Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Les normes de construction au diable!

Jean- René Bompolonga

29 Octobre 2009


Au mois de mai 2009, un immeuble de trois niveaux s'était affaissé sur le rez-de-chaussée, au quartier Ndolo, dans la commune de Barumbu, faisant au moins un mort. Cet accident avait relancé la question du non respect des normes de construction à Kinshasa. La topographie générale de la ville montre que ses occupants construisent dans un désordre organisé.

Dans la métropole congolaise, on a un spectacle inédit. C'est ici que l'on rencontre quelques immeubles à plusieurs niveaux perdus au milieu des pâtés de maisons basses ; des villas érigées en plein marécage ; des habitations sous des lignes à très haute tension, sur les bords des rivières, au fond des ravins, sur le flanc des lignes de chemin de fer, etc.

L'on se pose mille et une questions sur le sérieux du travail des services compétents de l'Etat, notamment ceux du ministère de l'Urbanisme et Habitat. Sur quelles bases délivre-t-on des autorisations de bâtir ? Quelle est la procédure à suivre pour rester dans les normes requises en matière de construction ? Que faut-il pour bâtir une maison solide et durable ?

Au regard de l'état préoccupant de l'habitat dans la capitale, Le Phare a fait parler le deuxième conseiller technique du ministère de l'Urbanisme et Habitat, Yvon Tshilumba Bingwa, mais aussi un architecte et un urbaniste chevronné.

Un équilibre dynamique

Interrogé au sujet du respect des normes de construction ou non, Yvon Tshilumba indique qu'« il faut partir de l'origine de la construction, c'est-à-dire chercher des éléments-clés ou des indicateurs qui interviennent dans le montage d'une infrastructure ». Deux indicateurs sont essentiels dans ce montage. Il s'agit des contraintes naturelles et des contraintes socio- humaines. « Pour monter une infrastructure, il faut arriver à créer un équilibre dynamique entre ces deux indicateurs. Dès que cet équilibre est brisé, nous avons ce qu'on appelle catastrophe », a dit le deuxième conseiller technique.

Expliquant les contraintes naturelles, il a déclaré que ce catastrophe répond toujours à ce qu'on appelle les agressions naturelles qui proviennent de la planète Terre et de l'ignorance de l'homme. Il faut alors connaître le fonctionnement de la planète Terre et les lois de la nature. Le manque de respect de ces exigences naturelles amène toujours aux catastrophes. La nature a aussi ses ressources, notamment la biodiversité, l'espace terre qui est à la fois une richesse et inextensible. Il faut bien les gérer.

S'agissant des contraintes socio- humaines, elles ont trois aspects. Il y a d'abord l'homme dans sa qualité et dans sa quantité et aussi ce qu'on appelle la croissance démographique. Ensuite, il y a des activités de l'homme parce que ce dernier doit vivre en créant des richesses. Enfin, il y a les besoins humains qui sont illimités alors que les ressources sont limitées.

Il convient alors de créer un équilibre dynamique entre les deux contraintes pour monter une infrastructure car toute construction à un cycle de vie : la pré-naissance (étude), la naissance (la matérialisation de cette étude) et la vie (le bâtiment construit). Dans chacune de ces étapes, il y a toujours des exigences qu'il faut respecter pour maintenir cet équilibre.

Les normes existent...

« Les normes dérivent de ces contraintes. Quand on ne les respecte pas, on ne respecte pas les normes qui sont environnementales, écologiques, relatives à l'aménagement du territoire, à la planification urbaine et à la planification rurale », a dit Yvon Tshilumba Bingwa.

Pour le deuxième conseiller technique, les normes existent, le vrai problème c'est leur applicabilité et leur actualisation. Il n'est pas allé par quatre chemins pour affirmer que « l'applicabilité commence par le ministère de l'Urbanisme et habitat qui doit aller vers la population pour l'éduquer en mettant à sa disposition ces normes. Le ministère le fait maintenant par les médias, les pièces de théâtre, dans les différents fora, tel celui de la normalisation qui s'est déroulé récemment.

Y a-t-il respect des normes à Kinshasa ?

« Je ne peux ni confirmer, ni infirmer si ces constructions respectent les normes », a dit le deuxième conseiller technique. Pour le moment le ministère fait un état des lieux de la situation, ensuite, il va amorcer les préparatifs des documents d'appui pour les autorisations de bâtir. « Le ministère a besoin du temps pour bien cerner tous les problèmes qui se posent à son secteur ».

L'opération zéro lancée

Avec l'appui de la police nationale, le ministère de l'Urbanisme et habitat a initié l' « opération zéro » pour contrôler les différentes constructions dans la ville de Kinshasa. L'opération a démarré dans la commune de Ngaliema où le ministère a constaté plusieurs anomalies et bien des promoteurs sont interpellés. Le ministère les accompagne par des conseils et s'il y a des dérapages flagrants, il donne des orientations.

« Pourquoi Ngaliema et pas Gombe où il y a beaucoup de constructions en hauteur ? » A cette question, le deuxième conseiller technique a répondu qu'il fallait commencer quelque part. Et c'est à Ngaliema qu'il y a beaucoup de dignitaires qui ne respectent pas la loi.

Le cas de l'immeuble de Ndolo

A Ndolo, il n'y a pas eu respect des normes, a dit le deuxième conseiller technique. Il y a certaines personnes qui pensent qu'elles peuvent tout faire. On ne peut pas confier une construction de cette dimension à quelqu'un qui n'est pas du domaine. Il a fait savoir qu'à Kinshasa, il n'y a que deux écoles secondaires de construction, situées l'une dans la commune de Bumbu et l'autre dans la commune de la Nsele. Rien qu'avec deux écoles, on ne peut pas avoir suffisamment de bons maçons dans la ville de Kinshasa. Quelques uns d'entre eux en provenance du Bas- Congo et du Bandundu viennent renforcer ceux de Kinshasa.

Au niveau supérieur, il n'y a que l'IBTP et la faculté Polytechnique de l'Unikin. Donc, il y a aussi un problème de constructeurs qui se pose dans cette ville. L'Eglise catholique, qui possède plusieurs écoles dans la capitale, n'a aucune école dans la section construction.

L'architecte Nyengele accuse

« Qui ne respecte pas les normes ? Qui des architectes et des promoteurs immobiliers ne respectent pas les normes ? », s'est interrogé l'architecte Jean- Pierre Nyengele. Selon lui, il faut chercher ceux qui ne respectent pas les normes du côté des promoteurs immobiliers.

Il a souligné qu'actuellement, il y a des ouvrages sur des constructions et même des logiciels qu'on achète, puis après on appelle des maçons pour monter un édifice sans consulter un architecte, ni un bureau d'études.

« A Kinshasa, on ne consulte pas souvent un bureau d'études avant de se faire construire une maison. On estime que les ingénieurs coûtent cher et on ne leur fait plus confiance. Mais ailleurs, au Rwanda, au Gabon ou au Congo/Brazzaville, où l'on consulte un bureau d'études et où travaillent des Congolais, allez voir les merveilles qu'ils font sur place », a-t-il dit.

« Ceux qui construisent au Congo doivent impérativement consulter un bureau d'études pour obtenir des orientations susceptibles de permettre d'aboutir à un bon résultat. Malheureusement, on n'a pas la culture de consulter un bureau d'études au pays et c'est là tout le problème », a-t-il déclaré.

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