Malick Ciss
30 Octobre 2009
La première session 2009 de la cour d'assises de Dakar démarre lundi prochain. Onze affaires sont inscrites au rôle. Elles concernent diverses infractions : empoisonnement, infanticide, vol aggravé, homicide volontaire, incendie, viol, etc. Nous vous présentons, en premier jet, les faits des six premières affaires inscrites au rôle.
Empoisonné avec du jus
La présente session de la cour d'appel de Dakar démarre par une affaire d'empoisonnement mortel aux relents bassement matérialistes. Fatou Ndiaye, femme de ménage de Johan Herman Dirks alias Hans, ressortissant allemand établi à l'époque à Yoff, précisément au quartier « Toundounya », savait-il qu'elle donnait à boire à son patron un jus de « bissap » empoisonné ? Même si elle semblait ignorer la nature mortelle du breuvage, comme elle le dit, pourquoi ne s'était-elle pas posée des questions sur les motivations de Ibrahima Diagne qui lui aurait remis de la poudre blanche à verser dans le jus ? D'autant plus que celui-ci lui aurait proposé un plan : Ibrahima devait lui confectionner un certificat de mariage avec l'Allemand qui était aussi son petit ami, et faire disparaître le corps de Hans à son décès pour ensuite se partager son patrimoine. Le breuvage ne laissa aucune chance à l'expatrié qui rendit l'âme dans son appartement. Aussitôt, Ibrahima Diagne alerta la brigade de gendarmerie de Ouakam par téléphone du décès de l'Allemand. Comme s'il voulait convaincre tout le monde sur les causes du décès, M. Diagne confia aux gendarmes que le défunt suivait, de son vivant, un traitement médical depuis quelques temps. Voulait-il leur faire croire à une mort naturelle ?
Le bonhomme, indique l'enquête, se mit à distiller auprès de l'entourage du défunt les « causes » de sa mort, avec quelques variantes qui mirent la puce à l'oreille des gendarmes enquêteurs. A Daouda Diop, ami de Hans, il explique que l'Allemand a succombé à une infection au Vih-Sida. Après avoir reçu ses dernières analyses médicales, Johan Herman Dirks se savait condamné, confia-t-il, à Abass Wade, un autre ami du défunt. La femme de ménage, Fatou Ndiaye, reçut la visite du bonhomme le soir du drame. Il lui fit croire que son défunt patron avait rendu l'âme suite à une cirrhose du foie. La dame eut des doutes et pensa au jus servi dans la journée à son patron, dans la journée. Pour cet acte, la femme de ménage répondra de l'infraction d'empoisonnement, à côté de Ibrahima Diagne, accusé de complicité d'empoisonnement.
Poignardé à mort pour sa moto
Les histoires d'agression sont encore au rendez-vous cette année. Les plaintes pleuvaient sur le bureau du commissaire de police de Yeumbeul, elles étaient toutes relatives à des vols avec violences perpétrées courant mars 2004 sur la route de Boune par une bande d'agresseurs. Le 9 mars 2004, les gendarmes de la brigade de Thiaroye constataient que le nommé Fallou Sarr avait été poignardé mortellement au passage à niveau de « Keur Massar » alors qu'il conduisait sa moto. Le cadavre portait une plaie pénétrante de quatre centimètres dans le dos, occasionnée par une arme blanche. Mais les assaillants n'avaient pas réussi à amener avec eux l'objet de leur convoitise : la moto. Les policiers de Yeumbeul, informés de la présence de deux agresseurs présumés chez la fille Fatou Bintou Sall, se rendirent sur les lieux. Babacar Diop dit Mbaye et Issa Dia furent interpellés, un couteau et un pantalon taché de sang furent trouvés sur place. Les deux jeunes crachèrent les noms et domiciles de leurs acolytes. C'est ainsi que Matar Fall, Sidy Seck, Abdou Lakhat Faye, Ibrahima Diouf et Massamba Dione, indexé comme receleur, furent à leur tour interpellés. Babacar Diop, indique l'enquête, précisait que vers 20h, le groupe, après avoir pris de l'alcool, avait perpétré l'attaque du motocycliste. Sidy Seck, dit-il, avait fait signe à la victime de s'arrêter, mais refusant d'obtempérer, Babacar l'aurait poursuivi avant de lui porter un coup de couteau qui le fit s'écrouler à terre. Sidy s'empara de la moto qu'il vendit à Massamba Dione à 150.000 francs, la même nuit. D'autres agressions furent perpétrées en banlieue. Ainsi, Ibrahima Diouf, Abdou Lahat Faye, Sidy Seck et Babacar dit Mbaye Diop répondront des préventions d'association de malfaiteurs, vol en réunion commis la nuit avec usage d'armes et de violences, et coups et blessures volontaires.
