Le Messager (Douala)

Burkina Faso:Le Messager fait parler Blaise Compaoré - « Quand on sert un Etat, on n'a pas peur de coup d'Etat »

Bernard Batana

30 Octobre 2009


interview

Au moment où l'Afrique toute entière est focalisée sur la Guinée où il y a eu près de 200 victimes le 28 septembre 2009 suite aux massacres survenus lors des manifestations contre le capitaine Dadis Camara, les pays de l'Union Européenne se sont mis d'accord le 21 octobre 2009 pour imposer des sanctions ciblées à l'encontre des membres de la junte au pouvoir en Guinée, dont le gel des avoirs et un embargo sur les armes. Après la mort du président Conté, la Guinée est entrée dans une spirale troublante. Du coup, Blaise Compaoré, tombeur de Thomas Sankara le 15 octobre 1987 et qui par la force des choses, a su se débarrasser d'un treillis devenu encombrant en Afrique de l'Ouest, a été nommé médiateur de la cause guinéenne.

Pour la conduite de ce dialogue, le président du Burkina Faso est pris entre trois feux. D'un côté, l'opposition guinéenne qui exige le départ du pouvoir de Moussa Dadis Camara avant toute forme de négociation. De l'autre côté la communauté internationale qui ne le voue pas moins aux gémonies suites à ses tergiversations quant à son retrait du pouvoir, surtout après le massacre du 28 septembre dernier qui, selon les décomptes de l'Onu, a fait plus de 150 morts à Conakry. Et enfin, la junte qui ne semble pas disposée à se rendre sans se battre. Qui est donc Blaise Compaoré que la communauté internationale sollicite pour résoudre le problème guinéen ?

Plus d'un observateur avait juré qu'il ne ferait pas plus d'un mois au pouvoir après le putsch qui a coûté la mort à son « fidèle compagnon » Thomas Sankara. Railleur par endroit et trop simpliste dans ses propos, le président du Faso est resté flegmatique. Le Messager est rentré dans ses archives en date du 18 juillet 1988, presque un an après l'assassinat de Thomas Sankara, pour vous remettre dans le contexte qui reste brûlant. L'interview qui suit n'a pas perdu de sa saveur.

Plus d'un observateur avait juré que Blaise Compaoré ne ferait pas plus d'un mois au pouvoir après le putsch qui a coûté la mort à son « fidèle compagnon » Thomas Sankara. Mais il n'en est rien. En 10 mois d'exercice de pouvoir à la tête du Burkina Faso, le maître de céans semble bien loti pour assumer le destin politique de son pays.

Après le 24e sommet des chefs d'Etat de l'Oua qui s'est tenu le mois dernier à Addis-Abéba, notre consà "ur allemande Inga Nagel Nagel l'a rencontré pour Le Messager. Railleur par endroit et trop simpliste dans ses propos, le président du Faso traite des problèmes de son pays après le putsch d'octobre 1987, exprime ce qu'il attend du peuple burkinabé et ce que le Conseil national de la révolution (Cnr) doit représenter pour le peuple. A l'entendre parler de Thomas Sankara, son défunt compagnon, on est presque sidéré mais, c'est aussi ça, la politique.

Monsieur le président, vous venez d'assister pour la première fois à un sommet de l'Oua en l'occurrence le 24e ; mais l'Organisation connaît et a toujours connu de nombreuses difficultés. A votre avis, l'Oua reste-t-il l'instrument approprié pour résoudre les problèmes du continent ?

C'est vrai, l'Oua connaît des problèmes. Ce qui est normal pour une organisation de cette dimension. Vous savez bien qu'une telle organisation n'existe nulle part dans le monde. Une cinquantaine d'Etats organisés dans un cadre politique et juridique, c'est quand même d'une très grande dimension et c'est normal qu'il y ait des problèmes, compte tenu des intérêts des Etats qui ne sont pas toujours les mêmes, compte tenu aussi du niveau de développement des uns et des autres etc, la différenciation sur le plan racial, il y a des blancs et des noirs en Afrique, il y a des musulmans et des chrétiens, il y a des Etats socialistes, il y a des Etats libéraux. C'est normal qu'il y ait des problèmes mais nous pensons que c'est un cadre en tout cas intéressant pour le continent à tout point de vue, qui permet justement de poser ses problèmes et d'avoir généralement un consensus au niveau de toute l'Afrique sur ses préoccupations.

