Bachirou Nana
29 Octobre 2009
Les principaux prévenus dans la vaste affaire de trafic d'armes vers l'Angola ont été condamnés, le mardi 27 octobre dernier par le tribunal correctionnel de Paris. Cependant, ils demandent la levée du secret-défense afin que toute la "vérité" puisse être établie sur cette affaire.
L'homme d'affaires Pierre Falcone, le principal "cerveau" de l'Angola gate s'est adressé à l'Elysée pour demander la levée du secret-défense.
Le trafic d'armes a servi à alimenter la guerre civile en Angola.
Le tribunal correctionnel de Paris n'a pas eu la main légère sur les principaux prévenus de l'Agola gate, cette affaire de trafic d'armes vers l'Angola et de corruption qui porte sur 790 millions de dollars de 1993 à 1998. Des quarante prévenus, l'ancien ministre français de l'Intérieur, Charles Pasqua figure politique de proue écope d'une lourde sanction, d'un an ferme et 100 000 euros d'amende.
Les deux hommes d'affaires Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone par lesquels "le mal a débuté" ont tous été condamnés à six ans d'emprisonnement pour commerce illicite d'armement, trafic d'influence, abus de confiance. Charles Pasqua, lui, a été jugé coupable d'un trafic d'influence passif en acceptant une somme de 1,5 million de francs de Pierre Falcone. Ce qui lui aurait permis de financer les locaux de son mouvement politique, en échange de son intervention auprès du président français de l'époque, Jacques Chirac afin d'obtenir la remise d'une distinction honorifique à Arcadi Gaydamak. Par contre, le tribunal a été plus clément envers Jean Christophe Mitterrand "Papa m'a dit", condamné à deux ans avec sursis et 375 000 euros d'amende. Le tribunal le relaxe pour l'accusation de complicité de trafic d'armes tout en retenant contre lui, le recel d'abus de biens sociaux pour un montant de près de 2 millions de dollars. Malgré des critiques sévères sur leur comportement, Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand et Georges Fenech ancien magistrat sont relaxés au bénéfice du doute.
Le menu fretin constitué par une ribambelle d'intermédiaires a été plus ou moins condamné à des sanctions pécuniaires.
En fait, l'Angola gate est une affaire de vente d'armes soviétiques et françaises au régime du président angolais José Eduardo Dos Santos en 1994, pour l'aider dans sa lutte contre le mouvement rebelle de Jonas Savimbi. Comme dans l'affaire des ventes de frégates à Taïwan, de nombreuses personnalités françaises ont touché des commissions légitimes ou occultes. Cette vente aurait été facilité par l'homme d'affaires franco-canadien Pierre Falcone et l'homme d'affaires franco-canado-angolais d'origine russe, Arcadi Gaydamak, proche des services de renseignements russes.
La justice française reproche surtout à Gaydamak et Falcone d'avoir alimenté la guerre civile angolaise de 1993 à 1998, avec des armes provenant de l'ex-Union Soviétique sans avoir reçu l'aval de l'Etat français.
Les autorités angolaises, voulant protéger le principal "cerveau" de l'affaire Pierre Falcone, lui avaient délivré une immunité diplomatique en le nommant à la délégation permanente de l'Angola auprès de l'UNESCO. Mais la justice française a "brisé" cette perche tendue. Falcone en estimant que l'immunité accordée par l'Angola ne s'appliquait qu'aux actes officiels accomplis dans l'exercice de ses fonctions diplomatiques.
Donc que l'immunité ne saurait effacer le "sombre" passé de l'homme d'affaires.
Les juges avaient affiché une indépendance dans cette affaire dans laquelle on ne peut ignorer les intérêts pétroliers car l'Angola est l'un des grands pays exportateurs d'or noir du contient africain.
Mais pendant qu'on croyait le dossier vidé à l'issue du procès, certains condamnés jettent un pavé dans la mare. En effet, l'ex-ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua et l'homme d'affaires Pierre Falcone se sont adressés directement au gouvernement français pour demander la levée du secret-défense qui entourerait cette vente d'armes. Avec des menaces non voilées, ils estiment que toute la lumière n'a pas été faite sur ce trafic et sur d'autres. Pasqua et Falcone demandent même au président Nicolas Sarkozy d'intervenir, en laissant entendre qu'il pourrait être impliqué, parce qu'ayant géré le ministère du Budget de 1993 à 1995, puis la direction de la campagne présidentielle du candidat Edouad Balladur en 1995.
En voulant faire planer la suspicion sur les politiques qui étaient à la manoevre, Pasqua et Falcone veulent tout simplement dire que nombre de personnes étaient informées du trafic illicite d'armes.
C'est vrai, cela ne change rien au caractère illégal de la vente d'armes. Mais s'il n'y a rien à cacher, les autorités françaises ne devraient pas renâcler à communiquer aux juges tous les dossiers liés à l'affaire.
Déjà ces condamnations sont un bon signe car les guerres civiles qui occasionnent des milliers de victimes en Afrique et dans le monde ne pourraient perdurer sans les marchands d'armes.
La morale n'ayant que peu de valeur aux yeux des "marchands de la mort" toute la lumière doit être faite et la justice sévir avec la dernière rigueur.
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