Abdoulaye Tao
29 Octobre 2009
« Les forces de sécurité ont encerclé et bloqué le stade, puis ont fait irruption à l'intérieur avant de commencer à tirer froidement sur les manifestants jusqu'à ce qu'elles n'aient plus de balles. Elles ont commis des actes atroces, des viols collectifs et des meurtres de femmes, sous les yeux de leurs commandants. Ce n'était pas un accident. » Voilà ce que déclare Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch après le dépôt du rapport de son organisation sur les événements du 28 septembre à Conakry.
Le rapport fourmille de témoignages accablants sur la barbarie des auteurs de ce qu'il est convenu d'appeler un guet-apens parce que le crime aurait été prémédité selon les auteurs du rapport. Circonstance aggravante s'il en est. La réaction de la junte est très attendue face à des accusations aussi graves. Aux premières heures du drame, la junte a voulu faire croire à une bavure, une opération qui a mal tourné. Cet argument est balayé du revers de la main par les conclusions du rapport. Le 28 septembre dernier, les militaires ont transformé le stade en une véritable souricière, violé, tué puis tenté de dissimuler certains corps.
C'est le tout premier rapport d'envergure internationale sur le massacre. Il provient d'une ONG dont l'indépendance ne saurait faire l'objet de doute. Toutefois, ce n'est pas encore l'enquête criminelle attendue, celle qui d'un point de vue pénal permettra de diligenter des poursuites judiciaires contre les auteurs du pogrom du 28 septembre. Human Rights Watch l'appelle d'ailleurs de tous ses voeux afin que la lumière soit faite à jamais.
La balle est désormais dans le camp de l'Union africaine et des Nations unies. Ce rapport éclaire un peu plus les circonstances dans lesquelles les événements du 28 septembre ont eu lieu. S'il permet de comprendre les faits, il n'est pas exclu qu'il contribue à accentuer la fracture entre l'opposition politique et les militaires et surtout celle entre les Guinéens. Le rapport l'évoque, il y a eu des relents ethnicistes dans la perpétration des crimes. La Guinée comme tous les pays africains connaît ce clivage parfois latent, parfois ouvert. Tous laissent croire que cet ingrédient-là a corsé un peu plus la répression. Et c'est la plus grande menace qui pèse sur ce pays. La conquête ou la sauvegarde du pouvoir ne doit pas conduire au repli identitaire.
Avec une junte dont le chef dit ne pas maîtriser ses hommes, le risque de voir l'anarchie s'installer dans le pays est de plus en plus grand. La prochaine rencontre des protagonistes de la crise guinéenne à Ouagadougou sera essentielle pour calmer le jeu et définir ensemble la voie de sortie de crise. La junte a certes le dos au mur, mais il faut éviter de lui donner des arguments de créer la chienlit pour gouverner ainsi dans l'anarchie et surtout dans l'impunité des crimes qu'il a commis. Le facilitateur devra faire appel au sens patriotique des parties. La stabilité du pays est en jeu.
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