Vous avez reproché à votre prédécesseur d'avoir mené une politique extérieure trop panafricaniste, trop internationaliste, est-ce que c'est une mauvaise chose pour vous ?

Non, je crois qu'il n'a pas mené une politique panafricaniste car nous disons qu'une politique panafricaniste consiste d'abord à rassembler le maximum. Or si vous avez constaté au cours de ces quatre années, nous nous étions mis à dos beaucoup de pays africains. Donc ce n'est pas du tout une politique panafricaniste. Bien sûr, sur le plan du verbe d'accord, mais sur le plan de la pratique, je crois que c'était autre chose...

Vous parlez beaucoup d'une politique de bon voisinage, qu'est ce qui a changé dans les rapports avec certains pays de la sous-région.Ce qui a changé c'est qu'actuellement le Burkina Faso vis-à-vis de ses voisins a eu une certaine confiance et nous travaillons vraiment sur des bases d'amitié et de fraternité, et donc sur la base de la réalisation d'un vrai panafricanisme.

Mais le capitaine Rawlings par exemple a quand même hésité longtemps avant de vous recevoir ?

Non, il n'a pas hésité. Il faut dire qu'il y avait une question de programme, c'est tout. Nous nous sommes rencontrés deux fois déjà. Il y a quelques jours seulement que vous avez fait escale à Tripoli. Quelles sont vos relations actuelles avec la Lybie ? Nous avons des relations amicales avec la Lybie comme nous en avons avec beaucoup d'autres pays africains et nous travaillons à les renforcer afin que ces relations-là puissent servir les intérêts de nos peuples.

Est-ce que ces relations ont changé après les évènements du 15 octobre 1987 ?

Non, je crois que ces relations n'ont pas changé parce que bien avant le 15 octobre nous connaissions les autorités libyennes autant que le président Sankara. On avait des relations solides aussi avec eux. Mais les coups d'Etat mènent quand même toujours à une déstabilisation de la société, de l'économie, ce qui dérange beaucoup un processus de développement.

De quelle façon est-ce que vos partenaires de coopération ont réagi ?

Non, je crois que si vous faites le bilan, vous pouvez voir au niveau du ministère du Plan, de la coopération que vous pourrez voir depuis novembre 87, nous avons relancé notre coopération. Cela a commencé avec l'Allemagne, les discussions bilatérales se sont très bien déroulées. Avec les Pays-bas, ça s'est bien passé, avec la France nous avons eu des financements divers ; avec le Fed par exemple nous venons de signer une convention de plus de 15 milliards. Nous avons même pu réunir les bailleurs de Fonds pour un grand barrage qui fait 45 milliards et cette semaine, nous attendons une mission économique de la Banque mondiale qui doit rester jusqu'à la fin du mois. C'est vous dire qu'il n'y a pas du tout de problème vis-à-vis de nos partenaires. Au contraire ils ont compris qu'il y a eu ici un besoin d'oeuvrer avec toute les possibilités que peuvent nous offrir nos partenaires pour le développement au lieu de travailler en vase clos en rejetant un peu tout le monde. Vous savez par exemple qu'avec la Banque mondiale qui a beaucoup investi chez nous et continue de le faire depuis 82, le Burkina et cette institution n'ont pas eu de rencontre, ce qui n'est quand même pas une bonne chose. Oui, mais c'était une question politique, le Cnr ne voulait pas s'endetter comme beaucoup d'autres pays qui connaissent des problèmes maintenant.

