Fadhila Bergaoui
2 Novembre 2009
Qui l'aurait cru, il ya seulement une vingtaine d'années ? Le caroubier, que les paysans accusaient, à tort ou à raison d'ailleurs, d'appauvrir leur sol en y puisant jusqu'à la moindre goutte d'eau, ce même caroubier qui a la fâcheuse tendance à pousser tout près de leur marabout, cimetière ou tout autre lieu vénéré, est tout simplement en train de prendre de l'importance, en se transformant en source de revenus ! Leurs ancêtres, pour lesquels la forêt n'avait pourtant pas de secret, ne leur ont jamais recommandé particulièrement cet arbre jugé encombrant et quelque peu insolite ! Car, et à part sa caroube rabougrie, dure et légèrement farineuse, cédée d'ailleurs volontiers au bétail; à part son pouvoir anti-diarrhée et son ombrage certes utile en été, ils ne lui reconnaissent, en fin de compte, que des torts. Une disposition insolente à atteindre des dimensions - de 7 à 15 m de hauteur - sans commune mesure avec des arbres aussi utiles que l'olivier ou le figuier, et une longévité incompréhensible à leurs yeux car pouvant atteindre aisément les cinq siècles. Et si au Sahel, l'arbre - cultivé cette fois-ci- donne un fruit autrement plus intéressant, si les paysans ont appris même à en tirer une «bsîça» très appréciée par certains, il n'en est pas moins vrai que leur caroube forestier à eux, n'a rien à voir avec celle charnue, sucrée et succulente du caroubier cultivé.
Une graine à miracle
C'est pourtant cette spécificité d'arbre sauvage qui en fera un produit prisé, soudain valorisé et dont la demande a explosé. «Heureusement pour nous !» s'exclame Abdelhamid Khaldi, chercheur, «car sur le plan de la variabilité et de la diversité de l'espèce, la Tunisie dispose d'un potentiel très grand par rapport aux principaux pays producteurs tels que l'Espagne, le Portugal ou l'Italie où, depuis très longtemps, on a sélectionné pour la culture des cultivars à gousse charnue.» Pourquoi heureusement? Parce que depuis quelques années, explique Khaldi, la valeur de la caroube réside de plus en plus dans la graine. C'est de la graine en effet que l'on extrait la fameuse gomme de caroube (ou code CE410), un épaississant que l'on utilise essentiellement en industrie agro- alimentaire.
Avec le retour au naturel, l'usage risqué de produits chimiques, il va sans dire que la graine de caroube connaît un succès qui deviendra fulgurant. En effet, depuis cette découverte toute récente, la gomme fait l'objet d'un commerce important vers l'Europe. A l'échelle planétaire, la demande correspond à environ 35.000 tonnes de graines par an et cela ne fait que commencer. Dans ce contexte de course aux graines, la Tunisie, qui a eu la chance, en fin de compte, de ne pas toucher aux variétés forestières, pourrait en tirer le plus grand profit. Or, les régions de Siliana, Kairouan et Zaghouan regorgent de gousses non charnues, à rendement plus élevé en graines. «Nous voulons développer, au niveau de la recherche, la culture de cette espèce en maintenant la diversité génétique observée», souligne Khaldi. La réalité semble, toutefois, beaucoup plus complexe. Si la volonté existe au niveau de la recherche, donc du théorique, au niveau de la pratique, par contre, on en est encore au stade où quelques parcelles sont en expérimentation au Nord- Ouest et dans le Grand- Tunis. Si les habitants des forêts arrivent enfin à découvrir que le caroubier peut améliorer leurs revenus, force est de constater que ces espèces soudainement rentables (300millimes à 1dinar le kg à la vente) ne sont finalement pas légion. Pour le moment, la production nationale annuelle atteint à peine un millier de tonnes ce qui est dérisoire par rapport à la production mondiale. Mais la recherche est par définition optimiste et, explique encore Khaldi, «nous avons des atouts certains par rapport aux pays producteurs: alors que ces derniers sont en train de se détourner du caroubier à cause d'une main-d'oeuvre excessivement chère, la nôtre est à meilleur marché. En plus, nous sommes capables de développer la culture d'une variété à meilleur rendement.» Si l'on arrive en plus à transformer la graine en gomme ou en farine(E410), la plus-value obtenue n'engendrera que davantage de bénéfices pour la balance commerciale.
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