Susan Anyangu
2 Novembre 2009
Les adolescents kenyans ont des relations sexuelles, et ils semblent n'avoir aucune idée de comment s'y prendre. Un rapport du Centre d'étude des adolescents (CSA), basé à Nairobi, indique que 40 pour cent des filles et 50 pour cent des garçons ont déclaré avoir eu des rapports sexuels avant leur 19ème anniversaire.
Une grande minorité des jeunes a affirmé avoir des rapports sexuels avec plus d'un partenaire au cours des six derniers mois. Le rapport confirme également ce que plusieurs jeunes travailleurs observent dans leur travail quotidien : les jeunes ont des rapports sexuels, mais ils manquent d'informations vitales sur la santé sexuelle et de la reproduction.
IPS a visité le Collège St Georges de garçons à Kaloleni, Kilifi, dans la province de la Côte du Kenya, et a constaté que des mythes abondent parmi les jeunes chez qui les questions de la sexualité sont préoccupantes.
Isaac Thura, 17 ans, a affirmé qu'on lui avait dit que si l'on a des relations sexuelles en restant debout, une grossesse ne se produira pas. Billy Warui, 16 ans, son camarade de classe, a déclaré qu'un ami lui a dit que les rapports sexuels sont importants pour renforcer une relation. Ces garçons ont reconnu qu'ils ne parlent pas à leurs parents des questions sexuelles parce que ce sujet est tabou.
Priés de dire entre la grossesse et contracter le VIH lequel ils craignaient le plus, la majorité des garçons ont dit qu'ils préféreraient contracter le virus.
"La grossesse ne peut être gardée comme un secret pendant longtemps. En peu de temps, toute la communauté s'en rendra compte. Toutefois, avec le VIH, l'on peut vivre longtemps et personne ne saura. Des médicaments qui prolongent la vie sont disponibles et l'on peut continuer à mener une vie normale", a affirmé Alex Fondo, sur un ton de confidence.
Refus
"Nous aimerions tous vivre dans un nuage de refus", explique Peter Macharia, coordonnateur d'un centre de jeunes à Mombasa, géré par le groupe de la santé de la reproduction 'Family Health Options Kenya' (Options pour la santé familiale - Kenya). "Mais la réalité est que nos jeunes ont des rapports sexuels et ils n'ont personne à qui parler de ces questions".
La majorité des jeunes interrogés par le CSA dans 145 écoles à Nyanza, Mombasa, Nairobi et dans les provinces du centre, en 2008, ont indiqué qu'ils préféreraient se renseigner sur les questions sexuelles auprès des amis. Et en cas de besoin de soins médicaux, les jeunes ont déclaré avoir peur d'aller dans un hôpital et solliciter une assistance.
L'hôpital, au centre de Macharia, est le seul dans toute la province de la Côte qui offre des services de la santé de la reproduction aux jeunes.
"Nous sommes le seul centre qui offre des services holistiques de la santé de la reproduction aux jeunes. Ici, ils peuvent entrer et accéder aux contraceptifs, solliciter une attention médicale, visiter la bibliothèque qui a beaucoup d'informations ou parler à un pair éducateur", dit-il.
Toutefois, il affirme que ces services - pour lesquels ils facturent l'équivalent de trois dollars US par visite - peuvent atteindre seulement environ cinq pour cent des jeunes dans la province.
Hostilité
Et il existe peu d'alternatives. Mwanakasi Mwinyi, un pair éducateur des jeunes au Centre de développement communautaire de Likoni, affirme que les centres de santé disponibles ne sont pas adaptés aux jeunes.
"J'ai une fois visité un hôpital avec un problème de la santé de la reproduction et au lieu d'obtenir de l'aide, j'ai reçu des regards critiques de la part des médecins. Au lieu de m'offrir rapidement de l'assistance, ils m'ont interrogé sur pourquoi et avec qui j'avais des rapports sexuels", a déclaré Mwinyi.
"Leurs regards scrutateurs et leurs questions dérogatoires m'ont laissé découragé et à un moment, j'ai envisagé de sortir du centre sans un traitement. Cependant, j'ai supporté la honte de leurs questions et reçu l'aide dont j'avais besoin, mais je ne retournerais jamais là-bas".