Non, quand on est dans une arriération comme c'est notre cas, on est obligé de s'endetter. Aucun pays ne s'est construit sans l'endettement. Vous ne pouvez pas me citer un seul. Qu'il s'agisse de la Russie, de l'Allemagne... maintenant, il s'agit de voir comment nous allons utiliser ces divers crédits. Si c'est bien utilisé effectivement ça profite aux masses, ça profite au peuple et à l'Etat. On ne peut pas à partir de l'arriération où nous sommes pour ne pas s'endetter. Même les pays développés s'endettent. C'est un peu mal comprendre les choses.

Il reste quand même un fossé énorme entre les cultures du Nord et les cultures du Sud. Est-ce qu'à votre avis un vrai échange, une vraie compréhension, une vraie solidarité est possible entre le Blanc et le Noir ?

Je crois que la solidarité est possible. Bien sûr il faut qu'il y ait des cadres qui permettent aux Blancs et aux Noirs de pouvoir s'exprimer et que l'expression de chacun puisse être prise en compte ; nous pensons que des cadres comme l'Onu, la Cee/Acp etc...sont des cadres à dynamiser et faire en sorte que ce soit de véritables cadres de rapprochement entre les peuples. Cela permettra aux uns et aux autres de dépasser un certain nombre de préjugés pour voir que nous avons une mission historique commune qui est de faire en sorte que l'humanité avance vers plus de progrès, vers plus de bonheur, pour les hommes qui habitent la terre etc. je crois que nous devons travailler dans ce sens.

Comment voyez-vous l'identité culturelle surtout des élites africaines qui sont passées par des écoles occidentales, est-ce qu'elles sont encore de vrais Africains ?

Oui, le monde est un enchevêtrement de cultures. Ce que nous disons, il faut apprendre, il faut prendre des valeurs qui sont plus avancées que des valeurs de chez nous, mais ne pas oublier aussi que pour utiliser au maximum avec l'insuccès ces valeurs étrangères, il faut prendre en compte aussi les valeurs d'ici. C'est un peu voir comment l'adéquation entre ce qu'on a appris, qui est parfois très bon et comment l'adapter ici pour permettre le progrès. C'est ça qui parfois pose des problèmes parce que le plus souvent on se mêle d'un cas et on oublie que l'on vient de réalités différentes, on travaille avec des hommes et des femmes qui ont des concepts de pensée et de visions différentes. Et là ça fait effectivement la rupture et le divorce est là entre le peuple et ses élites et il n'y a pas de possibilité de les entraîner dans le processus de développement.

Donc, vous vous êtes ouvert aux influences occidentales, à certaines influences, mais je sais qu'il y a aussi beaucoup de choses que les Blancs pouvaient apprendre de vous. Quoi par exemple ?

Ici, nous avons quand même des valeurs qui sont humaines qui sont encore assez utiles pour humaniser un peu nos sociétés humaines que quand vous voyez le sens de la fraternité, de l'amitié...C'est à dire que la machine ne domine pas encore nos sociétés comme dans les sociétés occidentales où l'homme est réglé, où il doit se lever à telle heure, il doit faire ceci ou cela. Nous avons encore cette ambiance, ces valeurs-là qui sont utiles du point de vue humain pour permettre à l'humanité d'être beaucoup plus heureuse. Nous savons aussi qu'il y a certaines luttes qui aujourd'hui doivent faire comprendre à l'Occident que lorsqu'il parle de certaines valeurs il ne prend pas ces valeurs dans leur globalité. Je veux parler par exemple de l'apartheid. Lorsque nous luttons pour la suppression de l'apartheid et que nous ne voyons pas le soutien de la part des occidentaux, un soutien fort nous ne pouvons pas comprendre, puisque les mêmes peuples ont lutté contre le fascisme en Europe et aujourd'hui on ne comprend pas qu'on trouve des arguments politiques ou économiques pour vouloir montrer que c'est une bonne chose et que même si ce n'est pas un bonne chose, il faudrait laisser alors que sous d'autres cieux à d'autres époques on s'est mobilisé entièrement contre, vous voyez, des systèmes odieux qui déshonorent l'humanité. Nous pensons qu'il y a encore ces valeurs que nous défendons qui à bien voir peuvent permettre à l'occident de comprendre un certain nombre de choses ; la raison qu'on peut remettre en cause nous pouvons amener l'occident à réfléchir sur un certain nombre de problèmes. Je prends le problème de la faim dans le monde. Il y a des milliers d'enfants qui meurent par an par manque de nutrition alors que l'humanité peut bien nourrir ses bouches ; mais, on préfère les armements, les intérêts...

