L'Autre Quotidien (Cotonou)

Bénin: Bobo D, Président de la CBACCEM - «Le Bubedra n'a pas le monopole de la gestion des droits d'auteur»

Franck Raoul Pedro

28 Octobre 2009


interview

Au Bénin, l'actualité culturelle est agitée depuis quelques jours par la création d'une structure privée de gestion des droits d'auteurs des artistes béninois. Dénommée, Chambre béninoise des auteurs compositeurs, comédiens et éditeurs de musique (Cba ccem), cette structure se propose d'améliorer les conditions de vie et de travail de ses sociétaires à travers une gestion "plus équitab le et plus transparente" de leurs droits d'auteur. Le chanteur, producteur et promoteur culturel béninois, Alphonse Donou alias Bobo D, Président de cette nouvelle structure, nous en parle.

Les artistes ont-ils vraiment besoin d'une Chambre béninoise des auteurs compositeurs, comédiens et éditeurs de musique (Cbaccem) pour mieux s'épanouir ?

La création de la Chambre béninoise des auteurs compositeurs, comédiens et éditeurs de musique (Cbaccem) est une initiative qui est née de la volonté de répondre au besoin urgent et indispensable des artistes béninois. D'assurer la survie de leurs carrières Il n'est de doute pour personne que le Bureau Béninois des droits d'auteurs (Bubedra) a donné la preuve de ses limites. Nous ne sommes pas satisfaits de la gestion qui est faite de nos droits. Malgré nos remous, le Bubedra ne veut toujours pas améliorer sa gestion. Forts de ce constat, nous avons donc décidé de prendre en charge notre destin afin de nous donner une chance de survivre. La Cbaccem est née d'un engagement, d'une volonté et d'une détermination farouche de relever un défi. Nous y sommes et nous y parviendrons très certainement.

Que reprochez-vous concrètement au Bubedra ?

Nous reprochons beaucoup de choses au Bubedra. Je peux citer entre autres, le prix exorbitant des timbres, la mauvaise gestion des redevances et le flou permanent qui entoure la collecte et la restitution des redevances perçues au Bénin, pour des artistes étrangers. Les gens s'enrichissent sur le dos des artistes et nous pensons qu'il est temps que cela s'arrête.

Que propose donc la Cbaccem aux artistes béninois ?

La Chambre béninoise des auteurs compositeurs, comédiens et éditeurs de musique (Cbaccem) se propose de redonner espoir aux créateurs d'oeuvres d'esprit et de permettre à l' Etat d'en tirer des devises. Pour ce faire, elle propose de nombreuses mesures dont, celle relative à la révision du coût du timbre qui passe désormais de 250Fcfa à 100Fcfa. Tous les Cd et Vcd provenant de pays avec lesquels, nous n'aurions signé aucun accord de réciprocité, seront désormais timbrés à 100Fcfa. Des 100Fcfa, la Cbaccem retiendra les frais de gestion, l'autre partie sera divisée en deux. Une partie servira à souscrire à une assurance maladie pour les sociétaires de notre structure et leur famille. La seconde partie sera distribuée équitablement à tous les sociétaires de la Cbaccem tous les six mois. Entre autres, la Cbaccem collectera les droits auprès de tous les opérateurs ainsi que ceux de la téléphonie au Bénin, pour le compte de ses sociétaires. Il s'agit d'un réel défi que nous nous sommes lancés. Nos droits d'auteurs ne seront plus gérés par des administratifs ignorant nos réalités, mais par les artistes eux-mêmes. Cela permettra aux uns et aux autres de mieux comprendre le mécanisme et de se sentir impliqués.

Le Directeur du Bubedra et son administration ne font qu'exécuter les décisions du conseil d'administration qui compte en son sein de nombreux artistes. Pourquoi insinuez vous donc que le Bubédra est géré par des administratifs ?

Quand vous allez au Bubedra, ce n'est pas le conseil d'administration qui vous reçoit, mais des fonctionnaires qui ne comprennent rien de la misère des artistes mais qui vous dictent leur loi. On vous humilie et vous traite de tous les maux. Cela prendra fin avec l'avènement de notre nouvelle structure de droit d'auteur. Nous aurons une administration efficace composée d'artistes compétents dans des domaines précis relevant de l'administration. Ne vous en faites pas, vous aurez l'occasion de comprendre que nous disposons de nombreux cadres en notre sein.

Quand on parcourt les pages de la loi N° 2005-30 du 05 Avril 2006 relative à la protection du droit d'auteur et des droits voisins en république du Bénin on a l'impression que le législateur a octroyé au Bubedra le monopole de la gestion des droits d'auteurs. Qu'en dites-vous?

Je n'approuve pas cela, car dans aucun pays, une structure d' État ne détient le monopole de la gestion du droit d'auteur. Nous attendons un débat contradictoire si possible afin de démontrer la légitimité de notre action d'ailleurs soutenue par le chef de l' État à qui nous avons présenté le projet. A titre symbolique nous lui avons même délivré la première carte de membre de la Cbaccem

La gestion des droits d'auteurs n'est pas une petite affaire. Ne craignez vous pas d'aller au devant de graves problèmes juridiques ?

