Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)

Afrique du Sud: Eglise Regina Mundi de Soweto ou le coeur de la résistance noire

Ousmane Ibrahima Dia

1 Novembre 2009


Tous les jours, les scènes sont identiques. Une foule de visiteurs qui prend d'assaut l'église Regina Mundi au coeur de la très célèbre township de Johannesburg, Soweto. Munis de leurs appareils photo, ils mitraillent l'édifice construit sous forme d'arche, mais aussi écoutent religieusement l'histoire qui est leur racontée par un guide. Certains fondent en larmes. Regina Mundi avec sa Madone noire portant également un enfant de la même couleur, oeuvre du peintre Laurence Scully, est plus qu'un lieu de culte.

C'était aussi un endroit politique, le berceau de la lutte contre l'apartheid. Dans ces murs résonnent encore les innombrables manifestations de protestation et des services funéraires des activistes, qui rythmaient la vie de Soweto dans les années 70. Lorsque le régime de ségrégation avait confiné les noirs dans les ghettos, leur interdisant toute activité politique, les réduisant au rang de sous-hommes, l'endroit était devenu le "Parlement" des habitants.

"Le régime d'apartheid avait interdit les regroupements de plus de trois personnes. Tout regroupement était assimilé à un trouble à l'ordre public. Du coup, les habitants de Soweto avaient transformé l'église en lieu de rassemblement. Elle était le Parlement du peuple. C'était un lieu de culte oecuménique. On y célébrait les messes, les funérailles, etc., dans les différentes branches du christianisme. Mais on y parlait aussi de la lutte contre l'apartheid", raconte, Ngugi Githuka, historien et guide touristique.

La quarantaine, Ngugi Githuka, conte Regina Mundi comme un certain Joseph Ndiaye racontait Gorée, l'esclavage et la porte du voyage sans retour aux visiteurs de l'île-mémoire. Avec toute la maestria, il fait revivre la triste oppression dont les Noirs ont été l'objet et la glorieuse résistance qu'ils ont menée à partir de ce lieu de culte.

"Ici les week-ends donnaient lieu à de véritables courses-poursuites entre les populations et la police. Les policiers surveillaient tout le temps l'Eglise. Ils n'hésitaient pas à tirer à l'intérieur", souligne Ngugi Githuka.

Regina Mundi a conservé les traces de cette folie humaine : ici des impacts de balles, là les poignées de mains d'un Christ sectionnées par un policier ou le bout d'une table en marbre sur l'autel brisé par le cross de fusil d'un policier qui s'en était pris au célèbre pasteur Anglican et Prix Nobel de la paix, Desmond Tutu, qui s'adressait alors à l'assistance.

"Desmond Tutu parlait à l'assistance. Le policier lui avait intimé l'ordre d'arrêter. Il a refusé d'obtempérer. Et un moment le policier, furieux, a frappé avec le cross de son fusil, brisant ainsi un bout de la table", relate Ngugi Githuka.

A Regina Mundi, le guide raconte qu'un jour un policer a simplement tiré sur un groupe d'enfants massés sur l'autel. "Par miracle, il n'y a pas eu de morts", selon lui. C'est d'ici également qu'un policier a poursuivi jusque dans leur dernier retranchement trois enfants.

"Ils s'étaient refugiés dans chez un charcutier. Ils s'étaient introduits dans son réfrigérateur. Par mal chance, le policier les a vus. Il refermé la porte du réfrigérateur et l'a allumé, puis a demandé au propriétaire de quitter les lieux. C'est ainsi que ces enfants ont trouvé la mort", évoque Ngugi.

Lors des réunions de la Commission Vérité et Réconciliation, mise en place par le régime post-apartheid, l'auteur des faits est revenu à Regina Mundi confesser ce crime devant une assemblée médusée. "Tout le monde était en larmes", rappelle le guide. Les familles des victimes qui avaient refusé tout pardon ont tout de même fini par l'accorder au bourreau.

Après toutes ces atrocités, la réconciliation était-elle possible en Afrique du Sud ? "Ce n'est pas facile, car il fallait pardonner des choses horribles. Il y a toujours des gens qui gardent un ressentiment très fort. Il va falloir du temps pour y parvenir. Même s'ils peuvent pardonner, ils n'oublieront pas", philosophe Ngugi Githuka.

Il poursuit : "les Noirs n'ont jamais dit que les Blancs n'appartiennent pas à l'Afrique du Sud. Il y a longtemps dans notre charte démocratique, nous avons dit que l'Afrique du Sud appartient à toutes les populations qui y vivent. C'est ce que Nelson Mandela a appliqué lorsqu'il est arrivé au pouvoir en proposant la vérité et la réconciliation".

L'Afrique du Sud d'aujourd'hui avance sur le chemin de la réconciliation avec une société multiraciale. Regina Mundi s'est aussi mise aux couleurs de cette nouvelle dynamique avec cette fresque où l'on voit les célèbres leaders Noirs dont Nelson Mandela, Desmond Tutu, Steave Biko. A leur côte, des personnes de différentes couleurs et le drapeau de la nation arc-en-ciel.

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