Que signifie pour vous être un chef d'Etat ?

C'est avant tout un engagement pour s'oublier et servir les autres.

Qu'est ce qui a changé dans votre vie depuis que vous êtes président ?

Ce qui a changé, c'est surtout le manque de temps (grand rire). On est maintenant très occupé.

On a parfois reproché le fait que sous le Cnr le pouvoir était trop personnalisé. Qu'est ce qui a changé dans ce domaine ?

Ce qui a changé c'est que nous sommes en train de construire tout une machine démocratique. Nous sommes en train de construire la base avec les comités révolutionnaires au niveau des jeunes, et progressivement nous allons monter jusqu'aux structures dirigeantes pour arriver à avoir un système correct de démocratisation de la société pour permettre qu'il y ait une liaison constante entre le sommet et la base. Il faut permettre que la base puisse peser sur les décisions du sommet parce que des conférences, des congrès etc...permettront à chaque fois d'éviter les dérapages ou les graves déviations, ce qui n'a pas été le cas par le passé.

Il paraît que le style présidentiel a quand même changé et que les petites voitures ne sont plus tellement à la mode à la présidence.

Quelles voitures ?

Les petites voitures noires.

Même par le passé, le président venait au service avec sa Renault 5 et après le service, il roulait avec une « Bm » ou une « Alpha Roméo ». donc ça n'a pas changé actuellement, il faut dire que nos R5 datent de 1984 ; elles sont fatiguées, il y a beaucoup de ministres qui continuent de pousser, donc, on n'a pas du tout changé.

Est-ce que vous savez ce que le peuple pense de vous ?

Vous avez demandé aux peuples ? Moi, je n'ai pas encore fait de sondage présidentiel au niveau du peuple. Quand je l'aurai fait, je vous communiquerai le sentiment populaire.

Ce pays a malheureusement connu beaucoup de coups d'Etat -- je dirais même trop de coups d'Etat -- est-ce que vous avez peur du prochain ?

Quand on sert un Etat, on n'a pas peur du coup d'Etat. On se dit plutôt que si l'on ne réussit pas ce qu'on veut réaliser pour les masses, on sera remplacé ; ça au moins c'est sûr, puisque lorsqu'on regarde ces coups d'Etat, c'est toujours des progrès par rapport au pouvoir précédent. Regardez le Cmrpn par rapport au Csp1, du Csp2, du Cnr, du Front populaire, c'est toujours des progrès. Et c'est parce que ces structures n'ont pas réussi à résoudre fondamentalement les problèmes de démocratie, de liberté, de progrès social et il est certain que nous avons un programme si le front populaire n'arrive pas à accomplir le programme, vous comprenez... C'est une revendication historique des peuples ; on ne peut pas freiner le progrès. Les gens veulent plus de liberté, plus de progrès, il faut accepter d'être dans le courrant, de diriger le sens du progrès, des libertés. C'est la seule façon pour qu'il y ait la stabilité ; ça, je le crois.

Comment voyez-vous donc votre propre avenir ?

Je n'y ai jamais pensé (rire). Néanmoins je pense que je serai toujours avec le peuple, travailler avec le peuple à son service.

Il y a toujours des rumeurs à Ouagadougou. On dit que les mêmes querelles qu'a connues le Cnr existent aujourd'hui au sein du Front populaire. Est-ce que c'est vrai ?

Des querelles !...

Des querelles entre personnes, entre les membres du Front populaire.