Nous travaillons en collaboration avec un cabinet juridique. Nous avons pris le temps de mieux nous équiper avant de lancer l'opération. Nous ne courrons donc aucun risque.

Votre initiative est très décriée par vos pairs. N'avez vous pas peur de diviser les artistes béninois ?

Toute initiative humaine suscite toujours des remous. On nous accuse de tout et on nous prête des intentions justes pour nous décourager. Mais soyez rassurez, nous ne nous laisserons pas faire. Même devant le chef de l'Etat, un artiste nous a visiblement manifesté son antagoniste et lui a demandé de ne pas nous prendre au sérieux. C'est dommage, mais puisque c'est la fin qui justifie les moyens, attendons donc de voir.

Il parait que la Cbaccem exclut l'adhésion d'une certaine catégorie d'artistes ?

Non, je m'inscris en faux contre cette allégation. Avant de créer cette chambre, nous avons pris l'avis des artistes car il s'agit d'une structure qui leur est destinée. Il se fait que nombre d'entre eux se sont insurgés contre l'idée de retrouver les sommités au sein du bureau. Nous n'avons que traduit la volonté de la masse qui souhaite avoir affaire à des personnes dignes de confiance selon ses critères. C'est ce qui s'est passé. Nous leur avons rendu compte et ils ont pris acte. Néanmoins, ils sont libres d'adhérer à la chambre s'ils estiment qu'elle répond à leur ambition. C'est d'ailleurs le cas de Stan Tohon, qui depuis l'étranger, annonce déjà le retrait de son adhésion au Bubedra afin de souscrire à la Cbaccem.

Quels sont les critères d'adhésion à la Cbaccem ?

Pour être membre de la Chambre béninoise des auteurs compositeurs, comédiens et éditeurs de musique, il faut être artistes ou promoteur et le justifier à travers une ou des oeuvres. Surtout, il ne faut pas être sociétaire du Bubedra.

Vous semblez déclarer la guerre au Bubedra ?

Ce n'est pas du tout notre intention. Nous prenons juste des dispositions pour permettre aux artistes qui nous feront confiance de mieux s'épanouir. Certains acteurs culturels estiment que vous êtes manipulés par un ancien ministre de la culture et même par Stan Tohon ! Laissez Tohon en dehors de cette histoire. Quant-au ministre Toléba, puisse que c'est de lui qu'il s'agit, il n'a aucun intérêt à nous soutenir. A l'instar de bien d'autres personnalités nous l'avons informé de l'initiative, mais il ne nous a pas exprimé son soutien. Personnellement, j'en veux au ministre Toléba et cela parait un alibi assez solide pour justifier que je ne peux pas me mettre en combine avec lui. J'avais sollicité son soutien quand il était ministre afin qu'il m'aide à faire voyager des artistes béninois pour une soirée du Bénin que j'organise de manière périodique en France. Il n'a pas répondu favorablement et cela m'a beaucoup déçu. Je souhaite qu'il puisse se racheter en nous aidant pour ce projet-ci, mais jusqu'à ce jour, nous n'avons encore rien bénéficié de lui. Alors, il faut que nos détracteurs cessent de le mêler à notre initiative. Il n'en est pour rien

Au ministère de la culture, la Cbaccem est considérée comme une simple association. Qu'en pensez-vous ?

C'est tant mieux, nous allons leur démontrer bientôt que nous sommes plus qu'une simple association. Nous venons de commander treize milles (13.000) timbres afin de démarrer nos activités. Nous initieront bientôt une tournée nationale afin d'instruire les artistes sur nos ambitions et de les amener à adhérer. Nous restons convaincus que la Cbaccem est l'outil indispensable à l'épanouissement des artistes béninois. A combien s'élève aujourd'hui l'effectif de vos membres ? Nous venons juste de démarrer. L'enregistrement effectif de l'adhésion des membres démarrera bientôt avec notre prise de fonction. Pour le moment, ils se résument aux membres du Bureau, pionniers de l'initiative. Il s'agit entre autres du Vice- président, Jolidon Lafia, de la secrétaire, Mireille Missinhoun alias Assikiwa, du trésorier, Florent José Alapini alias Jospinto, du trésorier adjoint, Jean Paul Amoussou alias, Oncle Bazar. Nazaire Akpovi alias Sabbat Nazaire et Sina Siro respectivement chargé de la communication et de la défense des artistes et chargé de la promotion culturel et de l'authenticité des oeuvres, sont eux aussi membres de la Chambre.

Quelle sera la périodicité du Bureau ?

Le bureau a un mandat de cinq ans renouvelable.

Qu'attendez-vous des artistes béninois?

Nous attendons que les artistes adhèrent massivement à cette initiative qui nous permettra à tous de nous affranchir du joug d'un système rébarbatif qui n'a que faire de nous spolier de nos droits. Un jour nouveau vient de se lever et il est souhaitable que personne ne reste en marge d'une si bonne opportunité de nous prendre enfin en charge.

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