L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Guinée: Dadis pris en tenailles

D. Evariste Ouédraogo

30 Octobre 2009


La situation en Guinée-Conakry depuis les événements du 28 septembre 2009 n'arrête pas d'alimenter les chroniques. Un mois après les tueries, on en est toujours à situer les responsabilités, à colmater les brèches pour espérer sauver ce qui peut encore l'être.

L'ONG Human Right Watch (HRW) vient récemment de sortir de l'ombre en dénonçant, dans un rapport de neuf pages, un « massacre prémédité ». Elle estime entre 150 et 200, le nombre de personnes tombées sous les balles assassines des militaires en furie le samedi noir à Conakry. L'organisation demande, de ce fait, une « enquête criminelle indépendante » sur ce qui pourrait s'apparenter à un « crime contre l'humanité », en raison du caractère ethnique du carnage.

Une enquête approfondie sur les meurtres et les viols des dizaines de femmes lui permet de soutenir qu'il pourrait s'agir d'une opération planifiée par le pouvoir et soigneusement dissimulée depuis. Il est en effet question d'actes commis, pour la plupart, par des unités d'élite de la garde présidentielle, les tristement célèbres « Bérets rouges ». Au dire de HRW, ils auraient tué aux bas mots 150 personnes et violé plusieurs femmes sans ménagement, de façon totalement préméditée, lors du rassemblement pacifique de l'opposition guinéenne.

Pour Georgette Gagnon, la directrice de la division Afrique de l'organisation, « Le gouvernement ne peut plus continuer à alléguer que les victimes ont été tuées par inadvertance ». Elle affirme que « les forces de sécurité ont encerclé et bloqué le stade, puis fait irruption à l'intérieur avant de commencer à tirer froidement sur les manifestants jusqu'à ce qu'elles n'aient plus de balles ».

Le rapport de Human Right Watch se fonde sur des témoignages de plusieurs personnes présentes lors de la boucherie. Des « grenades lacrymogènes » aux « tirs dans la foule », le temps s'est vite écoulé, mais on a pu entendre des commentaires à caractère ethnique. Et les enquêteurs de faire remarquer que les hommes de la junte au pouvoir sont en grande partie chrétiens ou animistes, alors que les manifestants appartiennent majoritairement à l'ethnie peule.

En tous les cas, le mal est fait. Le constat est là, beaucoup ont payé de leur vie. Des voix s'élèvent ici et là pour exiger que la responsabilité meurtrière de Dadis et de plusieurs officiers présents dans le stade le 28 septembre dernier soit examinée. Le porte-parole du département américain, Philip Crowley, mercredi passé, avant de réclamer une enquête internationale, a indiqué que « nous avons dit clairement dans les discussions, tant à Washington qu'à Conakry, que la junte actuellement conduite par le capitaine Dadis Camara doit quitter le pouvoir et ouvrir la porte à des élections légitimes afin que puisse se former un gouvernement légitime, dûment élu par le peuple de Guinée ».

L'Union européenne (UE) et l'Union africaine (UA), dans un communiqué conjoint, marquent leur profonde inquiétude concernant la détérioration de la situation des droits de l'Homme en Guinée, les arrestations arbitraires et les restrictions de la liberté d'expression. L'UA avait même lancé un ultimatum expiré depuis le 17 octobre 2009, pour que le chef de la junte et sa bande renoncent à se présenter à la présidentielle, prévue pour janvier 2010, estimant que « la légitimité des prochaines institutions dépendrait de la strict neutralité des autorités de la transition dans le processus électoral ».

Du côté de La Haye, le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé, mercredi, procéder à un « examen préliminaire » de la situation au pays du président Sékou Touré, afin de déterminer si des crimes relevant de sa compétence avaient été commis lors des massacres. Ainsi qu'on peut le constater, l'étau se resserre autour du capitaine Dadis. Va-t-il faire acte de contrition ?

Il serait en tout cas judicieux pour lui et les siens de s'aménager une porte de sortie. Si le maître de Conakry s'arc-boute obstinément sur sa position, certainement qu'il sera davantage dans une mauvaise passe face à la communauté internationale, qui n'hésitera pas à sévir. Ce serait alors très dommageable pour la Guinée, engluée depuis des années dans une situation complexe, qui sape dangereusement son essor économique.

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