Le Soleil (Dakar)
El Hadji Massiga Faye
3 Novembre 2009
Marie Ndiaye est une romancière prolifique. En vingt cinq ans de carrière, elle a publié une vingtaine de livres, soit presque un livre par an. Ses oeuvres vont du roman à l'essai, en passant par le théâtre. Avec le prix Goncourt qui lui a été attribué, hier à Paris, elle fait désormais partie des écrivains d'expression française les plus prestigieux. Le dernier roman de Marie Ndiaye, « Trois femmes puissantes », publié récemment par Gallimard, regroupe trois récits dont les héroïnes résistent pour préserver leur dignité, entre la France et l'Afrique.
La trame du livre se déroule dans un univers dense et intense où toutes les vibrations de l'âme, de l'air, des feuilles d'un arbre sont palpables. Une démarche littéraire qui a fini de convaincre les critiques. « Sa plume distille un philtre magique qui imprègne son conte moderne parfaitement construit. Il y a du souffle, de l'empathie, de la sensualité et de la cruauté dans cette écriture inspirée. A la fois retenue et opulente », écrit un critique littéraire.
Trois destins de femmes. Il y a d'abord Norah, 38 ans, métisse comme Marie Ndiaye, avocate en France. Après des années de séparation, elle répond à la demande de son père et le retrouve chez lui, au Sénégal. « Un individu autrefois plein d'arrogance, aujourd'hui en déliquescence, comme le flamboyant de la propriété (...). L'homme tout entier baignait dans la lente corruption des fleurs jaune orangé (...). Pauvre de lui, qui aurait pensé qu'il deviendrait un vieil oiseau épais, à la volée malhabile et aux fortes émanations ? » lit-on dans le roman. Ce géniteur, qui n'avait d'yeux et de coeur que pour son fils, a méprisé Norah « sans retenue » et, avec elle, « tout l'Occident avachi et féminisé... ».
Mais de sa fille, il a soudain un besoin impérieux...Ensuite la belle Fanta au « pas ailé », recluse, avec son fils, dans la déchéance d'un mari français, Rudy, contraint de quitter le Sénégal et son poste de professeur de Lettres pour un médiocre emploi de vendeur de cuisines en Gironde, dans le Sud Ouest de la France. Face à l'ampleur de sa dégringolade, il ressasse sa culpabilité et sa honte. Mais Fanta, dans son « mutisme opiniâtre », échappe à tout enfermement, libre comme son pas ailé. Il y a enfin Khady Demba, « qui n'a qu'une infime portion de bonne vie », jeune veuve infertile, condamnée par sa famille à errer vers l'Occident. C'est peut-être le plus bouleversant des portraits de Marie Ndiaye dont les « trois femmes puissantes » sont admirables.
Née le 4 juin 1967 à Pithiviers, dans le centre de la France, d'un père Sénégalais et d'une mère française, Marie Ndiaye a grandi en banlieue parisienne. Elevée en France par sa mère, professeur de sciences naturelles, elle publie à 18 ans son premier roman, « Quant au riche avenir » (1985). Elle abandonne rapidement ses études pour se consacrer à l'écriture et enchaîne depuis romans et recueils de nouvelles. Elle a écrit une vingtaine de livres en vingt quatre ans, soit presque un livre par an. On peut en citer quelques uns : « Comédie classique » (1988), « La femme changée en bûche » (1989), « La sorcière » (1996)... Romancière atypique, tour à tour féministe et engagée, elle surprend par l'étrangeté de ses récits qui parlent des femmes et des rapports compliqués entre les gens.
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