Par Alain Saint Robespierre
30 Octobre 2009
Après avoir fait la sourde oreille, si ce n'est la nique, à ses pairs de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui tentaient de le faire revenir sur sa décision de modifier la constitution afin de prolonger son mandat de trois ans, voilà l'homme fort de Niamey subitement épris de dialogue. Après, bien sûr, avoir réalisé son projet au terme d'un référendum puis, dans la foulée, renouvelé l'Assemblée nationale désormais une excroissance de l'exécutif.
La forfaiture consommée jusqu'à la lie, l'opposition quasi néantisée, la suspension du Niger de l'organisation sous-régionale africaine ignorée jusque-là, le colonel Tandja tente de prendre langue avec ses homologues. En effet, depuis quelques jours, une brigade d'émissaires nigériens sillonne des capitales de l'espace communautaire afin d'assurer le service après-vente. Plutôt le service après-forfait.
Conduite par le Premier ministre, Ali Badjo Gamati, la délégation s'est rendue successivement à Bamako, à Dakar, à Abidjan, à Ouagadougou, à Malabo et à Lomé pour « communiquer davantage sur la situation qui prévaut » au pays du Ténéré. Outre le chef du gouvernement, la horde de missi dominici est constituée, entre autres, du médiateur de la République, du président du Conseil économique et social, du ministre des Affaires étrangères et de celui de la Communication, de deux anciens ministres et d'un ex-Premier ministre.
« Le Niger va privilégier la voie du dialogue », a laissé entendre le chef de la délégation à sa sortie d'audience avec le président togolais, Faure Gnassingbe. Pourquoi un tel changement brusque dans l'attitude du président Tandja ? Faut-il y voir quelques effets de l'exclusion temporaire du Niger des instances de la Communauté ouest-africaine ? « Pour nous, les sanctions de la CEDEAO constituent une invitation de l'Etat membre fondateur que nous sommes à communiquer un peu plus. Il y a eu déficit de communication », a poursuivi le Premier ministre à Lomé.
A quoi aboutiront ces concertations tous azimuts ? A rien de significatif, malheureusement. La CEDEAO, ou même l'Union africaine, dispose-t-elle d'assez de moyens de pression pour faire bouger les lignes ? En un mot comme en mille, voit-on Mamadou Tandja renoncer à la prolongation de son bail et s'engager à restaurer le verrou limitatif du nombre de mandats ? Il ne faut surtout pas rêver.
Toutefois, l'initiative constituera une occasion de petits arrangements entre amis. Une opportunité pour le regimbeur président de réintégrer la famille à peu de frais, et à l'impuissante CEDEAO de lever sa sanction, si tant c'en est une, sans trop perdre la face. C'est ce qui s'appelle une farce dans laquelle le dindon n'est autre que la démocratie.
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