A Saint-Georges, une école publique, à part un projet financé par une organisation non gouvernementale, il n'y a aucune éducation sexuelle au programme. L'éducation sexuelle dans les écoles publiques du Kenya est pratiquement muette sur la contraception et les rapports sexuels sans risque, essentiellement à cause d'une vive résistance des églises, dirigée par l'Eglise catholique. Les chefs chrétiens affirment qu'enseigner ces questions aux jeunes revient à leur dire de foncer et d'avoir des relations sexuelles.
En septembre cette année, une école à Kericho, dans la Rift Valley, a annoncé que 24 des 25 filles qui ont été inscrites en première année ont abandonné avant de passer les examens de fin d'année: toutes enceintes. Alors que la révélation de choc du commissaire du district de Kericho, Samuel Njora, pourrait être un exemple extrême, des anecdotes comme celle-ci soutiennent l'affirmation du CSA selon laquelle il existe des taux de grossesse croissants chez les filles à travers le Kenya et que le gouvernement doit revoir d'urgence le programme de la santé de la reproduction dans les écoles.
Macharia affirme que l'éducation sexuelle dans les écoles est édulcorée. "Ce que nous avons, ce sont des informations qui grattent à peine la surface, et à la fin, les jeunes sont laissés avec de nombreuses lacunes à combler. Ils sont curieux et ce qu'ils font, c'est de combler ces lacunes à travers la communication avec des amis et cela conduit à l'expérimentation avec des informations erronées".
Rendre les informations, les soins et conseils disponibles
La directrice exécutive du CSA, Rosemarie Muganda, recommande que le gouvernement engage des fonds pour l'établissement des centres de santé adaptés aux jeunes.
Muganda estime que la principale préoccupation en ce moment devrait être de savoir comment limiter les conséquences néfastes des comportements à risque. Elle affirme que le Kenya a besoin de mettre en place des mécanismes pratiques et de s'écarter de la moralisation sur la question.
"Il y a nécessité d'investir dans des centres de santé adaptés aux jeunes où les jeunes peuvent parler librement et obtenir l'assistance sans se sentir dénigrés. Le personnel qui dirige les centres de santé doit être formé et devrait disposer de compétences pour s'occuper des jeunes", déclare Macharia.
Un consensus entre les experts de la santé de la reproduction est que les jeunes ont des rapports sexuels et la société ferait mieux d'accepter cela et de s'assurer que les adolescents sont informés et en sécurité pendant qu'ils le font.
Les experts acceptent également que le rôle des parents ne peut pas être substitué par des interventions extérieures, estimant que les parents doivent s'assurer qu'ils parlent à leurs enfants de l'attitude appropriée face aux rapports sexuels.
ENCADRE: Dans une enquête réalisée dans 145 écoles à travers le Kenya, 40 pour cent des filles et 50 pour cent des garçons ont déclaré avoir eu des rapports sexuels avant leur 19ème anniversaire.
Le CSA a interrogé les élèves du secondaire à Nyanza, Mombasa, Nairobi et dans les provinces du centre, tentant d'enquêter sur un échantillon de la société. La moitié des filles interrogées ont indiqué qu'elles avaient échangé des rapports sexuels contre des cadeaux ou de l'argent pour des choses comme l'achat de téléphones portables à radio ou, mémorablement, un plat de pommes de terre frites.
Les filles issues de milieux défavorisés ont indiqué être incitées à avoir des relations sexuelles contre de l'argent afin de satisfaire les besoins de base dont elles seraient autrement obligées de se priver, tels que des vêtements, des serviettes hygiéniques et la nourriture.
Les garçons n'ont pas déclaré s'engager dans des rapports sexuels transactionnels de ce genre. L'enquête a indiqué que leurs expériences sexuelles ont eu lieu avec des partenaires de leur âge. Un garçon sur 20 interrogés a reconnu avoir engrossé une fille. Environ 47 pour cent des adolescentes interrogées avaient soit un enfant, soit étaient enceintes ou avaient effectué un avortement à l'âge de 20 ans.
Une étude distincte réalisée par le CSA en 2008 a enregistré environ 5,5 millions de filles âgées de 15 à 19 ans qui accouchent chaque année au Kenya. En septembre cette année, le Collège Marinyn à Kericho, dans la province de Rift Valley, a connu une crise lorsque toutes les filles, sauf une, qui devraient passer leurs examens de fin d'année, ont été obligées d'abandonner pour cause de grossesse.
Le rapport a en outre indiqué que ce même groupe a effectué plus d'un million d'avortements à risque chaque année.
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