de filles dont la scolarisation avait été jusque-là financée par l'Agence des États-Unis pour le développement international dans le cadre d'un programme géré par World Education qui se limitait cependant à l'enseignement primaire.

L'éducation d'une fille dans ces pays est relativement peu coûteuse par rapport aux normes occidentales. La fondation Batonga débourse de 75 à 300 dollars par an, selon les pays, pour assurer les frais d'uniforme, de scolarité, de transport et de fournitures pour chacune des filles qu'elle parraine. Mais ces frais sont exorbitants pour de nombreuses familles africaines, a souligné la directrice du programme, Mme Stephanie Shearer Cate.

Le fardeau financier ne consiste pas seulement en des frais de scolarité ; il faut compter aussi le labeur que la fille ne fournit pas chez elle lorsqu'elle est à l'école. En outre, les écoles secondaires sont peu nombreuses et souvent éloignées, et les filles doivent traverser de longues distances pour s'y rendre. Quand les familles sont en mesure de faire de tels sacrifices pour l'éducation de leurs enfants, elles le feront souvent au profit d'un fils plutôt que d'une fille, puisqu'on s'attend à ce que cette dernière se marie un jour et rejoigne la famille de son époux.

« Une fois ces obstacles écartés, les parents voient les résultats et se disent fiers d'avoir un enfant qui reçoit une éducation », a dit Mme Cate. « Si ces enfants grandissent avec l'idée d'envoyer leur propre progéniture à l'école, alors l'effet de notre programme sera multiplié. »

Une année supplémentaire d'enseignement fait une différence dans la vie des filles, selon plusieurs études effectuées par la Banque mondiale. Elles gagneront un salaire de 10 à 20 % supérieur à la moyenne et contribueront ainsi à augmenter le revenu par tête dans leur pays.

En Éthiopie, l'éducation a réduit le taux de mariage précoce. Dans la région d'Amhara, dans le nord-ouest du pays, où 19 % des filles sont mariées avant l'âge de 15 ans, ce taux est l'un des plus élevé du monde. Mais en 2005, un programme quinquennal a été lancé par le Fonds des Nations unies pour les filles en partenariat avec le gouvernement éthiopien et la fondation Nike, avec pour objectif de fournir des tuteurs et un appui financier aux écoles, et d'organiser des ateliers informels sur des sujets comme le sida et les abus sexuels. C'est aussi ce programme qui fait don d'une chèvre ou d'un mouton aux familles dont les filles adolescentes font des études couronnées de succès. Lors de la première cérémonie de remise des prix, quelque 750 filles dont le mariage a été reporté et qui sont restées à l'école, ont reçu une petite tête de bétail, ce qui a contribué à améliorer le niveau de vie de leur famille.

Le programme vient aussi en aide aux adolescentes qui ont fui leur foyer vers la ville pour échapper à un mariage précoce. Des tuteurs font du porte-à-porte à Bahir Dar, le chef-lieu de la région d'Amhara, et à Addis-Abéba, la capitale éthiopienne, pour retrouver et aider ces filles qui travaillent souvent comme domestiques. Chaque semaine, les tuteurs leur offrent pendant quelques heures des conseils et des leçons d'agriculture et de commercialisation. Selon les estimations des Nations unies, ce programme a bénéficié à environ 11.000 filles ; certaines ont pu participer à un atelier et d'autres ont continué leurs études pendant deux ans.

Avec de tels succès, peut-être ne sera-t-il plus si inhabituel de voir une adolescente dans une salle de classe, a dit la directrice du Fonds pour les filles, Mme Tamara Kreinin. Ce sera la norme acceptée de tous.

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