Le Messager (Douala)

Cameroun: La révolution sanglante des nouveaux totalitarismes - Comprendre le phénomène Moussa Dadis Camara

29 Octobre 2009


Nouveaux totalitarismes, nouvelles résistances et logique de guerre permanente

Les massacres lorsqu'ils interviennent dans le cours d'une guerre civile, peuvent être analysés comme des dérapages, fruit de l'exacerbation de la haine entre les groupes et clans antagonistes. Mais lorsque comme dans le cas de la Guinée, des soldats lourdement armés, tirent sans discrimination et sans réserve dans la foule, il y a lieu de considérer que l'on est en présence d'actes criminels prémédités et planifiés. Dans un contexte légal international plus que jamais marqué du sceau de la Cour pénale internationale, comment peut-on penser que de tels crimes continuent d'être perpétrés, avec autant de désinvolture ? On aurait plutôt tendance à croire que les procès des Jean Pierre Bemba, Charles Taylor, et d'autres chefs de guerre supposés ou confirmés, constituent une dissuasion suffisante. Hélas, le constat après les tueries de Conakry, bat en brèche ce rêve d'internationaliste et de justicier humaniste.

La réalité est sans doute ailleurs, dans une prédisposition des sociétés arriérées et comptant uns majorité de citoyens pauvres, à produire des dirigeants fous, des aventuriers en quête de gloire et de prestige totalitaires. C'est la trop longue oppression des peuples qui crée les conditions favorables à l'émergence des dirigeants sanguinaires. C'est le trop long silence des gens, la trop forte compromission des Hommes des lettres et des sciences, qui créent les conditions du maintien des dictateurs et des prédateurs au pouvoir.

Toutefois, si l'on veut mener l'analyse du drame guinéen jusqu'au bout, il faut dans le même temps convenir que le niveau de réactivité des citoyens et leur niveau de compréhension des systèmes de gouvernance a changé dans le bon sens. Ce que les citoyens n'ont pas accepté à Conakry, c'est l'idée d'un pouvoir dictatorial intégral, évoluant furtivement sous le couvert d'un discours de sauvetage et de résurrection nationaliste. Les mises en scène folkloriques et les diatribes anti blancs et anti occidentales, n'impressionnent plus les peuples, pas même les faux semblants de lutte contre la corruption. On connaît toutes ces tactiques, et on les a vues à l'oeuvre partout. Même Mobutu après avoir assassiné Lumumba, avait initié des purges dans l'administration publique au nom de la lutte contre la corruption. Le Cameroun avec son opération épervier, sensée combattre la corruption, offre l'exemple parfait de la manipulation politique pour les besoins du maintien au pouvoir du chef de l'Etat. Il suffit de sacrifier quelques têtes en vue, dans une société pourrie qui compte des milliers de voleurs et de milliardaires illégaux.

Après les échecs et les déceptions des années suivant la révolution gorbatchévienne en Russie, les peuples se sont redynamisés et vivent un nouvel éveil. Certes les aventures politiques se sont multipliées, particulièrement en Afrique, mais de plus en plus et de mieux en mieux, les citoyens tracent une limite à ne pas franchir pour les nouveaux dictateurs. Malgré sa popularité incontestable, le président vénézuélien Hugo Chavez doit faire face à une opposition résolue de la société civile. Le leader pro bolivariste a organisé un référendum pour modifier la constitution à son avantage, fermé des chaînes de télévision et de radios hostiles, mis au pas les hommes d'affaires pro américains et nationalisé de fait plusieurs unités de productions stratégiques, notamment dans le pétrole, les télécommunications, les transports aériens et maritimes. Pourtant, la rue compte toujours des opposants irréductibles qui dénoncent la dictature et le retour à l'autocratie liberticide.

Si les militaires guinéens ont cru se référer sur l'exemple mauritanien où des putschistes ont joué de ruse pour se maintenir au pouvoir par le truchement des élections taillées sur mesure, ils ont mal évalué le niveau d'émancipation politique de leurs concitoyens. En fait, il y a comme l'expression de nouvelles résistances partout dans le monde contre les tentations totalitaires. Les mouvements contre la faim avaient déjà prouvé ce nouvel élan de politisation des citoyens dans les pays pauvres, et il est juste de croire que les révolutions de demain seront plus radicales. La foule qui était rassemblée au stade de Conakry n'ignorait certainement pas qu'elle avait en face des fous capables de recourir à la violence lâche, mais elle était déterminée à faire comprendre ouvertement, radicalement et sincèrement, qu'elle n'est pas disposée à accepter une autre aventure, une dictature de trop. Il faut se rappeler du printemps de Prague (Tchécoslovaquie) en 1968, lorsque le mouvement démocratique fut écrasé par des chars soviétiques. Il faut avoir une pensée pour les six cents écoliers de Sowéto massacrés en 1976. N'oubliez pas les trois cents réfugiés congolais disparus sur les plages de la rivière Congo sous les sinistres plans de l'autre dictateur putschiste Sassou Nguesso. Triste tableau d'une Afrique qui aura produit le génocide Rwandais en 1994, et qui continue des systèmes d'apartheid bien plus condamnables et plus avilissant pour l'homme noir, que ce que inventèrent et pratiquèrent les Boers pendant plus de quatre siècles. Allez donc lire la constitution de la République du Cameroun de 1996, où le citoyen est classé et traité pour ses droits électoraux en fonction de sa région d'origine. Allez demander aux Ivoiriens pourquoi le Nord et le Sud entrèrent en guerre dans un même pays jadis considéré comme le modèle d'intégration et d'hospitalité en Afrique. Quand le désordre et la barbarie s'installent, et quand les Moussa Dadis Camara arrivent et se proclament Dieu dans un coin de la planète, c'est l'humanité dans sa splendeur, ses valeurs, son génie et sa pureté qui étouffe, suffoque, et s'éteint.

La question que l'on peut légitimement se poser aujourd'hui, c'est de savoir comment se comporteront à très brève échéance les générations de 15 à 25 ans dans les dix prochaines années, si des changements systémiques notoires allant dans le sens de leurs aspirations au bien être et à une meilleure répartition des richesses, n'interviennent pas entre temps? Il y aura encore et toujours des aventuriers, des imbéciles souvent adossés à des universitaires cupides, à des hommes d'affaires véreux ou des bandes de citoyens fanatisés, qui voudront essayer de s'improviser dans le rôle risqué de monarque, mais il y aura aussi, de nouvelles résistances plus coriaces, plus osées, mieux organisées et acceptant de payer le prix du sacrifice qu'impose la quête de la liberté.

En cela, une vue prospective et réaliste d'internationaliste, aboutit inexorablement à la matérialisation de la guerre permanente. Les classes des possédants, des fils et filles des dirigeants de l'Etat monopoliste du pouvoir politique et des seigneurs de l'intelligence académique d'un côté, les masses misérables, les classes ouvrières exploitées, les fils et filles des employés modestes et les citoyens des zones rurales cruellement marginalisées et souvent abandonnés de l'autre côté, ne sont pas seulement en opposition permanente sur la forme de l'organisation institutionnelle de la société les modes de répartition des richesses, elles sont continuellement en guerre. Aucune évolution internationale ne prenant pas en considération cette réalité de l'expression des antagonismes irréductibles au plan interne, ne débouchera sur une paix durable susceptible de garantir une coexistence pacifique des peuples et des Etat-nations.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Le Messager. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques