Le Soleil (Dakar)
Modou Mamoune Faye
3 Novembre 2009
Même si elle ne le reconnaît pas toujours dans ses interviews, la romancière Marie Ndiaye, à l'instar des trois héroïnes de son dernier roman, « Trois femmes puissantes », est quelque peu écartelée entre deux cultures. Il est vrai qu'elle n'a presque pas connu son père, un jeune étudiant de la fin des années 1960 qui est retourné au Sénégal alors qu'elle n'avait que trois ans. Mais, au fond d'elle, Marie Ndiaye a quand même quelque chose d'Africaine, de Sénégalaise, qui ne transparaît pas uniquement dans son physique, son « faciès » comme disent certains, mais également dans ses histoires d'êtres tourmentés qui semblent se chercher, comme Norah, cette métisse de 38 ans qui revient au Sénégal à la quête du père.
A 42 ans, Marie Ndiaye semble avoir pris un nouveau tournant dans sa vie d'écrivain, mais aussi dans sa vie tout court. Elle qui semblait être très distante de ses racines, se dit maintenant prête et « suffisamment mûre pour approcher l'Afrique », ce continent qu'elle connaît « très mal », car n'y ayant passé que deux ou trois semaines. Elle a fait cette confidence hier, sur les ondes de Radio France internationale (Rfi), après avoir été sacrée Goncourt 2009. Il est vrai qu'on ne peut pas lui reprocher d'être plus « Toubab » que Sénégalaise. Elle a essentiellement été élevée dans un milieu français par une mère enseignante, avec son frère Pap Ndiaye, actuellement professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, très connu dans le milieu intellectuel français comme sociologue et historien (il avait accordé une intéressante interview au Soleil dans l'édition du 20 avril 2009).
Les rapports de Marie Ndiaye avec le Sénégal, son pays d'origine, et l'Afrique en général, vont-ils changer ? Peut-être pas fondamentalement, mais elle va désormais regarder ce continent sans oeillères et y puisera certainement d'autres sources d'inspiration afin d'enrichir sa déjà longue bibliographie. « Avant, je pensais que l'Afrique était présente, mais de manière plus obscure et énigmatique. C'est la première fois, là, qu'elle est citée », explique-t-elle en faisant référence à son roman « Trois femmes puissantes », ce récit poignant de trois destins de femmes sénégalaises « tiraillées entre l'Europe et l'Afrique », qui lui a valu le Goncourt 2009. Elle qui n'a pas encore compris « ce que c'est que l'Afrique, ce que c'est qu'être Africain, Africaine », fera sans doute l'effort de (re) venir régulièrement au Sénégal, pays d'origine de son père, pour mieux s'imprégner des réalités d'un continent où, peut-être sans le savoir, elle a tiré la force de l'âme qui a fait d'elle un écrivain si talentueux.
En attendant ce retour de... la fille prodige, Marie Ndiaye va fêter son sacre bien mérité en compagnie de son mari romancier, Jean-Yves Cendrey, et de leurs trois enfants Laurène, 18 ans, Silvère, 16 ans, et Romaric, 12 ans, dans leur maison berlinoise où ils vivent depuis deux ans pour « fuir la France de Sarkozy », comme elle le dit fièrement
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Le Soleil. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com).
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.