Vous savez, à Ouagadougou, tout se dit. Même ce qui n'a pas été entendu. Jusque-là je crois que je n'ai pas de problèmes au niveau du Front populaire. Je suis le président du Front et j'arrive à organiser le travail sans grande difficulté. Je crois que nous avons conscience que ce Front populaire c'est sa cohésion. Il y a des moments où les gens prennent des divergences de point de vue ou d'opinion pour les querelles et des contradictions profondes. Pourtant, il n'en est rien. Si nous débattons largement c'est parce que certains ont leur point de vue qui ne sont pas toujours pris en compte, mais qui acceptent quand la décision est prise, qu'on avance dans ce sens. Je crois que c'est l'essentiel. Tous les hommes ne peuvent pas être pareils. Posez une question à un camarade, il peut avoir une divergence de point de vue par rapport à un autre. Tout ça, ça existe. Nous pensons nous, que notre mission est justement de mettre tout cela dans une même direction et d'avoir le point de vue majoritaire et d'aller dans cette direction en imposant aux autres de suivre dans ce sens.

Quelles sont les organisations membres du Front populaire ?

C'est toutes les organisations qui soutiennent le Front aujourd'hui, très nombreuses, car constituées de tout le comité révolutionnaire, qui sont les membres du Front populaire. Le Front est une organisation très large et maintenant nous sommes à une étape de construction des structures. Une fois que les structures seront mises en place au niveau de la base, aller au département, à la province, ensuite vers des congrès nationaux, les femmes, les jeunes de chez nous, ensuite constituer les responsables qui vont aller à la coordination, qui vont donc mettre en place les comités exécutifs.

Pourquoi est-ce qu'on ne rend pas public la liste des membres ?

Actuellement c'est une direction transitoire qui est née et qui a poussé à partir de mai. Il faut mettre les structures, une fois que les structures seront mises en place, une fois que le congrès du Front sera mis en place, il y aura des délégués venant de l'union des jeunes, des femmes etc, qui vont donc mettre la coordination en place, une coordination qui aura peut-être 150 à 200 membres. Ensuite il y aura un comité exécutif comme c'est écrit dans le programme et le statut. Alors on aura une liste officielle débattue en congrès.

Donc le nombre de membres n'est pas encore déterminé.

Non, c'est avec le congrès qu'on va le déterminer définitivement.

Pendant la semaine anti-impérialiste on a vu quelques élèves descendre dans la rue pour manifester contre le Front populaire. Quelle importance donnez-vous à ces évènements ?

D'abord nous pensons que ça montre que la liberté existe parce que sous le Cnr beaucoup étaient contre mais s'ils sortaient dans la rue, ils allaient voir ce qui allait se passer. Mais aujourd'hui, ça montre qu'il y a quand même une ambiance de liberté et qu'il en a qui ne sont pas d'accord avec le Front ce qui est normal. Maintenant une cinquantaine d'élèves de tous les lycées par rapport au Burkina Faso, par rapport à la jeunesse du Burkina, nous pensons que c'est un phénomène sans importance.

Mais si c'était sans importance, pourquoi n'avoir pas laissé manifester ces jeunes élèves, puisqu'on a quand même arrêté quelques-uns ?

C'est parce que nous savons que ce n'est pas une manifestation posée sur la base de convictions certaines. Ce sont des manifestations liées parce qu'il y avait des agitateurs ; il y avait un Sankara Paul, des sà "urs de Mariam...ça montre à quel niveau on a situé ça. Ce n'est pas politique. Ce sont des trucs de famille complètement montés tout cela a été vérifié. Nous ne pouvons pas tolérer qu'une minorité déstabilise un ensemble voulu par une majorité, car la rectification est voulue par une majorité.

Combien de détenus politiques y a t-il au Burkina Faso et qu'est ce qu'on leur reproche ?

