Boureima Diallo
28 Octobre 2009
L'Afrique était un dépotoir. Elle reste de nos jours un champ d'expérimentation et un terrain idéal pour trafiquants d'armes. Les exemples sont légion. Dernier en date, l'Angolagate, le nom donné à un trafic d'armes dans les années 90 à destination de l'Angola. Cette affaire, qui a connu son épilogue devant le tribunal de Paris mardi dernier et dite « affaire Falcone-Mitterrand-Gaydimak », a, pour la première fois, révélé au grand jour les liens occultes et quasiment maffieux entre marchands d'armes et milieux politiques.
Les deux principaux protagonistes de ce trafic juteux (environ 400 milliards de nos francs) que sont Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone ont été condamnés chacun à six ans de prison ferme et les autres personnes incriminées écopent de peines moins lourdes assorties d'amendes de plusieurs milliers d'euros.
Dire que l'Afrique demeure une aubaine pour trafiquants d'armes de toute sorte, c'est trahir un secret de polichinelle. Cela tient d'autant plus de la lapalissade que pendant que mardi dernier l'Angolagate connaissait son dénouement judiciaire, les Nations unies décidaient de pointer un doigt accusateur sur les responsables de trafic d'armes en Côte d'Ivoire.
En 2005, en pleine crise politico-militaire, les Nations unies avaient décrété un embargo sur les armes à destination du pays du président Félix Houphouet -Boigny. Pour le groupe d'experts mandatés par le Conseil de sécurité pour enquêter sur ce trafic, « cet embargo est régulièrement violé aussi bien par l'ex- rébellion des Forces nouvelles que par le gouvernement avec de nombreuses entrées d'armes et de munitions en provenance du Burkina » et « malgré l'embargo sur les armes, les deux parties ivoiriennes dans le Nord et le Sud continuent de se réarmer ou de se rééquiper avec du matériel connexe ».
Voilà qui est dit et qui pourrait - si cette information est juste - compliquer singulièrement la tâche du facilitateur dans la crise ivoirienne. En effet, si ce rapport avait été sorti il y a quelques années, personne n'aurait rien eu à redire en criant au baudet, ce, d'autant plus qu'il bruissait de toutes parts que le Burkina était un grand fournisseur d'armes aux rebelles ivoiriens.
Mais de nos jours, où notre pays se démène comme un beau diable pour éteindre le brasier ivoirien, cela est difficilement compréhensible Et c'est peu dire que d'affirmer que ce brûlot concocté par les experts onusiens pourrait bien être une pierre jetée dans le jardin de Blaise Compaoré, celui-là même qui été choisi comme facilitateur.
Comment, véritablement, peut-il jouer son rôle de médiateur, c'est-à-dire être équidistant des deux parties, tout en poursuivant la fourniture d'armes à une des parties ?
Une autre préoccupation et non des moindres soulevée dans le rapport mérite vraiment qu'on s'y attarde un peu : il s'agit de la « course à l'armement » que l'on constate aussi bien du côté de la rébellion que du côté gouvernemental. Comment comprendre que, pendant que tous les regards sont tournés vers la présidentielle du 29 novembre prochain (dans un mois jour pour jour donc), les différentes parties ne soient préoccupées qu'à s'équiper en matériel de guerre ?
Certes, le report de la présidentielle est depuis un secret de polichinelle ; mais si, du côté pouvoir, acheter ce matériel de guerre pour équiper une armée républicaine pourrait aisément s'expliquer et se comprendre (si toute fois la Côte d'Ivoire n'était pas frappée d'embargo), cela l'est moins en ce qui concerne la rébellion armée.
Alors, les différents protagonistes de la crise ivoirienne jouent-ils vraiment franc-jeu afin de sortir de cette impasse ? Le doute est permis, ce, d'autant plus que plus jamais cette situation de ni guerre ni paix fait l'affaire de plus d'un. Alors qu'au-delà des petits intérêts personnels, il faudra bien sceller une paix de braves !
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