Vol suivi d'incendie
S'estimant mal payé et voyant que la promesse d'une augmentation de son salaire tardait à se concrétiser, Babacar Camara alias Babacar Kama s'était mis en tête de s'approvisionner dans le matériel de la Direction de la protection des végétaux (Dpv) où il faisait office de superviseur des gardiens. Les choses n'allaient certainement pas finir devant une cour d'assises s'il s'était contenté de dérober ces biens. Mais il eut la mauvaise idée de mettre le feu aux lieux. Voulait-il faire disparaître toute trace de vol ? Le feu avait ravagé le bureau du comptable des matières attenant à la chambre affectée à Babacar Camara. Niant les faits une première fois, Babacar finit par passer aux aveux avant de se rétracter une seconde fois. Le jour des faits, le 9 juin 2003, le gardien remplaçant Soulèye Ly avait bien vu Babacar Camara quitter les lieux vers 20h15, avec un grand sac de voyage. L'incendie fut déclaré à la police de Diamaguène Sicap Mbao vers 22h. M. Camara, qui avait une chambre à la Dpv, ne passa pas cette nuit là-bas, soutient M. Ly. Interrogé, il déclara qu'il était parti en ville régler un problème.
Une perquisition à son domicile permit d'y découvrir une machine à écrire électrique neuve, mais le bonhomme déclara l'avoir acheté à 6.000 francs. Le comptable des matières reconnut la machine sans difficultés. Le boutiquier à qui il déclarait avoir confié son sac rétorqua aux enquêteurs qu'il n'avait rien reçu de Babacar. Placé en garde-à-vue, il finit par craquer. Il avait réussi à accéder au bureau du comptable des matières en passant par le plafond en contre-plaqué. Il s'empara de six cartons de rames de papier, un carton de piles et une machine à écrire électrique. Selon ses dires, il avait l'intention de tout vendre pour régler ses problèmes financiers. Pour maquiller le vol, il avait fait recours au feu. Devant le juge d'instruction, Babacar Camara revint sur ses aveux, soutenant que son sac de voyage ne contenait que du linge sale. Il devra prouver son innocence à la cour devant laquelle il répondra des accusations d'incendie volontaire, vol au préjudice de l'Etat par un agent non fonctionnaire.
Interpellés, violentés et violées par de faux policiers
Rosalie Sow, Awa Diarra Youm, Pape Oumar Ndiaye, Alioune Youm et Oumar Sylla Bâ ont passé une soirée infernale, eux qui étaient tombés entre les mains d'individus qui se faisaient passer pour des agents de police. Cette soirée du 8 août 2004, le groupe se promenait tranquillement à la plage située aux abords du parc des îles des Madeleines lorsqu'il est interpellé par cinq individus. Ces derniers leur firent croire qu'ils effectuaient une opération de sécurisation des lieux et les conduisirent au poste de garde du parc. Ils déclinèrent leurs identités mais, à leur grande surprise, Pape Oumar Ndiaye, Alioune Youm et Oumar Sylla Bâ furent séparés des filles pour être mis dans une cage après avoir été forcés à chanter. Ensuite, ce fut le début de l'horreur pour Awa Diarra Youm et Rosalie Sow. Elles déclarent avoir été contraintes à entretenir des relations sexuelles avec Madiouf Niass, Gabriel Ngom et Chérif Aboubakrine Diop. Tandis que Bounama Souaré est accusé d'avoir violenté les filles et d'avoir fait suinter sur elles une bougie allumée.