Détenus politiques ? Je n'en sais rien, mais certainement pas plus d'une dizaine parce qu'on a libéré pas mal. Vous savez qu'on a eu beaucoup de problèmes. Vous avez entendu parler que dans certains cas il y a eu des attaques à mains armées dans le pays. Dans le passé, il y a eu beaucoup de distribution d'armes dans le pays. Aujourd'hui nous sommes en train de travailler et à la veille du 15 il y a eu des camarades militaires qui ont participé justement à ces distributions d'armes en vue d'un complot. Tout cela, ces camarades sont toujours arrêtés parce qu'il faut qu'on poursuive pour savoir jusqu'où ces distributions d'armes peuvent aller. On en a récupérés un nombre et au fur et à mesure on libère les gens parce que ça ne sert à rien de les garder, c'est pour la sécurité de l'Etat et même parce que même en Europe quand il y a des problèmes, les gens, on les arrête, les brigades rouges et tous...Alors c'est dangereux pour l'Etat et pour les personnes.

Les relations entre le gouvernement et la presse internationale se sont refroidies ces derniers temps et il y a même quelques journalistes qui sont devenus non grata ici...

Il y a un seul journaliste

Stephen Smith ou Sennen Andriamirado ?

Oui Stephen Smith, pas Sennen. Sennen est venu ici.

Il peut toujours venir ?

Oui, on n'a pas de problème avec lui. Il a écrit contre nous, on n'a pas répondu, on a laissé les masses apprécier.

Chaque régime a besoin d'une certaine publicité. Comment accueillez-vous les journalistes qui viennent ici ? Les journalistes sont-ils libres d'écrire tout ce qu'ils voient ici au Burkina ?

Je dois vous dire que les journalistes eux-mêmes le disent. Ils n'ont jamais été aussi libres dans un pays comme au Burkina. Ils ont tourné dans les pays, on peut les citer, où ils y sont, y résident et où ils ne peuvent pas envoyer un article de ce pays pour dire qu'il y a eu ceci ou cela. Donc au Burkina, on laisse toute la liberté aux journalistes. Cela montre que nous les respectons. Même le 15 Stephen Smith sait quand il a envoyé le message j'ai dit d'ouvrir et de le laisser entrer. Pendant le couvre feu on a eu à l'accompagner envoyer ses dépêches qui n'étaient pas toujours favorables à nous par exemple quand il dit qu'à l'Université il y a eu ceci, il y a eu cela, alors qu'il sait que c'est faux. Cela ne nous a pas empêchés de lui donner toutes les facilités, mais nous disons qu'il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles, nous mépriser, c'est un peu ça. Autrement dit, nous pensons que les journalistes font leur travail, il faut qu'ils informent l'extérieur sur ce qui se passe ici. Mais sans vraiment des insanités sur notre régime, sur notre peuple. Cela, nous ne pouvons que nous protéger, c'est tout.

Donc le journaliste étranger est libre de rencontrer celui qu'il veut et d'interroger celui qu'il veut.

C'est sûr, c'est ce qui se fait dans le pays. Moi je ne savais même pas que vous étiez là. Quand on m'a dit journaliste allemand, je ne pensais pas que c'était vous, je vous croyais partie. Donc, pendant tout ce temps, vous auriez pu rencontrer tout le monde à l'hôtel. Donc nous accordons toute la liberté aux journalistes pour faire leur travail.

Il se pourrait bien que les autorités posent un certain nombre de problèmes à Mariam Sankara. Pour quelles raisons ? est-ce qu'elle ne veut pas quitter le pays ?

Je ne sais pas, moi j'apprends aussi à l'extérieur que les autorités s'opposent et tout. Personnellement, je n'ai jamais eu connaissance de ça.

Vous ne l'avez pas vu après le 15 octobre ?

Non, je l'ai pas vue (rire).

Pourquoi ?

Mais pourquoi je vais la voir si elle n'a jamais demandé à me voir. Si elle veut me voir, je la verrai. Mais si elle ne demande...comme je vois tout le monde, tous les Burkinabé.

Est-ce qu'elle aura encore des problèmes à cause de la fameuse valise ?

