Mohamed Ndjim Et Fatou K. Sene
29 Octobre 2009
Au début il y avait Jac Keïta, qui rêvait de faire une carrière de rappeur. Cheikh Tidiane, Ibrahima, Fallou et leur frangine Maah Koudia ont rejoint leur frère dans son aventure musicale. Ils forment aujourd'hui Jac et Le Takeïfa. L'orchestre familial s'est construit autour des liens de sang et une passion commune pour la musique.
Ses débuts ne le prédestinaient pas à la musique acoustique, mais aujourd'hui, il ne jure que par elle. Jac, lead vocal des Takeifa, a fait ses premières piges dans la culture urbaine. 'J'ai commencé la musique en 1992, par la danse puis le rap', se rappelle-t-il. A cette époque, comme beaucoup de jeunes de sa génération, il se passionnait pour le breakdance et se plaisait à imiter Michael Jackson. Du haut de ses 28 ans, Jac connaît plusieurs coins du Sénégal. Sa famille s'est déplacée 'au gré des affectations du père, commissaire de police'. Et durant ses années rap, le jeune homme a formé un groupe à Kaolack (Crazy Boys Muslim), a intégré un autre à Kolda (Mafia) avant de s'essayer au solo à partir de 1998. Il rêvait de 'sortir un premier album Rnb en 2000', mais il n'y est pas parvenu.
D'après lui, 'le défi était quasi insurmontable' du fait des nombreuses embûches qui parsèment le chemin des jeunes artistes sénégalais. Malgré les difficultés, Jac s'obstine et projette de s'imposer dans la musique. Il bénéficie du soutien indéfectible de sa famille. 'Quand il s'est assuré que j'étais à fond dans la musique, mon père m'a conseillé de jouer d'un instrument, de chercher un orchestre au lieu de me limiter au rap', évoque le jeune musicien. Jac ne regrette pas d'avoir suivi le conseil paternel.
Depuis 2000, il a une relation fusionnelle avec sa guitare. 'Je n'ai pas abandonné le hip-hop, mais j'ai choisi de faire une autre musique', précise-t-il, avant d'évoquer les influences musicales qui ont façonner le style Takeïfa. Tout y passe, des sonorités traditionnelles dont il s'est imprégné en sillonnant l'intérieur du pays, aux rythmes reggae, rock, jazz, hip-hop... Jac Keïta apprécie particulièrement le jazzman camerounais Richard Bona, la Béninoise Angélique Kidjo, Salif Keïta, Les frères Guissé, Ismaël Lo, etc. Maîtrisant les rudiments de la guitare, Jac a beaucoup animé des one man show. Puis, il a essayé de monter un groupe. En vain. 'L'aventure ne s'inscrivait jamais dans la durée, et il était impossible de faire du travail sérieux'.
C'est pourquoi Cheikh Tidiane, Ibrahima et Fallou Keïta, frères de Jac, ainsi que Maah Koudia, leur soeur, décident de créer le Takeïfa (anagramme abrégé de Keïta Family). Musicien et plasticien, Cheikh Tidiane est l'aîné du groupe. 'Il savait jouer de la guitare acoustique, il est désormais soliste', confie Jac. Les autres membres ont appris 'sur le tas'. Le plus jeune du clan, Fallou Keïta, assure les choeurs. 'En parallèle, il suit des cours de musique à l'Ecole nationale des arts'. Le batteur, Ibrahima, et la bassiste Maah Koudia Keïta se sont exercés pendant deux ans avant que l'orchestre familial ne soit opérationnel en 2002.
Le groupe sort en 2008 l'album Diaspora financé avec l'argent rapporté par les prestations dans des restaurants et autres cafés. Seule fille du groupe, Maah Koudia est l'identité remarquable des Takeïfa . 'C'est une battante', témoigne son frère Jac. A 21 ans 'Maah', comme l'appellent affectueusement ses frangins, allie, sans difficultés, musique et études. Elle est inscrite en deuxième année d'anglais à l'université de Dakar. Son idole est tout trouvé : le chanteur malien Salif Keita, albinos comme elle. 'Si je n'avais jamais vu Salif Keita, faire de la musique, écouter son histoire et son lot de problèmes, car il a été rejeté et sans domicile fixe, je n'en serais pas là aujourd'hui', confie-t-elle.
Derrière les enfants, il y a les parents. Le couple Keïta joue un rôle majeur dans la carrière artistique de la fratrie. Septique au début de l'aventure musicale de son fils Jac, la maman Fatou Ngingue est aujourd'hui la première fan du groupe. Lors des répétitions, à la maison, elle a toujours son mot à dire. 'Je suis la première oreille extérieure. J'écoute et je donne mon avis', indique-t-elle non sans fierté. Mme Keïta était aux premiers rangs à l'Institut français de Dakar où le groupe s'est produit pour la deuxième fois jeudi dernier.Preuve d'un succès croissant : Jac et ses frères ont entamé depuis samedi une tournée de deux semaine en Espagne.
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