Interview réalisée à Imouraren par Rabankhi Abou-Bâkr Zida
30 Octobre 2009
interview
Burkinabè d'origine résidant à Agadès au Niger, Maurice Guiré est responsable d'une entreprise "Le sage" collaborateur de la société AREVA spécialisée dans l'exploitation d'uranium. Dans cette interview, il évoque son parcours, les conditions de travail, la perception des Burkinabè au Niger et sa nostalgie du pays.
Quel est votre parcours et dans quel secteur d'activité travaillez-vous au Niger ?
Je suis burkinabè d'origine, de mère nigérienne de la région d'Agadès.
J'ai fait mes études et une partie de ma carrière au Burkina jusque dans les années 80. Ensuite je suis allé en France et de retour, je suis venu ici au Niger. Depuis 1987, une bonne vingtaine d'années donc, je m'occupais de la bibliothèque de la Société des mines de l'Aïr (SOMAR).
"L'aventure fascine, on s'y jette sans savoir ce qui vous attend. Personnellement, j'ai eu beaucoup plus de chance..."
Je gérais la bibliothèque des ouvriers et celle des cadres, car je suis bibliothécaire de formation. Nous avons été les premiers bibliothécaires, archivistes, documentalistes à recevoir une formation supérieure dans les années 70.
Après cette fonction, je me suis retrouvé à Niamey comme assistant aux côtés d'un maire et un ami m'a demandé un beau jour de venir m'occuper de son entreprise ici, lequel sous-traite avec AREVA. Je suis donc depuis une bonne année ici avec ce sous-traitant. C'est une entreprise qui s'appelle "Le sage" et qui emploie 120 à 150 personnes toutes catégories confondues.
Nous pourvoyons AREVA en personnel : cuisiniers, vigiles, chauffeurs, personnel de ménage, buandeurs, électriciens, logisticiens... enfin ! tout le personnel. C'est moi qui m'en occupe. La société est appelée à connaître une rapide extension car, ainsi que vous le savez, AREVA va démarrer ses activités et déjà beaucoup d'entreprises m'ont contacté, qui pour demander jusqu'à 400, qui 800 personnes à employer parce qu'il y a beaucoup à faire. Je ne suis plus tellement disponible, je n'ai pratiquement plus le temps de retourner à la maison et on ne me verra pas au Burkina avant certainement 3 à 4 ans.
De quand date votre dernière visite au pays ?
La dernière fois que je suis rentré au pays, c'était lors de la dernière élection présidentielle. J'ai d'ailleurs participé à cette élection aux côtés d'amis à Diapaga mon village natal. Ce fut un grand plaisir pour moi de retrouver des amis avec qui nous avons passé ensemble l'enfance et même la jeunesse.
Depuis le Niger, quelles sont les nouvelles que vous recevez du pays, quel écho vous parvient en temps que Burkinabè vivant à l'étranger ?
Les nouvelles que je reçois du pays me réjouissent énormément. Je le dis avec beaucoup de fierté, car le Burkina, bien que pauvre est un pays travailleur. Peut-être que je dois mon travail à la réputation du pays : "C'est un Burkinabè, il est travailleur, honnête, intègre", c'est une image valorisante et qui se vend bien. C'est pourquoi je suis fier de mon pays, fier d'être Burkinabè. Le Faso a une très bonne image. Et, pendant très longtemps, les Nigériens disaient : "regardez au Burkina comment ça se passe". Sur ce plan je suis fier de mon pays.
Et au plan politique ?
Sur le plan politique, les Nigériens qui sont amenés, pour une raison ou pour une autre à visiter le Burkina, le trouvent perpétuellement en chantier. On travaille, les choses y changent presqu'à vue d'Å"il, avec le revers de la médaille évidemment, des choses qui ne font pas plaisir. C'est cela aussi la politique. Un mélange de bon et de moins bon. Sinon, sur le plan politique, on peut dire que ça va. Le pays est resté stable depuis longtemps et les Nigériens savent l'apprécier, eux qui ont connu deux rébellions, des mois sans salaire... comparativement donc, le Burkina fait bonne presse.
Avez-vous un message, un conseil à l'endroit de ceux qui seraient tentés par l'aventure ?
Vous savez... l'aventure fascine, on s'y jette sans savoir ce qui vous attend. Personnellement, j'ai eu beaucoup plus de chance que de mérite. J'ai eu la chance d'avoir bénéficié d'une formation, d'avoir ma mère nigérienne d'Agadès, ce qui m'a donné tout de suite la nationalité nigérienne, j'ai eu la chances d'être Bukinabè, donc estimé travailleur et digne de confiance... Est-ce qu'autant de chances sont réunies pour tout le monde? Je ne sais, mais pour l'aventure, il faut faire très attention. Cela peut vous réussir ou non!
Pour mon cas, Dieu merci, on ne m'a jamais fait sentir que je suis un étranger ou toute autre chose qui, ailleurs ne fait pas plaisir. On m'a toujours bien traité.
Est-ce que vous avez des promotionnaires toujours au pays, et quel mot à leur endroit?
Tous ceux-là avec qui j'ai fait l'école, le lycée, Serge Théophile Balima, Hubert Bazié, feu Drabo Yaya Désiré Traoré de "Sympathique" avec qui j'ai fait de la musique, pas mal d'amis, je leur envoie mon bonjour et je les invite à venir me voir aussi à leur tour, dès que cela leur est possible car jusque là, c'est moi toujours qui me déplace. J'attends d'eux le retour de l'ascenseur.
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