En fait, il y avait eu un article d'un journaliste de Jeune Afrique qui appréciait l'affaire et demandait qu'on porte l'affaire devant les tribunaux, mais je dois vous dire que c'est mal placé dans la mesure où même s'il y a un problème, une infraction légale, il est certain que compte tenu de la disparition du président Sankara, il est mal aisé de porter une telle affaire devant la justice. Donc je crois que c'est une affaire vraiment qu'il faut oublier.

Les tombes des 13 morts ont été arrangées ; pourquoi si tard ?

(silence) d'abord parce que nous ne pensions pas qu'il fallait urgemment le faire. Nous avons promis, nous avions beaucoup d'autres choses à faire dans ce pays que les tombes, vous le saviez bien, et ça n'a jamais été la préoccupation principale de notre peuple. Si c'était sa préoccupation nous l'aurions fait avant. C'est parce que le peuple, ça n'a jamais été son problème. Il ne faut pas oublier qu'il y a un sentiment tel que...sous Thomas Sankara les gens sont morts, ils ont été enterrés comme ça. Ces familles sont là et se demandent pourquoi on voulait même réparer les tombes de ceux-ci, puisque sous Sankara, il a tué des gens qui ont été enterré de la même façon. Donc si nous l'avons fait c'est par amitié pour lui, par humanisme. Mais je veux dire que ce n'est pas une revendication de notre peuple. Et des gens même disaient que si jamais on arrangeait ces tombes à l'époque ils allaient les détruire. Les gens sont partis danser sur la tombe piétiner même, les Burkinabé. C'est dire qu'il y avait une haine pour lui que nous devions laisser passer le temps. Sinon il pouvait y avoir même des bagarres.

Pourquoi ne peut-on pas y aller maintenant sans être contrôlé et identifié ?

Où ça ?

A la tombe là

Non, je ne crois pas. Peut-être des gens veulent photographier. Encore que même là je ne vois pas de problèmes.

On vous reproche de n'avoir pas fait de tombes. Maintenant, c'est fait, il faut laisser les gens photographier et publier les photos des tombes.

Je vous dis que les gens prennent des photos. Même hier j'étais avec le directeur de la sûreté qui m'a dit que les gens prennent des photos. Donc c'est pas interdit, vous pouvez y aller.

Pendant les évènements du 15 octobre et les semaines d'après, j'étais au Cameroun où les gens semblent bien vous connaître. J'ai constaté que les gens là-bas étaient très choqués. Est-ce que vous ne pensez pas que la révolution Burkinabé a perdu son image de marque le jour là ?

Vous savez nous, ce n'est pas l'image de la révolution qui nous intéresse. Ce qui nous intéresse, c'est ce que la révolution fait pour le peuple burkinabé. Sinon si c'est l'image, on peut bien faire le tapage à l'extérieur pour avoir une belle image et à l'intérieur, faire a répression faire le fascisme, et les gens meurent ici. Non, nous ne faisons pas la révolution pour l'image. Nous faisons la révolution pour aider notre peuple à mieux vivre, avoir plus de liberté et de progrès social. C'est ça qui va donner une image mais plus juste un jour.

Est-ce qu'il est impensable que Thomas Sankara soit réhabilité un jour dans ce pays ?

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Mais s'il devait être réhabilité, ça allait se sentir. Je crois que la réhabilitation, c'est en fonction de ce que l'homme, le dirigeant a procuré au peuple. Si le peuple, à un moment donné, dans dix ans, trouve que sous Sankara, il avait plus de liberté, sous Sankara il y avait plus de démocratie et de progrès social, il est certain que le peuple demandera la réhabilitation. Mais si le Front populaire accomplit un programme de progrès social, un programme de démocratie etc, plus avancé il n'y a pas de raison que le peuple revienne en arrière. C'est un peu ça, la réhabilitation, c'est toujours liée à des succès ou à des privilèges accordés aux peuples. On ne peut pas réhabiliter quelqu'un parce qu'il a été un dirigeant un jour. C'est en fonction d'un certain nombre d'éléments. Qu'est ce qu'il a fait pour le peuple au niveau de la démocratie, au niveau des libertés, au niveau du progrès social ?

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