Boureima Ouedraogo Sonre
29 Octobre 2009
La guerre civile au Darfour est un sujet de préoccupation pour la communauté internationale. Rares sont les pays qui ne s'intéressent pas à ce qui se passe dans cette région de l'Ouest du Soudan. Ce conflit dont les origines sont lointaines, ne laisse personne indifférente.
Les uns parlent de génocide là où les autres évoquent des crimes contre l'humanité. Qu'importent les termes utilisés, tout le monde s'accorde à reconnaître que là-bas, les populations civiles, les femmes et les enfants subissent toutes sortes de barbarie et que le nombre de personnes tuées depuis le déclenchement du conflit en 2003 oscille autour de 300 000.
Les conséquences de cette tragédie sont énormes : pertes en vies humaines, violation des droits de l'Homme, malnutrition, maladies, problèmes causés par les déplacements de populations, etc. Difficile donc que la communauté internationale puisse rester inerte face aux souffrances des populations civiles victimes des exactions des protagonistes dont on n'arrive pas toujours à cerner les vraies motivations.
La réalité aussi c'est qu'au Soudan, des intérêts géopolitiques, parfois divergents, s'affrontent. Là où les Etats-Unis exigent des sanctions économiques et commerciales, voire même une intervention militaire, l'Union européenne cherche une solution diplomatique pendant que la France s'inquiète de l'extension d'un conflit au Tchad et en Centrafrique où elle maintient une assistance militaire. La Chine est pour sa part soucieuse de ses intérêts économiques, notamment du pétrole qu'elle exploite. C'est pourquoi elle menace en permanence d'utiliser son véto au Conseil de sécurité de l'ONU pour bloquer les éventuelles sanctions.
Nonobstant tout cela, ce ne sont pas les efforts pour résoudre le conflit ou venir en aide aux populations qui ont manqué. Sur le terrain, les ONG sont très actives et critiquent le manque d'intérêt de l'ONU. Dans de nombreux pays, des citoyens se sont mobilisés pour alerter l'opinion sur l'urgence de se pencher au chevet du Darfour. L'acteur de cinéma américain, George Clooney, s'est même investi à travers un film documentaire pour sensibiliser l'opinion américaine sur le conflit. Des enquêtes ont été menées ; des diplomates se sont succédé à Khartoum pour demander au Président Omar El-Béchir de venir en aide aux réfugiés. Des poursuites judiciaires, notamment des mandats d'arrêts internationaux, ont été engagées par la Cour pénale internationale contre des personnalités au sommet de l'Etat soudanais dont le président El-Béchir lui-même.
Quelle est la contribution de l'Union africaine dans toute cette agitation pour aider à résoudre la guerre civile au Darfour qui perdure ? A la faveur de la réunion à Abuja du Conseil de paix et de sécurité de l'organisation continentale, la quinzaine des chefs d'Etat et de gouvernement en feront leur plat de résistance. On peut néanmoins constater qu'au lendemain du mandat d'arrêt de la CPI contre le président soudanais, les pairs africains avaient dénoncé cette décision, préférant privilégier une solution soudano-africaine au conflit.
On n'a pas non plus vu les résultats des forces d'interposition des 7000 soldats de l'Union africaine et des actions des casques bleus envoyés par l'ONU en renfort. C'est dire donc que le remède se fait toujours attendre. Jaillira-t-il de ce sommet d'Abuja ? Il faut l'espérer et le souhaiter. Pour l'heure, il semble que ce soit le mandat d'arrêt de la CPI contre le président soudanais qui fait bouger les lignes. L'épouvantail est régulièrement agité notamment par les ONG et surtout par les OSC. Les organisations de défense des droits humains du Nigéria, à l'annonce de la venue d'El-Béchir dans leur pays, ont constitué un front uni.
Finalement, Omar El-Béchir qui n'a pas fait le déplacement d'Abuja aura été ... le grand absent d'un sommet qui devrait se pencher sur son pays. Mais cette rencontre pourra-t-elle seulement engendrer une avancée face aux intérêts multiformes des grandes puissances au Soudan et à la propre indigence matérielle d'Omar El-Béchir ? On attend de voir.
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