Sidzabda
2 Novembre 2009
Les Forces armées burkinabè ont commémoré le 1er novembre 2009, le 49e anniversaire de leur création. Ce que nous connaissons aujourd'hui de notre armée, c'est qu'elle était composée en 1960 de quelques officiers qui venaient d'être libérés de leurs servitudes de l'armée coloniale française, de quelques dizaines d'hommes qui avaient accompagné l'armée de l'empire colonial français dans ses aventures à Madagascar, en Indochine et en Algérie.
Ce sont ceux qu'on appelle les anciens combattants ou tirailleurs sénégalais. C'est feu le Général Aboubacar Sangoulé Lamizana qui fut porté à la tête de cet embryon-là, qui pouvait à peine constituer un bataillon. L'aventure glorieuse des Forces armées nationales venait de commencer. Débutaient en même temps les mortels flirts des militaires avec la chose politique. Le Burkina Faso allait inaugurer une longue ère, qui se poursuit encore de nos jours, et au cours de laquelle les militaires ont occupé les premiers rôles dans la vie politique.
Sur le plan typiquement militaire, c'est-à-dire ce qui concerne le maniement des armes et leur utilisation, dans ses archives, certaines dates ont une importance très significative. Il s'agit de 1966, 1974, 1980, 1982,1983 et 1987. Les intrusions des militaires dans la vie politique de notre pays ont été nombreuses avec chacune une variante propre. La première s'est produite le 3 janvier 1966. Ce jour-là, un soulèvement populaire porta le colonel Sangoulé Lamizana au pouvoir comme le demandaient les manifestants. Il y restera 14 ans durant. En 1974, l'armée fera face à un conflit frontalier qui l'opposera à un pays frère, le Mali. En 1978, Lamizana sera adoubé par le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique africain (RDA) comme son candidat à l'élection présidentielle. A l'issue du premier tour, le général a été mis en ballottage par le candidat de l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), Macaire Ouédraogo. C'était exceptionnel à l'époque pour une Afrique qui gémissait sous les bottes des partis uniques et des pères fondateurs. On retiendra, c'est important de le dire, que ni M. Macaire Ouédraogo, ni aucun autre candidat de l'opposition n'a été inquiété par le pouvoir en place.
Aboubacar Sangoulé Lamizana venait de troquer sa tenue de général contre un costume civil. Il dirigera la IIIe République jusqu'en novembre 1980, date à laquelle les colonels, sous la houlette de Saye Zerbo, prendront le pouvoir, sans effusion de sang. Ils créeront le Comité militaire pour le redressement et le progrès national (CMRPN). Le CMRPN dirigea le pays pendant deux ans. Le Conseil du salut du peuple (CSP) en novembre 1982, puis le Conseil national de la révolution (CNR) en août 1983 eurent raison du régime des colonels. C'est à partir de ces dates que le Burkina Faso va connaître des années de plomb caractérisées par la violence en politique.
Le summum sera atteint le 15 octobre 1987 avec la disparition brutale et sanglante du capitaine Thomas Sankara. Ces dernières années, l'heure est assurément à l'apaisement. Même si les réflexes de l'Etat d'exception sont encore là. Tabassage de civils dans les lieux publics et autres comportements inciviques sont encore observables aujourd'hui en dépit des énormes efforts consentis par la hiérarchie militaire et l'Administration pour bâtir une armée résolument tournée vers la République. De nos jours, c'est sans doute le plus gros défi à relever. Et il faut espérer qu'en ce début du 3ème millénaire, autorités militaires et civiles trouveront les voies et moyens conséquents qui permettent de relever, dans la dignité, ce défi pour le plus grand bien des populations, de la République et de l'Armée elle-même. Il faudrait sans doute occuper notre armée à des tâches de construction nationale. Et pour cela, de nombreux domaines existent : routes, champs, etc. En aucun cas, elle ne devrait avoir le temps de s'ennuyer, de regarder passer les trains. Ne dit-on d'ailleurs pas qu'une armée qui s'ennuie est un armée dangereuse ? Bon anniversaire à notre grande muette.
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