Lamine Ndiaye et Bounama Souaré laissèrent les filles partir à bord d'un taxi après leur avoir administrées de violentes gifles. Et pour le prix du transport, l'argent fut pris de force chez les hommes. Avant d'être libérés, Pape Oumar Ndiaye, Alioune Youm et Oumar Sylla Bâ furent arrosés à l'eau de mer par les faux agents. Naturellement, les malheureux se rendirent à la police, le 16 août 2004, pour raconter à de vrais policiers leur mésaventure. Les enquêteurs réussirent à mettre la main sur les mis en cause. A propos du viol des deux filles, Madiouf Niass, selon l'enquête, a nié cette accusation, soutenant à la place qu'il s'était limité à procéder par fellation. Ce qui ne change en rien à la prévention. Gabriel Ngom, Chérif Aboubakrine Diop et Madiouf Niass sont accusés de viol. Ils répondront aussi, tout comme Bounama Souaré et Lamine Ndiaye, d'arrestation illégale et séquestration, usurpation de fonction, extorsion de fonds. Les deux derniers sont également poursuivis pour complicité.
Corps de bébé flottant dans la fosse septique
C'est une femme saignant abondamment qui avait été conduite à la maternité de Thiaroye, puis à l'hôpital Baudouin de Guédiawaye avant qu'on ne découvre qu'elle avait accouché récemment et jeté son bébé. Sokhna Fall refusait de donner la moindre précision sur son état, elle avait soigneusement caché sa grossesse à sa soeur et son beau-frère chez qui elle s'était installée, tout en se gardant d'effectuer la moindre visite prénatale. Le commissaire de Guédiawaye, alerté le 3 décembre 2005 par le médecin chef de l'hôpital qui soupçonnait un cas d'infanticide, mit Sokhna à la disposition de son collègue de la police de Thiaroye. Le 5 décembre, Rama Fall, la soeur de Sokhna, découvrit dans la fosse septique un corps flottant dans l'eau. Les enquêteurs tombèrent sur le corps sans vie d'un nouveau-né de sexe masculin, chevelu et ne présentant aucune blessure. Le certificat de genre de mort précise que l'enfant est né à terme avec un poids de 3,3kg et a respiré à la naissance. Sa mort résulte donc de son séjour dans la fosse septique. Mais Sokhna a voulu faire croire qu'elle a avorté en saignant abondamment. Devant le juge d'instruction, elle a finalement reconnu avoir mis au monde un nouveau-né, au terme d'une grossesse de neuf mois.
Histoire de vol suivi d'incendie
Mohamed Zacharia Touré devra s'armer d'arguments pour convaincre la cour qu'il n'est pas l'auteur de l'incendie qui a ravagé la chambre d'Ousmane Abdoulaye Touré, le 27 décembre 2002, à la Médina. Après le passage du feu maîtrisé par les sapeurs pompiers, les enquêteurs ne relevèrent aucun dysfonctionnement du réseau électrique de la maison. Seule était sinistrée la chambre qu'Ousmane Abdoulaye Touré partageait avec Mohamed Zacharia Touré et Khalifa Manga. Le jour du drame, il avait laissé la clé à Manga, mais ce dernier déclare par la suite l'avoir remis à Mohamed Zacharia qui était passé la récupérer. Les policiers enquêteurs furent surpris de voir le responsable de la chambre débarquer au commissariat pour mettre à leur disposition Mohamed Zacharia Touré qu'il accusait d'être l'auteur de l'incendie. Comme argument, Ousmane Abdoulaye Touré expliquait aux policiers que le bonhomme était le dernier à se trouver dans la chambre et à détenir la clé. En plus, Mohamed Zacharia avait pris le soin de déménager toutes ses affaires avant l'incendie. Lorsqu'il avait menacé de porter plainte, poursuivait-il, le mis en cause avait pris la fuite pour aller se réfugier chez un de leurs compatriotes à Castor, avant de finir par reconnaître les faits. D'ailleurs, ajoutait-il, Mohamed Zacharia lui avait restitué ses 350.000 francs qu'il avait dérobés dans sa chambre.
Le bonhomme passa aux aveux et expliqua qu'il avait déversé de l'essence dans la chambre avant de mettre le feu pour dissimuler le vol de l'argent. Une fois inculpé, Mohamed Zacharia est revenu sur les faits, soutenant qu'il avait été informé de l'incendie à son lieu de travail. Il servit, plus tard, une autre version laissant croire que de l'encens qu'il avait allumé dans la chambre était à l'origine du feu. Incendie volontaire de lieux habités et vol sont les chefs d'accusation retenus contre lui.
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