Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Babacar Ndiaye, directeur général de l'entreprise GEAUR « C'est la dette intérieure qui plombe l'envol de notre entreprise »

Abdoulaye Thiam, Bakary Dabo

29 Octobre 2009


Les entreprises sénégalaises étouffent. A l'image des 13 du Snbtp, la Général des eaux et de l'assainissement urbain et rural (Geaur) fait partie des entreprises dont la survie est tributaire de la dette intérieure. Étant privée, elle assure un service public qui est celui de l'eau et de l'assainissement. Ce qui fait que fatalement, l'État est son premier client. « Cette position nous a amené à des impayés en 2006 », informe son directeur général. Babacar Ndiaye souligne que « nous avons également des impayés qui n'ont pas été certifiés par négligence de certains fonctionnaires. Cela nous a mené à une dette qui dépasse les 300 millions de F Cfa. Mais au fur et à mesure qu'on a commencé à nous payer, la dette ne cessait d'augmenter parce qu'on continuait à exécuter d'autres marchés».

A en croire le patron de Geaur, cette situation a engendré des agios considérables au niveau des banques. « Nous ne sommes ni héritier, ni rentier. C'est avec l'argent de la banque que nous avons toujours travaillé. C'est cet argent là qui n'a pas été remboursé et qui, aujourd'hui, nous a valu des agios et nous met dans des risques extrêmement graves ». M. Ndiaye assure que « ce sont nos propres maisons ainsi que le patrimoine que l'entreprise que nous avions hypothéqués pour avoir des garanties et lever ces financements ».

Face à ce sérieux problème vis-à-vis des banques, les responsables de Geaur disent être indisposés par l'absence d'interlocuteur. « L'État est là quand il veut. Il est invisible et insaisissable. A chaque fois qu'on essaye de rencontrer de hauts fonctionnaires, c'est toujours en eaux de boudin que ça tourne ». Avant de lancer avec beaucoup d'amertume : « Le problème aujourd'hui c'est que cette dette est là. Elle est bien là et on ne nous en parle pas ». Des dettes de 2006

En termes de marchés exécutés et jusque-là non payés, le manager de Geaur affirme que son entreprise peut en citer comme exemple celui de la construction scolaire qui a changé entre temps plusieurs fois de ministères. Un changement administratif qui, selon M. Ndiaye, « fait que certaines de nos certifications n'avaient pas été faites à l'époque. Il y a eu d'autres directeurs qui sont passés et qui regardaient le dossier de très loin et là le temps passait ». Ce qui, selon lui, « fait que ce dossier est tombé aujourd'hui dans des réalisations hors budgets. Il fallait un report. Ce qui va peut être se faire d'ici 2010 pour un marché que nous avons réalisé en 2006 ».

Hormis ce cas de figure, Babacar Ndiaye indique qu'il y a d'autres marchés où son entreprise avait trouvé un financement et dont une partie devait être assurée par un bailleur de fonds et l'autre par l'État. Mais, souligne-t-il, « l'argent a été dévié dans d'autres programmes pour des marchés de souveraineté comme ils l'appellent. Ce qui fait que nous n'avons pas été payés jusqu'à présent sur ça ».

Réduction de 50 % du personnel, retard sur les cotisations sociales...

Les conséquences de cette situation sur Geaur qui, selon des informations reprises sur son site internet, comptait un effectif global de plus de 150 personnes dont 41 permanents, s'éprouvent aussi au plan social. Selon le directeur général de Geaur, « nous avons compressé notre effectif en libérant 50% de notre personnel et je pèse bien mes mots ». Sur cette même lancée, M. Ndiaye confie que « nous ne sommes pas à jour avec les cotisations au niveau des Institutions fiscales et même sociales telles que la Caisse de Sécurité Sociale et l'Ipres. Tout ce qui rentre maintenant dans notre compte, la banque y met la main basse pour se faire rembourser du moment qu'on est payé que par le biais des banques ».

Sur le plan économique, Babacar Ndiaye avoue que son entreprise doit de l'argent à ses fournisseurs qui, à l'en croire, avaient aussi investi dans du matériel. Ce qui lui fait dire que « la conséquence la plus grave c'est qu'il y a des travaux qu'on devaient terminer sur d'autres marchés pour lesquels nous avons emprunté de l'argent, pensant qu'on allait être payé ».

Le directeur général de Geaur constate au finish une absence totale d'activités sur le marché. « Les entreprises de Btp ne travaillent pas actuellement. Il est vrai qu'on voit des bâtiments qui s'érigent partout mais ça, ce sont les tacherons qui travaillent. Le Btp organisé et formel ne travaille pas ».

Depuis la création de cette première entreprise sénégalaise spécialisée dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, depuis une vingtaine d'années, son directeur souligne que ce n'est que cette année qu'ils ont connu des problèmes avec la dette de l'État. « Notre entreprise a vécu correctement sans aucun problème. C'est la dette intérieure qui plombe l'envol de notre entreprise ».

Concernant les dépenses hors budget, M. Ndiaye assure que son entreprise n'a pas été saisie sur cette question. Il fait savoir tout de même que les dossiers de l'entreprise qui n'ont pas été traités seront reversés dans ce lot du moment qu' « ils ont confirmé la dette qui tourne actuellement autour de 300 millions de F Cfa».

La sous-région et le personnel

Pour sauver son entreprise, Bara Tall, Pdg de Jean Lefèvre Sénégal, a été obligé de déplacer ses activités en Gambie. L'entreprise Cde qui n'est certes pas privée des chantiers, comme JLS, a été tout de même contrainte de diversifier ses actions en utilisant le système dit de vase communicant. C'est ainsi qu'elle travaille à Guinée, au Bénin, en Guinée-Bissau, en Mauritanie. Mais ce que les dirigeants de CDE trouvent bizarre, c'est qu'ils n'ont aucune dette, aucun problème dans ces pays limitrophes.

Par ailleurs, il faut noter que malgré la difficulté financière que traverse cette entreprise, le personnel a tenu bon. Mieux, les agents ont même apporté leur soutien à la direction. "Je me souviens encore, en 2000-2002, périodes difficiles où nous avons perdu 50 % de notre chiffre d'affaires, bon nombre du personnel nous a dit que s'il faut serrer la ceinture, on serrera la ceinture. Même certains cadres sont venus nous proposer de diviser notre salaire par deux, quitte à les payer plus tard, il faut le faire". Ce qui fait dire à Fourzoli Souheil, "nous avons un climat social formidable parce que nous sommes très proche de nos employés".

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