Cameroon Tribune (Yaoundé)
Propos recueillis par Eric Vincent Fomo et Jeanine Fankam
3 Novembre 2009
interview
Alexandre Gandou, président de la Cosumaf, (Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique czentrale) revient sur les mesures à prendre pour rendre plus performant le marché financier d'Afrique centrale.
Pendant deux jours, vous avez planché sur le développement du marché financier de la Cemac. Que retenir à l'issue de cet atelier ?
Nous avons travaillé sur le bilan de notre marché financier et nous avons tracé les perspectives pour l'avenir. Aujourd'hui, je repars apaisé parce qu'un consensus est né. Il porte sur le rapprochement des deux bourses, la Douala Stock Exchange et la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale. C'est important que la confiance soit rétablie et que la peur soit tombée. Il ne s'agit plus d'absorber ou de faire disparaître une bourse. Plutôt, il est question de faire travailler ces deux bourses de manière efficace pour qu'elles soient le lieu où les entreprises camerounaises, congolaises, gabonaises pourraient venir lever les fonds indépendamment pour financer la croissance et donner un sens à notre intégration.
Maintenant que les deux bourses sont rapprochées, qu'est-ce qui change concrètement ?
Les deux bourses ne sont pas encore rapprochées. Nous avons travaillé à ce rapprochement, nous allons lui donner un contenu qui passe par une harmonisation de la réglementation, un dialogue des régulateurs, un passeport, une reconnaissance mutuelle des régulateurs et des acteurs du marché. C'est cette base juridique qu'il faut créer, qui permettra aux deux marchés de fonctionner efficacement.
Comment ce rapprochement va-t-il se passer de manière concrète ?
Je vous prends un exemple simple. Tout récemment, il s'est passé une opération d'appel public à l'épargne sur le marché camerounais. Il a fallu un certain temps pour que l'opération soit couverte parce que cet émetteur s'est adressé uniquement au marché camerounais. Il se serait adressé aux deux marchés, sans nul doute que la levée de fonds aurait été plus rapide. Donc, une bourse sur un espace plus grand, qui est une bien meilleure rencontre de l'épargne et de la demande, permet de lever des fonds plus rapidement.
Que va-t-il se passer maintenant après cette étape de Douala ?
L'étape de Douala a été historique parce qu'elle a créé le consensus, fait tomber les peurs et permis une bien meilleure compréhension. Il faudrait capitaliser tous ces atouts. Donc, très rapidement, la Cosumaf, en liaison avec la Commission des marchés financiers (Cmf) et tous les acteurs du marché allons nous mettre ensemble pour définir un plan d'exécution de la feuille de route qui comporte plusieurs recommandations. D'ici décembre, il faut que nous ayons un plan de mise en oeuvre de cette feuille de route. En fait, pour être précis, l'objectif ici est d'améliorer la cote officielle. De sorte qu'en 2010, on puisse avoir cinq entreprises à la cote. Ce n'est certes pas beaucoup, mais c'est déjà mieux que ce que nous avons fait en 10 ans. Donc, il faut se donner des ambitions très fortes pour que nous ayons beaucoup d'entreprises à la cote.
Que faut-il faire pour amener les entreprises à s'introduire en bourse ?
C’est tout simplement de leur expliquer que le marché financier existe, leur montrer les avantages de venir en bourse et améliorer la communication. Le mécanisme par lequel on se finance sur le marché financier est l’appel public à l’épargne. Pour actionner cette procédure de levée des fonds, l’entreprise doit satisfaire au critère de rentabilité, qui prouve qu’elle peut rembourser les fonds qu’elle sollicite. Outre la rentabilité, on peut mentionner la qualité de l’information financière et comptable qui est livrée par l’émetteur au moment de l’appel public à l’épargne. Cet émetteur doit produire des états financiers caractérisés par la transparence, un élément-clé pour asseoir la confiance de l’investisseur et une condition essentielle pour la crédibilité et la qualité d’un émetteur. Si les entreprises sont transparentes, expliquent aux investisseurs pourquoi leur faire confiance et leur confier l’épargne, si leur argument est convaincant, elles pourront venir lever en bourse lever les fonds.
Qu’attendez-vous concrètement des Etats pour donner un nouveau souffle à ce marché régional dont ils sont les initiateurs ?
Trois choses. Premièrement, que les Etats achèvent leur révolution culturelle parce qu’il y a eu aussi un déclic au niveau des Etats qui abandonnent progressivement le financement monétaire pour aller vers le financement sur le marché financier. Ça c’est une révolution. On leur demande d’aller jusqu’au bout de cette révolution en affinant leur gestion budgétaire, en améliorant la gestion de leur trésorerie et le climat des affaires. Les Etats peuvent, en outre, organiser toutes les privatisations restantes par le biais du marché financier en vue d’encourager l’actionnariat populaire. Nous demanderons aussi aux Etats, de par leur statut particulier, d’intervenir auprès des grands groupes étrangers ou de leurs filiales pour qu’ils acceptent de faire profiter de leur prospérité aux ressortissants de la zone, en ouvrant très partiellement leur capital au grand public de la Cemac.
Quelles sont les perspectives de développement du marché financier de l’Afrique centrale ?
Le marché financier de la Cemac est à la croisée des chemins. Après avoir peiné à se constituer et à démarrer, les résultats obtenus attestent d’un lancement certain des premières opérations boursières. Celles-ci sont appelées à se développer si des mesures correctives (rapprochement des deux bourses) sont prises et si sont insufflées, des mesures de dynamisation entraînant notamment : un enrichissement de la cote officielle de la Bvmac et de la Dsx par des opérations d’introduction en bourse des meilleures entreprises de la Cemac, un développement de l’offre et de la demande de titres capables d’engendrer une plus grande profondeur et liquidité du marché financier, un développement des métiers de la finance (analystes financiers, ingénierie financière, agences de notation), la promotion du marché financier et l’éducation financière des épargnants, le lancement et le développement du marché des titres de la dette publique… Le marché financier de la Cemac et surtout sa bonne animation constitue une alternative crédible à la problématique de financement des économies des pays membres de la Cemac et un véritable levier pour son intégration économique et financière.
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