Jim Fisher-Thompson
30 Octobre 2009
Kinshasa — Selon un grand nombre d'activistes, les commissions électorales indépendantes assurent aux régimes démocratiques leur viabilité à long terme et jouent un rôle important dans le renforcement de la démocratie.
Les commissions électorales indépendantes aident les Etats d'Afrique à rendre les élections plus honnêtes et plus justes tout en bâtissant les fondements de régimes démocratiques viables et durables, ont affirmé divers promoteurs de la démocratie.
Ancien ambassadeur des Etats-Unis en Ethiopie (1996-1999) et au Burkina Faso (1987-1990), M. David Shinn reconnaît que le bilan général de la démocratie en Afrique au cours des quarante dernières années n'a pas été parfait, les périodes de progrès ayant parfois été suivies de reculs dus à de mauvaises élections.
« Néanmoins, je constate un fait encourageant à savoir la volonté croissante de l'Union africaine et des organisations régionales de condamner ces revers électoraux », a-t-il ajouté.
En dépit des difficultés, a déclaré M. Shinn à America.gov, « les pouvoirs publics et les électeurs africains ne cessent de souligner l'importance que revêtent les élections dans la consolidation du processus démocratique ». Témoin en est l'élection tenue ce mois dernier (l'article a été publié le 15 mai 2009, ndlr) en Afrique du Sud.
« Je ne saurais trop souligner la nécessité de disposer d'une commission électorale nationale professionnelle et totalement indépendante », a affirmé l'ancien ambassadeur, aujourd'hui professeur de sciences politiques à l'université George Washington. « Organiser une élection libre et honnête n'a rien de facile, que ce soit en Afrique ou ailleurs. Mais, il est essentiel qu'il y ait une commission électorale professionnelle, bien dotée de personnel et indépendante, à même d'établir le règlement électoral, d'observer le scrutin et de répondre équitablement aux plaintes ».
Le secrétaire d'État adjoint aux Affaires africaines, M. Johnnie Carson, a déclaré, lors d'une séance d'examen au Sénat le 29 avril, que la démocratie était « un processus, pas un événement » et qu'il était nécessaire d'assurer la tenue permanente d'élections libres et justes.
Il a estimé qu'au cours de la décennie écoulée, « le plus grand progrès réalisé en Afrique s'est produit dans le domaine de la démocratie et de la gouvernance. On en trouvera les deux exemples les plus récents au Ghana et en Afrique du Sud » où les élections se sont bien déroulées grâce notamment à la présence et à l'action d'institutions solides de surveillance et de suivi.
DES ONG AMERICAINES A L'APPUI DE L'OBSERVATION D'ELECTIONS EN AFRIQUE
M. Almami Cyllah, directeur régional des programmes africains à la Fondation internationale des systèmes électoraux (IFES), organisation non gouvernementale indépendante qui reçoit quelques subsides du gouvernement américain pour mener à bien des programmes de formation à la démocratie en Afrique, a dit que les Etats-Unis prenaient « un engagement remarquable » en fournissant une aide électorale à long terme à l'Afrique.
C'est ainsi que l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) s'est engagée à verser 17,5 millions de dollars en faveur de la formation d'agents électoraux et de l'aide aux élections au Libéria pour les cinq prochaines années, a indiqué M. Cyllah, qui est originaire de Sierra Leone. « C'est là une démonstration extraordinaire de soutien à long terme à la démocratisation en Afrique ».
Si d'autres pays s'associent à cet engagement, « cela aura un effet profond sur le développement de la démocratie en Afrique », a-t-il dit. Une bonne part des fonds des États-Unis ira à appuyer les travaux des commissions électorales africaines, « institutions indispensables dans toute élection. Qui dit commissions électorales solides et fiables dit généralement élections solides et fiables ».
Le Ghana est l'exemple d'un pays où une commission électorale peut s'avérer très utile dans une élection présidentielle serrée, a poursuivi M. Cyllah. Celle qui a aidé à observer l'élection de décembre 2008 « s'est acquis une réputation de crédibilité et d'indépendance par son travail exemplaire. Le président en exercice n'a pas le droit d'en renvoyer le directeur. Aussi est-elle devenue réellement indépendante et c'est l'une des raisons de la réussite de la démocratie au Ghana ».
En renforçant les commissions électorales, a-t-il expliqué, l'IFES « contribue à renforcer la capacité institutionnelle et la volonté politique d'organiser une élection. Nous avons à la longue bâti une organisation composée de plus de 1.500 spécialistes en matière de démocratie et de gouvernance, capables de faire face à pratiquement n'importe quelle situation électorale ».
On peut citer d'autres programmes réalisés par l'IFES en coopération avec des commissions électorales africaines, notamment : - une assistance technique à la commission nationale électorale (CNE) embryonnaire de l'Angola en vue des élections de 2008, les premières du pays depuis 16 ans ; - le renforcement de la commission électorale nationale indépendante (CENI) de la Guinée, visant à étoffer les capacités opérationnelles des commissaires et leur engagement en faveur de l'intégrité des élections tant nationales que locales ; - une aide à la commission électorale nationale indépendante (INEC) du Nigéria pour ses élections de 2007 ; - une collaboration avec la commission électorale du Malawi (MEC) durant la période précédant les élections de 2009, visant à mettre sur pied une campagne d'information des électeurs et un plan détaillé des opérations ; enfin - un partenariat avec l'Union africaine dans le cadre de sa nouvelle Unité d'appui à la démocratie et d'assistance électorale qui s'emploie à seconder les commissions électorales nationales grâce à la création d'un cadre de spécialistes de l'observation et du suivi des élections.
M. Chris Fomunyoh, directeur régional des programmes pour l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest à l'Institut national du parti démocrate, organisation non gouvernementale qui cherche à promouvoir la démocratie en Afrique, a participé à la formation d'observateurs et d'agents électoraux au Ghana avant l'élection.
Selon lui, « beaucoup d'observateurs indépendants diraient que la réussite des dernières élections au Ghana est due à l'indépendance, à l'impartialité et au professionnalisme de la commission électorale indépendante du Ghana ».
M. Fomunyoh a souligné en outre le rôle important des associations civiles dans ce processus électoral : « Leur participation a renforcé la crédibilité d'une commission électorale qui fonctionne bien parce que leurs observations peuvent être vérifiées, ce qui aide tout le monde à accepter le verdict des urnes, et c'est bien ce qui s'est produit au Ghana».
La commission électorale s'est également révélée essentielle lors de la récente élection sud-africaine, a affirmé M. Tebogo Kola, premier secrétaire à la diplomatie publique à l'ambassade d'Afrique du Sud à Washington. Il a déclaré notamment à America.gov : « L'élection s'est très bien déroulée et a répondu à toutes nos attentes » en raison notamment du travail de la commission électorale qui a surveillé le scrutin et servi d'arbitre dans le processus électoral.
« Cette commission est très importante car elle n'appartient à aucun parti politique mais établit les règles pour tous les partis et tous les candidats, assurant ainsi une élection libre et honnête ».
La collaboration d'ONG des Etats-Unis et d'ailleurs « a donné aux Sud-Africains la confiance nécessaire pour affirmer qu'après une quinzaine d'années seulement de régime démocratique ils pouvaient tenir une élection libre et juste et être un modèle de la démocratie dans le continent africain », a déclaré M. Kola.
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